Le film déroule une
fresque sur deux générations, celle des pères et celle des fils, avec la force
implacable des tragédies antiques.
Voici Luke, interprété par Ryan Gosling, dur taiseux au cœur tendre façon
héros de Drive, cascadeur dans une fête foraine, le plus rapide et le
plus doué sur sa machine infernale. Un jour, Romina, interprété par Eva Mendes
- merveilleuse - vient le voir. Ils ont été amants d'un soir. Elle a eu un
bébé. Il est papa mais à présent elle a un compagnon. Luke veut assumer son
rôle, donner des glaces et de l'argent à son enfant. Comme il n'a que sa moto
pour bien et son effroyable vitesse pour talent, il se met à braquer des
banques. Cela finit par mal tourner ; un flic pas plus âgé que lui le
descend.
Fin de l'acte I.
Le flic (impeccable Bradley Cooper), blessé dans l'affaire et désormais boitillant, est rongé par la culpabilité - il sait que Luke avait un gosse, du même âge que le sien. Mais, confiant en la vie et en lui-même, ambitieux, il avance. Il découvre que ses collègues sont ripoux, les dénonce et se lance avec succès - et l'aide de son propre père, grand procureur en retraite - dans la politique.
Dernier acte. Quinze ans sont passés. L'ex-flic a divorcé ; il est en pleine campagne politique pour un poste de gouverneur. Son fils vient habiter chez lui, ce qui est plus un poids qu'autre chose. Le gosse de riche s'ennuie et se défonce pour s'occuper. Il rencontre Jason, adolescent osseux et effacé, porté aussi sur la fumette. Il le prend sous sa coupe, le domine avec sadisme. Contrairement au premier, Jason ne sait pas encore qui est son père...
Cette tragédie en trois actes a le souffle des grands romans américains et la réalisation parfaite des grands films de cinéma. Il a des moments lents - on dirait de germination - et d'autres d'accélération effrénée. Le spectateur a toujours un temps de retard face à l'action qui entraîne, précipite, étonne. Et émeut. Car sous trame de thriller, The Place Beyond the Pines ne parle que de destinée humaine, de transmission et - là est la véritable tragédie - de si peu de liberté dans cette Amérique sans âge. Car l'on ne naît pas neuf dans ce monde à conquérir - l'orphelin laisse un orphelin comme le bien-né assurera l'avenir de son rejeton - et c'est évidemment le plus universel et le plus bouleversant.
The Place Beyond the Pines
Un film de Derek Cianfrance
Durée 2 h 20
Sorti en salles le 20 mars 2013



Après Mai est un très beau film, aussi bien
écrit qu'il est réalisé et interprété. Portrait d'une adolescence au début des
années 1970, il est clairement d'inspiration autobiographique : Olivier
Assayas, né en 1955, avait publié en 2005 un court récit sur cette période de
sa vie : Une adolescence dans l'après-Mai. (1)
Comment met-on en scène un opéra ? Comment
créer encore, à partir d'un opéra aussi célèbre, aussi joué que La
Traviata de Verdi ? C'est un peu la situation d'un metteur en scène
face à une pièce de Molière... Mais en pire : ici, il doit compter non
seulement avec le livret, mais encore avec la musique, et tout ce qu'elle est
censée exprimer. Et il s'appuie sur des acteurs qui sont des chanteurs avant
d'être des comédiens...



C'est encore la beauté
d'une photo très douce, à la lumière vintage et chaleureuse qui
pourtant n'enjolive pas tout, Soderbergh montrant la Floride telle qu'elle est,
y compris dans ce qu'elle a d'un peu triste.
Mais on peut aussi découvrir ou redécouvrir
des films plus anciens, comme le dernier Ken Loach ou le Batman, voire très
anciens, comme Femmes entre elles daté de 1955 et ressorti ce 1er
août.
A voir aussi La part
des anges de Ken Loach. Il commence dans le misérabilisme le plus
poisseux qui soit pour évoluer rapidement vers une intrigue aussi singulière
que délicieuse, à laquelle on s'arrime sans forcer, d'autant moins que le
personnage principal, admirablement joué par Paul Brannigan, et ses compagnons,
tout aussi bien interprétés, sont des plus attachants. Pour finir, ce film
constitue une comédie très haute en saveurs...
Enfin, dans un tout
autre style, The Dark Knight Rises, le dernier
épisode de la saga Batman signée Christopher Nolan est un très bon film
d'actions, certes un poil long (la fin aurait pu être allégée d'une bonne
vingtaine de minutes), mais évitant la surenchère d'effets spéciaux et
bénéficiant de plans superbes, d'un scénario bien ficelé et d'une distribution
très honorable : Christian Bale, Gary Oldman, Anne Hathaway et Morgan
Freeman entre autres...

