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Danse et art lyrique

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dimanche 20 juin 2010

La Dame du lac à l'Opéra Garnier

La dame du lac de Rossini à GarnierCréé à Naples en 1819, La Donna del lago n'avait jamais été monté à Paris.
C'est chose faite depuis lundi à l'Opéra Garnier, où l'on peut le découvrir jusqu'au 10 juillet prochain.

La Dame du lac fait partie, avec Armida notamment, des opéras dits sombres de Rossini : on est loin des airs enjoués du Barbier de Séville.

Pour autant, les amateurs du style bel-cantiste le plus pur seront comblés.
Tiré du poème de Walter Scott, le livret semble sans intérêt, avec des histoires d'amour compliquées dont la Donna se semble savoir se tirer, sur fond d'épisodes guerriers dans l'Ecosse du XVI° siècle. Peut-être le livret vaut-il mieux que cela, mais ce n'est pas la mise en scène de Lluís Pasqual qui permet d'en saisir les subtilités.
Durant le premier acte, le temps passe lentement, on découvre les voix et les décors en se laissant bercer. Au second en revanche, la dramaturgie se tend davantage, tout le monde se réveille autour de très belles envolées. D'autant que Nicolas Joël, le directeur de l'Opéra national de Paris, a convoqué un casting de choc ; on dirait que c'est exactement celui qu'il fallait pour servir cet opéra.
Dans le rôle-titre, la star américaine Joyce DiDonato (1) magnifie de sa voix de mezzo chaude et mélodieuse tous les duos et trios et envoûte le public dans le grand air final. La voix du ténor péruvien Juan Diego Florez, nuancée et veloutée enchante dans ce rôle romantique. La mezzo italienne Daniela Barcellona est quant à elle à la fois assez singulière et d'une grande efficacité dans le rôle masculin de Malcolm.
A l'image de la mise en scène, les décors et les costumes ne marqueront pas les annales. Quelle idée par exemple d'habiller le chœur de façon anachronique et qui plus est mémère ? Mais lui aussi régale le public d'une belle voix profonde. Alors, qu'importe l'étoffe, car l'émotion, elle, est bien au rendez-vous.

La Dame du Lac (La Donna del Lago)
Opéra en deux actes de Gioacchino Rossini
Livret d'A. L. Tottola, d'après le poème narratif de sir Walter Scott The lady of the lake
Direction musicale Roberto Abbado
Mise en scène Lluís Pasqual
Avec Juan Diego Florez Giacomo V (Uberto di Snowdon)
Simon Orfila Duglas d’Angus
Francesco Meli Rodrigo di Dhu
Joyce DiDonato Elena
Daniela Barcellona Malcolm Groeme
Diana Axentii Albina
Jason Bridges Serano
Palais Garnier - Place de l'opéra, Paris 1er
Durée 3 h 15 avec un entracte
Places à 7€, 10€, 21€, 40€, 70€, 116€, 172€

(1) La distribution sera différente pour les représentations de juillet.
Consulter le site de l'Opéra de Paris

dimanche 11 octobre 2009

Tosca en direct du Metropolitan Opera de New York

Tosca au Met, mise en scène Luc BondyC'est comment l'opéra au cinéma ? Sans chanteurs, sans orchestre et sans plateau, évidemment ce n'est plus du spectacle vivant... mais sur l'immense écran de la Géode à Paris, et la qualité sonore de la salle, c'est quand même quelque chose !
Le Met reprend cette saison la diffusion en haute définition de ses plus grands spectacles, en direct dans le monde entier (42 pays, un millier de salles). Tosca samedi, Aïda le 24, Turandot le 7 novembre, Les Contes d'Hoffmann le 19 décembre... la programmation est faite pour attirer (avec succès) le grand public. Sauf que lors de sa première au Metropolitan Opera, le 21 septembre dernier, la mise en scène de l'un des plus célèbres opéras de Puccini, signée Luc Bondy a été huée. Ont scandalisé notamment les décors non conformes à "la tradition" de l'oeuvre, la représentation d'un Scarpia entouré de prostituées, ou d'un Cavaradossi embrassant la Vierge sur la bouche... Le metteur en scène français précisait dans Le Monde de samedi que cet accueil était dû à la particularité d'un public de première, "un public de gala pour une grande part venu pour se montrer", et que ces manifestations ne s'étaient pas reproduites lors des représentations suivantes...

Le fait est que la Tosca de ce 10 octobre, en matinée à New-York, en soirée à Paris, fut un régal absolu. Luc Bondy, a fait ressortir toute l'humanité des personnages et de l'histoire, captivante ("un thriller", pour reprendre le mot du metteur en scène) de Tosca. Les jeux d'acteurs accompagnent les chants de façon ultra-convaincante, George Gagnidze dans le rôle de Scarpia est plus abominable que jamais (forcément monolithique), Karita Mattila en Tosca et Marcelo Alvarez en Cavaradossi sont capables de faire passer la variété de leurs émotions d'une façon telle que l'on serait presque heureux de n'être "que" devant l'écran, où l'on peut lire en gros plan la moindre de leurs expressions et en savourer toute la force.
Karita Mattila est une Tosca bouleversante, immense d'humanité, tour à tour calme et brûlante. Et surtout, que dire de Marcelo Álvarez en peintre Cavaradossi ? Velours et puissance, humour et profondeur, la séduction de l'Argentin est totale. Tous deux longuement et justement applaudis.

Le coup d'essai de Luc Bondy à New-York est un coup de maître ; ses choix coulent de source, c'est-à-dire du livret. La lippe libidineuse et le rictus effrayant d'un Scarpia s'adonnant à la luxure est dans la droite ligne de ce personnage tortionnaire, jouisseur et manipulateur. Les décors sont superbes, tout en sobriété et verticalité, chapelle réchauffée d'amour, de fleurs et de peinture au premier acte, tour du château Sant'Angelo avant l'aube au dernier : on commence dans la légèreté, on finit dans la noirceur la plus absolue. C'est Tosca, c'est tout Tosca et il semblait ce soir-là que cela ne pourrait être rien d'autre.

Metropolitan live in HD
La saison 2009/2010 du Met en direct
Jusqu'au 1er mai 2010
Dates et salles sur cielecran.com

dimanche 12 juillet 2009

L'Alvin Ailey American Dance Theater au Châtelet

Alvin Ailey American Dance Theater
Pour fêter le cinquantenaire de l'Alvin Ailey American Dance Theater, les Etés de la Danse de Paris invitent à nouveau la célèbre compagnie américaine, après l'avoir accueillie dans la cour de l'Hôtel des Archives en 2006.

Cette année, la fête à lieu dans le très beau théâtre du Châtelet, pour une programmation éclectique déclinée selon trois menus différents.
La directrice de la compagnie - Judith Jamison, depuis la mort d'Alvin Ailey en 1989 - est restée fidèle à l'esprit de son fondateur. Autour de jeunes danseurs, noirs pour la plupart, elle explore la danse moderne américaine en puisant aussi bien dans ses racines afro-américaines, dans le jazz que dans le classique.
C'est avec Revelations, ballet créé en 1960 par Alvin Ailey sur des Negro Spirituals que l'Alvin Ailey American Dance Theater s'est fait connaître aux Etats-Unis puis dans le monde entier avec un succès immense.
Le talent de la compagnie ne se limitant pas à ses signatures, on découvre aussi ces danseurs et danseuses magnifiques dans des ballets de Maurice Béjart, Hans van Manen, Twyla Tharp, George Faison...

Les soirées du programme "A" étaient bien révélatrices de cette diversité. Pour qui découvre l'Alvin Ailey American Dance Theater, c'est un choc, l'une de ces surprises que l'on n'est pas prêt d'oublier.
Première partie flamboyante avec Festa Barroca, ballet de l'italien Mauro Bigonzetti créé en 2008 et montré en France pour la première fois à cette occasion. Jupes de soieries superbes, jaunes, roses, vertes, mauves, rouges, pour les hommes comme pour les femmes, chorégraphie hyper-moderne tout en dos et en bras, vibration des lumières autour des jeux de jambes dans un tournoiement époustouflant de corps et de soies. Cette folie créatrice se déploie sous des musiques de Haendel, opéras et oratorios, et de ce contraste naît un étonnement jubilatoire.

Ensembles, solos, duos alternent ; sous nos yeux semble s'inventer la danse à deux. Loin de la pâleur convenue d'une sensualité léchée, ici les corps se mêlent et s'imbriquent sans faux semblant, alternance de lenteur et de frénésie, tout en contacts et jeux charnels. Chaleur, beauté de la danse, sans compter celles des corps.

Enfin viennent les fameuses Revelations, près d'un demi-siècle d'âge - et c'est comme si le vrai feu d'artifice 2009 avait lieu ici et maintenant. Tempo de folie, joie contagieuse des danseurs, spectacle tout en classe à l'américaine. Les Negro Spirituals s'enchaînent, la salle est au bord du malaise (pour ne pas dire autre chose). Tout à coup, on se dit que là est l'essence, la vérité de la danse, dans un concentré d'énergie et de bonheur que voudrait admirer et vivre de longues minutes encore.

L'Alvin Ailey American Dance Theater
Les Etés de la danse de Paris
Jusqu'au 25 juillet 2009
Du mar. au dim. à 20 h, représentation supp. le dimanche à 15 h
Théâtre du Châtelet
1, place du Châtelet - Paris Ier
Location au théâtre du lun. au dim. de 11 h à 19 h, au 01 40 28 28 40 et sur le site
Places de 10 € à 75 €

Rencontres-spectacles les 15 et 22 juillet à 15 h (présentation d'un ballet suivi d'un échange entre le public et les danseurs)
Projections de films d'archives sur le 50ème anniversaire de la compagnie les 15, 18, 22 et 25 juillet à 11 h
Exposition de photos sur le 50ème anniversaire de la compagnie également au théâtre du Châtelet

dimanche 21 juin 2009

Gérard Pesson : Pastorale au Châtelet

Pastorale, Pesson, Sorin, Le ChâteletMêler à l'opéra la variété issue de la Star Académie est une entreprise audacieuse, qui s'expose aux risques de ridicule et de prétention, un peu comme sortir l'argenterie et le linge damassé pour servir du fast-food. Ces risques là, Gérard Pesson les a pris, en créant Pastorale, donnée ces jours-ci en première au théâtre du Châtelet à Paris. (1)

Le livret est inspiré de L'Astrée d'Honoré d'Urfé, roman-fleuve du XVIIème siècle décidément revenu à la mode puisqu'il avait déjà inspiré en 2007 un très beau film à Eric Rohmer ("Les Amours d'Astrée et de Céladon").
Dans l'oeuvre d'Urfé, l'histoire est celle d'aristocrates endossant l'habit de bergers pour jouer aux jeux de l'amour, avec pour personnages centraux la belle Astrée et le jeune Céladon qui s'aiment et se fuient sans fin, trahisons et souffrances à la clé.

Dans Pastorale, ce sont de jeunes candidats à un jeu de télé-réalité qui se mettent dans la peau de bergers, entourés d'assistants et guidés par le druide Adamas.
Lookés façon néo-babas-cools, les jeunes partent donc chercher le bonheur dans de vertes prairies, dans une nature close et idéalisée, rejouant une fois de plus le mythe de l'Eden retrouvé. Les amours d'Astrée et de Céladon, quant à elles, assurent - a minima - la structure narrative de l'opéra.

Ce mélange d'inspirations (la littérature et la télé-réalité) pèse hélas sur la cohérence du spectacle et en brouille la lisibilité. Le livret est révélateur de ces contradictions (pas moins de quatre auteurs y ont d'ailleurs participé) : d'une écriture courte et erratique, il hésite entre prosaïsme et poésie, entre simple envoi de messages et romanesque, sans qu'aucune force ne parvienne à le faire décoller.
La cohabitation de voix lyriques et de la chanson est bien de ce tonneau-là, alliage quelque peu improbable, et grande est la menace - non totalement exécutée toutefois, fort heureusement - de voir la représentation sombrer du mauvais côté de la comédie musicale genre cucul-commercial. Quant à la chorégraphie, sortie de l'imagination, visiblement très limitée, de Kamel Ouali, elle semble appartenir à la même école artistique que les costumes : agitée à trop vouloir être jeune, banale à trop vouloir être à la mode.

Ça, c'est tout ce qui peut agacer. On passe pourtant une très bonne soirée. Et il y a de quoi : la musique de Gérard Pesson, que l'on range d'habitude du côté du bizarre et de l'intime, déploie dans cette ambiance pastorale et contemporaine tout ce qui en fait le charme. Ses couleurs variées et ses déclinaisons de formes infinies révèlent de magnifiques harmonies. Elles sont jouées avec de vrais instruments autant qu'avec toutes sortes d'objets domestiques et font la part belle aux pépiements d'oiseaux, bruits d'eau, respirations, bruissements (et déchirements) de feuilles...
La scénographie / mise en scène est signée du grand vidéaste Pierrick Sorin. Faite notamment d'images tournées directement à partir de maquettes posées sur scène et projetées sur grands écrans, elle fourmille d'inventivité, de surprises et bien souvent d'humour. Plein de vie et des plus plaisants, ce cadre visuel joue un rôle prépondérant dans le spectacle.
Finalement, la très bonne idée de cette Pastorale est certainement l'association Pesson - Sorin. A tous les deux ils sont capables de créer une telle poésie et une telle modernité que l'on ne voit pas bien pourquoi il a fallu aller chercher du côté de la télé et de la variété pour tenter d'enrichir le programme. Ce jeunisme quasiment affiché frôle la démagogie et encombre un spectacle dont la seule présence de grandes voix lyriques sobrement dirigées aurait à coup sûr garanti le succès. On peut rêver à un nouveau casting : ce serait la Pastorale II.

Pastorale
Gérard Pesson
Opéra en quatre actes et quarante-deux numéros
Théâtre du Châtelet - 1 place du Châtelet, 75001 Paris
Renseignements : 01.40.28.28.00
Jusqu'au 24 juin 2009, à 20 h
Durée : 2 h 25 avec entracte
Places de 15 € à 90 €

Livret : Martin Kaltenecker, Philippe Beck et Gérard Pesson, avec la collaboration de Hervé Péjaudier
d'après L'Astrée d'Honoré d'Urfé (1607-1627)
Création scénique mondiale
Direction musicale : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène, vidé, décors, costumes et lumières : Pierrick Sorin
Chorégraphie : Kamel Ouali
Astrée Judith Gauthier
Céladon et Alexis Olivier Dumait
Listandre Ivan Geissler
Adamas Marc Labonnette
Silvandre Pierre Doyen
Florice et Sylvie Marie-Ève Munger
Phillis Hoda Sanz
Diane Raphaelle Dess
Une bergère Melody Louledjian
Une bergère et Léonide Amaya Dominguez
Une bergère et Galathée Sophie Leleu
Hylas Jean-Gabriel Saint-Martin
Lycidas Thomas Huertas
Orchestre symphonique Région Centre-Tours
Chœur du Châtelet

(1) Pastorale est une commande de l'Opéra de Stuttgart, où l'oeuvre a été créée en version de concert en mai 2006. Pour cette création scénique, le Théâtre du Châtelet a passé commande à Gérard Pesson de deux nouvelles chansons, écrites par Adrien Léveillé et destinées à Diane et Phillis.

dimanche 31 mai 2009

Proust ou les intermittences du coeur

Ballet de l'Opéra, Roland Petit, Proust ou les intermittences du coeur
Roland Petit s'est toujours attaché à mettre en lien la danse et la littérature.
En 1974, celui qui allait rester à la tête du Ballet national de Marseille pendant vingt-six ans créé à l'Opéra de Monte-Carlo Proust et les intermittences du cœur.
Il est alors le premier à proposer une adaptation chorégraphique de La Recherche.
En 2007, le ballet entre au répertoire du Ballet de l'Opéra national de Paris. Sa reprise cette saison est l'occasion de découvrir ou de redécouvrir ce magnifique spectacle.

Accompagné d'un choix séduisant de compositeurs du XIXème, les deux actes réunissant au total treize tableaux sont dédiés successivement aux univers féminins puis masculins du roman. Après une ouverture sur le clan Verdurin - esprit duchesse de Guermantes, ce qui est déjà un programme en soi - Roland Petit s'attèle à ce qui constituera le fil conducteur de sa "lecture dansée" de Proust : les passions.

L'évocation de la sonate de Vinteuil - cette phrase musicale devenue pour Charles Swann symbole de l'amour - surgit d'un splendide duo, tendre, fluide, à l'épure émouvante. Viendront ensuite les aubépines de l'enfance du narrateur et sa prime passion pour Gilberte, puis Balbec et ses jeunes filles en fleur et, déjà, les soupçons quant aux amours d'Albertine et Andrée. Son incurable jalousie conduira le narrateur à faire d'Albertine sa prisonnière. Ce dernier tableau La regarder dormir, se clôturant sur la disparition d'Albertine, extrêmement métaphorique, est d'une splendeur à couper le souffle.

Tout au long de ce premier acte, la délicatesse puis la force des sentiments, mais aussi la finesse d'écriture de Marcel Proust sont merveilleusement transposés, tandis que les costumes et les décors (que Roland Petit a fait recréer pour l'entrée du ballet au répertoire de l'Opéra de Paris), où dominent blancheur et transparence illustrent élégamment le propos.

La deuxième partie nous plonge dans l'univers tourmenté des hommes et du vice, notamment celui du terrible baron de Charlus, sempiternellement aux prises avec ses passions et ses démons. Un acte beaucoup plus sombre, où la duplicité de Morel, le jeune violoniste dont Charlus est amoureux fou s'incarne dans un contraste de noir et de blanc, où les maisons de plaisir apparaissent dans un classique rouge et noir, où le supplice du baron est teinté de gris.
L'obscurité de la ville privée de ses lumières pendant la guerre donne lieu à un tableau de corps dénudés en ombres chinoises d'une troublante beauté.
Enfin, sur une musique de Wagner, survient "Cette idée de la mort...", ballet macabre où les mondains hier si brillants apparaissent comme de pauvres automates dont les années ont figé les traits, où la duchesse de Guermantes elle-même se révèle dans toute sa vanité, où le narrateur, face au miroir que constitue cette société réalise que le temps a passé et que la mort ne va pas tarder.

Proust ou les intermittences du cœur
Chorégraphie et mise en scène : Roland Petit
Musiques : Ludwig van Beethoven, Claude Debussy, Gabriel Fauré, César Franck, Reynaldo Hahn, Camille Saint-Saëns, Richard Wagner
Décors : Bernard Michel, cosumes : Luisa Spinatelli
Orchestre de l'Opéra national de Paris, direction musicale : Koen Kessels
Opéra national de Paris
Palais Garnier - Place de l'Opéra, Paris 2ème (tel. : 08 92 89 90 90)
M°Opéra, bus 20, 21, 22, 27, 42, 66, 68, 81, 95
Du 27 mai 2009 au 8 juin 2009
Tous les jours sauf le dimanche à 19 h 30
Places de 6 € à 85 €

jeudi 10 juillet 2008

Le Sacre du printemps à La Villette

Le sacre du printemps de Stravinsky par Heddy MaalemHeddy Maalem a déplacé le célèbre ballet sur le continent africain, dans une pièce créée en 2004 et présentée jusqu'au 12 juillet dans la Grande Halle de la Villette dans le cadre du festival Afrique(s).

Cette réinterprétation des rites universels du Sacre du printemps résonne avec une force formidable dans les rythmes et mouvements des cultures africaines. La chorégraphie de Maalem, à la fois très écrite et brute associe dans un bel équilibre les "classiques", si l'on peut dire, de la danse contemporaine, des passages de danse "tribale" déchaînée et des moments très lents de pure sensualité. Son langage permet à chacun des quatorze danseurs de s'exprimer selon une gestuelle propre, même dans les tableaux d'ensemble. Malgré les rythmes parfois insensés, malgré la folle énergie, le spectacle demeure dans l'épure. Une qualité qui ne tient pas seulement à la chorégraphie, mais également aux choix de mise en scène extrêmement sobres. Après un magnifique prélude dans la semi-obscurité, où un couple de danseur se dessine comme des ombres chinoises sur un fond d'écran de feuillages africains, place à la lumière franche, murs et sol blancs sans autre décor. Les six danseuses et huit danseurs africains sont simplement vêtus de maillots. La vidéo ne revient qu'aux moments clés du ballet, toujours de façon simple et juste.Quant à la musique de Stravinsky vieille de près d'un siècle, elle semble avoir trouvé un nouveau souffle et même redoublé de puissance, portée par le vent de ce fascinant continent noir.

Le Sacre du printemps
Chorégraphie de Heddy Maalem
Musique de Igor Stravinsky
Grande Halle de la Villette - Salle Charlie Parker
Festival Afrique(s)
Jusqu'au samedi 12 juillet 2008
A 20 h, durée 1 h
De 8 € à 15 €

Photo © Patrick Fabre

mardi 8 juillet 2008

Bamboo Blues. Pina Bausch

Bamboo Blues, Pina Bausch au Theâtre de la VillePina Bausch est allée en Inde avec sa troupe pour créer son dernier spectacle, dans le Kerala et à Calcutta. Elle en a ramené ses couleurs, ses parfums, sa musique, dans une pièce dansée inspirée et dénuée de kitch.

Les représentations de Bamboo Blues, montré en primeur au Théâtre de la Ville à Paris selon une tradition établie depuis près de trente ans, se sont achevées mercredi dernier à guichet fermé.

A l'image des splendides voiles blancs parcourus d'une légère brise en fond de scène, du début à sa fin, la soirée est bercée d'une douce beauté. Les robes des femmes, le poli des corps, les chorégraphies en rondeurs et rapprochements créent une sensualité d'ensemble, mise en évidence avec plus de force et toujours beaucoup de simplicité dans certains tableaux, siestes tranquillement balancées sur des rondins de bois ou scène de toilette dans une brume d'eau.

Pina Bausch explore à nouveau les thèmes qui lui sont chers, comme celui des rapports entre les hommes et les femmes, faits d'attraction, d'amour, mais aussi de jeux de domination et de cruauté. Peu de violence pourtant dans Bamboo Blues ; la séduction est elle omniprésente. Elle atteint son apogée lorsqu'apparaît Shantala Shivalingappa, d'une finesse et d'une grâce incroyables, exécutant un solo qui semble renvoyer tous les autres au rang de gestuelles éculées et incarner à elle seule tout le charme et toute la féérie de l'Inde, lumineuse, délicate, magnifiquement "posée".

A réserver : Pina Bausch reviendra l'année prochaine au Théâtre de la Ville, d'abord avec une reprise, Wiesenland, du 7 au 14 janvier, puis avec une création du 19 au 29 janvier 2009.
A lire : Pina Bausch vous appelle par Leonetta Bentivoglio et Francesco Carbone (traduction de Leonor Baldaque, L'Arche, 2007)

Site de Pina Bausch
Site du Théâtre de la Ville