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Histoire et civilisations

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dimanche 29 janvier 2012

Les masques de jade mayas à la Pinacothèque

Masques de jade Mayas, PinacothèqueAprès l'or des Incas, la Pinacothèque de Paris poursuit son exploration des cultures pré-hispaniques, avec cette fois la découverte de la culture Maya et notamment ses fameux masques de jade.

Apparue aux alentours de -2000 ans en Amérique Centrale (au niveau des actuelles zones du Yucatan et du Chiapas au sud du Mexique, et du Honduras, du Salvador et du Guatemala), la civilisation Maya a connu son apogée à la période dite Classique, entre 250 et 900 de notre ère. L'essentiel des objets exposés proviennent de cette époque.

Le parcours est un ravissement tant sur le plan esthétique qu'historique. Masques, stèles, éléments de vaisselle, bijoux... permettent d'aborder les fonctions symboliques attribuées à ces objets et à travers elles le monde de croyance de cette brillante culture.

Autant chez les Incas, le divin était matérialisé à travers l'or, autant les Mayas attribuaient au jade le pouvoir sacré. Ces masques, découverts récemment au Mexique, faits de mosaïques de pierre verte à laquelle étaient ajoutés d'autres matériaux servaient à représenter les divinités, et notamment l'une des plus importantes du panthéon Maya, K'awill, le dieu du maïs garant de la continuité des cycles cosmiques. Lors des cérémonies rituelles, ils étaient portés par les dignitaires ainsi parés du pouvoir d'intercéder avec le divin. D'autres masques représentaient les visages des dirigeants mayas. Placés près de la dépouille, ils faisaient partie du "trousseau funéraire", avec colliers, bracelets, et autres ornements. L'exposition reconstitue des tombeaux, où l'on voit également, à côté du défunt, des récipients en céramiques, des vases tétrapodes, des petits tapis de coquillage... Tous ces éléments témoignaient de la transformation que les défunts subissaient lorsque leur essence spirituelle quittait leur dépouille mortelle.

Pinacothèque de Paris, MayasDes stèles en pierre permettent de découvrir la finesse et le style géométrique des sculptures, où règnes animal et végétal, comme sur les maques, se mêlent à l'humain. Les inscriptions révèlent la complexité et la beauté de leur système d'écriture, composé de glyphes plutôt circulaires. On trouve ces écrits sur des stèles de calcaire, mais aussi sur des objets funéraires, par exemple sur des hachettes de jade placées sous un pectoral et retrouvées dans une tombe sur le site de Calakmul.
L'utilisation des coquillages montre l'importance de l'océan pour les Mayas, qui avaient une vision tridimensionnelle du cosmos, céleste, souterrain et marin.
A côté des reliefs archéologiques (fabuleusement conservés et restaurés) la symbolique maya est décryptée : ainsi, les attributs du jaguar qui enrichissent la visage du défunt sur un masque renvoient à cette créature de la nuit censée accompagner le défunt et lui transmettre ses pouvoirs dans le monde souterrain, tandis que sur un autre, les crocs d'un reptile viennent figurer le serpent du souffle divin.
Passionnant !

Les masques de jade mayas
Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine - 75008 Paris
TLJ de 10h30 à 18h30, jsq 21h les mer. et ven.
Le 1er mai, ouverture de 14h à 18h30
Entrée 10 €
Jusqu'au 10 juin 2012

Images :
Masque funéraire en mosaïque de jade, Tombe 1, structure VII, Calakmul, Campeche, Classique tardif, 660-750 apr. J.-C., Mosaïque de jade, Spondylus princeps, Pinctada mazatlanica et obsidienne grise, 36,7 x 23 x 8 cm Musée d’Architecture maya, Fuerte de la Soledad, Campeche © Photo: Martirene Alcántara/INAH
Stèle avec le relief d’un personnage qui porte le sceptre de K’awiil, Structure 1, Calakmul, Campeche, Classique Haut-relief de calcaire, 99 x 69 cm, Musée Fuerte de San Miguel, Campeche © Photo: Martirene Alcántara/INAH

samedi 15 octobre 2011

Pompéi, un art de vivre. Musée Maillol

Exposition Pompéi au Musée Maillo, tête de femmeDonner aux visiteurs l'impression de découvrir une domus pompeiana telle qu'elle était il y a 2000 ans, juste avant que l'éruption du Vésuve en 79 ne la fige pour l'éternité : tel est le propos de l'exposition du Musée Maillol, à voir jusqu'au 12 février prochain.
Salle après salle, y sont reconstitués les différents espaces de vie d'une maison aisée de Pompéi, ville "ordinaire" de l'Empire Romain.

Le visiteur commence par l'atrium où le maître des lieux accueillait ses hôtes et traitait ses affaires. Table de marbre, fresques aux murs, coffre-fort, fontaine sculptée, divinités de la maison : les éléments présentés donnent d'emblée une idée du statut social du propriétaire. Au fond, le triclinium est destiné aux banquets. Il est orné de fresques aux tons rouge-orangé représentant des épisodes de la vie des Dieux, quand à côté, dans le lararium, lieu de prière, un très beau panneau d'Iphigénie et Tauride réunit finesse, équilibre de la composition et puissance d'expression. Après avoir été saisi d'effroi, une fois de plus, devant les moulages des corps des victimes de l'éruption, l'on accède à la culina, où sont présentés de nombreux objets mobiliers servant à la préparation des repas et à la conservation des aliments : amphores, moules à gâteaux, louches, poêle, balance et poids, gril, four portatif, rien ne manque ! A l'étage, une galerie expose des pièces de vaisselle en argent, bronze, terre cuite et verre, ainsi que des lampes et des candélabres. Que ce soit sur bronze ou terre sigillée, la finesse des motifs mythologiques, animaliers ou végétaux et le raffinement des ornements sont tout autant admirables. Puis l'on passe aux objets associés aux thermes et aux soins cosmétiques, avec une baignoire, des miroirs, des fioles à parfum, des coupes, bouteilles et brocs en verre transparent, bleu ou vert, ainsi que des bijoux aussi simples que beaux. Une autre pièce nous donne une idée de l'importance de la sexualité et de ses représentations : c'est cru et sans détour, mais ce décorum reflétant les mœurs de l'époque était l'ordinaire de la ville ; même les murs extérieurs, dans les rues, donc à la vue de tous, en étaient ornés !
On finit avec une évocation du jardin et de ses péristyles, où la richesse des décors montre que cette partie de la villa était traitée avec autant de soin que les autres pièces: fresques splendides, bassins et tables en marbre sculptées, bouches de fontaine en forme de tortue, de dauphin ou de grenouille, sans compter la très belle fontaine en mosaïque, dont le motif lui-même reprend celui d'une fontaine ou les oiseaux viennent boire...

Exposition Pompéi au Musée Maillo, fresque tricliniumOn l'aura compris, la visite de l'exposition est un pur plaisir. Le principe d'évolution de pièce en pièce concilie la clarté d'une approche thématique à l'agrément d'une progression dynamique. La muséographie est belle, simple et efficace, avec ses couleurs délimitant les différents espaces de la maison. Enfin et surtout, les œuvres, presque toutes venue de Naples naturellement, sont extraordinaires.
L'absence d'accumulation (qui est le propre, l'intérêt, mais aussi l'inconvénient des musées archéologiques) permet au visiteur d'admirer tranquillement et isolément chaque objet, tandis que les explications générales lui permettent de les intégrer dans le mode de vie d'un riche Pompéien.
Une grande réussite, signée Valeria Sampaolo, Antonio Varone et Stefano De Caro, commissaires de l'exposition et respectivement directrice du Musée archéologique national de Naples, directeur des fouilles de Pompéi et professeur à l'Université de Naples, ainsi que Patrizia Nitti, directrice artistique du Musée Maillol, et Hubert le Gall à la scénographie.

Pompéi, un art de vivre
Jusqu'au 12 février 2012
Musée Maillol
59-61, rue de Grenelle - Paris 7°
M° rue du Bac
TLJ de 10h30 à 19h, le ven. jusqu'à 21h30
Entrée 11 € (TR 9 €)

Images :
Œnochoé en forme de tête de femme Première moitié du Ier siècle après J.-C., Bronze incrusté d’argent et de cuivre H. 13,7 ; L. de 6 à 9 cm Fouilles d’Herculanum, réserves archéologiques Inv. 77839 © Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e Pompei
Murs du triclinium de la villa de Carmiano, Période flavienne, Enduit peint à la fresque, H. 265 ; murs est et ouest, L. 546 ; murs sud et nord, L. 482 cm, Fouilles de Castellammare di Stabia, réserves archéologiques Inv. 63683 ; 63684 ; 63685 ; 63686 ; 63687 © Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e Pompei/Fotografica Foglia

dimanche 27 février 2011

Pinacothèque de Paris : annulation de l'exposition de masques de jade Maya

le mexique sur le globe

Alors que nous évoquions ici-même la prochaine exposition prévue à la Pinacothèque de Paris à partir de début mars et consacrée aux masques de jade Maya, un communiqué tombé cette semaine nous annonce son annulation :

" Les autorités mexicaines ont annoncé devoir renoncer à l’organisation de l’exposition Les Masques de Jade Maya en raison de la dégradation des relations avec la France ces derniers jours.

Cette décision a été prise à la suite du retrait du gouvernement mexicain de l’organisation de l’Année du Mexique en France, qui allait présenter près de 350 événements culturels en France dans le cadre de cette année bilatérale.

Pendant une semaine, le gouvernement mexicain avait toutefois prévu de conserver cette exposition remarquable, compte tenu de son degré d’avancement, des excellentes relations entretenues par les Musées mexicains avec la Pinacothèque de Paris et par respect pour son public qui attendait cet événement avec impatience.

La décision a été annoncée par un courrier de l’Ambassadeur du Mexique adressé ce lundi 21 février 2011, à Marc Restellini, directeur de la Pinacothèque de Paris.

La Pinacothèque de Paris regrette cette décision grave qui prive le public de la possibilité d’admirer des trésors uniques mayas, qui auraient été montrés pour la première fois en France depuis leur découverte.

« Sans entrer dans la polémique générale, je déplore le gâchis culturel de l’annulation de l’Année du Mexique en France et je tiens à souligner les difficultés financières auxquelles les entreprises françaises qui participaient à cet événement culturel, risquent de se trouver confrontées. » souligne Marc Restellini.

La Pinacothèque de Paris remplace l’exposition sur les Masques de Jade mayas par une exposition sur le créateur de Corto Maltèse, qui était programmée pour l’été et qui se déroulera du 18 mars au 21 août 2011. Cette exposition, intitulée Le voyage imaginaire d’Hugo Pratt, présentera un ensemble exceptionnel d’œuvres originales d’Hugo Pratt ainsi que, pour la première fois, l’ensemble intégral des planches de La balade de la Mer salée, première œuvre où apparaît Corto Maltese."

Triste nouvelle pour tous ceux qui ont travaillé sur ce projet et tous les autres prévus dans le cadre de l'Année du Mexique en France, et tout autant pour le public privé de la découverte de ces cultures et de ces œuvres.

dimanche 12 septembre 2010

L'Or des Incas. Origines et mystères. Pinacothèque de Paris

L'or des Incas à la Pinacotheque de Paris, Ornement frontal

L'exceptionnel semble devenir la règle à la Pinacothèque de Paris. Après Les soldats de l'éternité en 2008, révélant au public français quelques uns des 7 000 soldats de terre cuite découverts dans la tombe du premier empereur de Chine, Marc Restellini, le directeur de la Pinacothèque présente depuis vendredi une exposition de plus de 250 œuvres issues de la civilisation Inca et de celles qui l'ont précédée.

Venue essentiellement de musées péruviens, mais aussi de plusieurs institutions européennes, cette sélection inédite en France vient nous rappeler que les Incas, s'ils demeurent le plus connu parmi les peuples pré-colombiens de la cordillère des Andes, ne dominèrent en réalité la région que durant le XV° siècle. Pendant 3 000 ans, et jusqu'à ce que les Conquistadors envahissent le "Pérou" au début du XVI° siècle, une dizaine de cultures différentes, nommées Sicán, Chimú, Mochica ou encore Huari s'étaient en effet succédées - avec toutefois une vision du monde et des traditions, notamment religieuses, communes.

Après une présentation des différentes civilisations (appelées "horizons") à travers une sélection de leurs pièces les plus remarquables, l'exposition aborde les grandes thématiques des Incas et de leurs prédécesseurs : la tradition métallurgique (dont les importantes richesses naturelles régionales ont permis le développement) et les rituels, avec l'apparat de cérémonie, la musique, les rites sacrificiels, la cosmogonie, les pratiques funéraires.

Les objets d'or, symbole du soleil, divinité suprême dans le panthéon Inca, mais aussi du pouvoir, puisque l'empereur était considéré comme fils du soleil, prennent de multiples formes pour un usage essentiellement rituel - l'approche économique de l'or était étrangère aux civilisations préhispaniques. S'étalent ainsi sous nos yeux couronnes, coiffes, masques, pectoraux, colliers, boucles d'oreilles, ornements nasaux (nariguera), gobelets, coupes... en or soudé, laminé, moulé, repoussé, découpé, gravé, embouti ou filigrané.
L'on découvre aussi des pièces d'argent - métal associé à la divinité lunaire Quilla - ainsi que des objets associant les deux métaux, ou encore en cuivre. Certains s'ornent de pierres précieuses ou semi-précieuses.

L'or de Incas, Pinacothèque de Paris, coupe cérémonielleMais l'art des cultures andines ne se réduit pas à l'orfèvrerie : elles ont tout autant exprimé leur savoir-faire et leur talent créatif dans la céramique, comme en témoignent ces superbes vases et ces bouteilles à anse, ventrues, parfois très sculptées et le plus souvent richement colorées. La diversité stylistique des civilisations y est particulièrement visible. L'iconographie et la sculpture vont du symbolisme et du géométrique aux motifs zoomorphes et anthropomorphes (souvent hybrides d'ailleurs) - voire narratifs - les plus étonnants.

Sont également à découvrir des pièces d'apparat ornées de plumes multicolores, des objets en bois, des bijoux en coquillage, des instruments de musique, tels les sonnailles, qui, cousues aux vêtements, émettent des tintements à chaque mouvement, le contenu du trousseau funéraire autour d'une momie... Autant d'œuvres qui passionnent par l'Histoire et les histoires qu'elles révèlent, enchantent par leur extraordinaire beauté et ne cessent de fasciner par leur part encore demeurée mystérieuse.

L'Or des Incas. Origines et mystères
Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine – Paris 8ème
Jusqu'au 6 février 2011
TLJ de 10 h 30 à 18 h (fermeture des caisses à 17 h 15)
Samedi 25 décembre 2010 et samedi 1er janvier 2011, ouverture de 14 h à 18 h
Nocturne tous les mercredis jusqu’à 21 h (fermeture de la billetterie à 20 h 15)
Entrée 10 euros, tarif réduit 8 euros
Réservation en ligne sur le site (11,50 euros et réduit 9,50 euros)
Exposition réalisée en association avec Artematica et la Fondazione Brescia Musei

Rendez-vous :
- A l'occasion de sa première participation aux Journées du Patrimoine, la Pinacothèque ouvrira gratuitement ses portes aux jeunes de moins de 25 ans les 18 et 19 septembre
- Nouveauté : les visites guidées organisées tous les samedis, à 14 h et 16 h. D'une durée d'une heure trente, elles comptent 20 personnes maximum et coûtent 5 euros en plus de l'entrée (inscription à l'avance ou sur place)
- Mercredi 29 sept à 19 h : concert-récital de Javier Echecopar, guitariste péruvien de musique baroque (en partenariat avec la Fondation de l'Alliance Française)
- Mercredi 13 oct à 19 h : table-ronde avec des spécialistes de l'Institut Français d'Etudes Andines (avec la Fondation de l'Alliance Française)
- Mercredi 27 octobre à 19 h : table ronde sur le thème Sociétés pré-Incas, de Chavin aux Incas, entre unité et diversité (avec Connaissance des Arts).

A lire et à regarder, à offrir et à se faire offrir :
Le catalogue, où de grandes photos des objets exposés et leurs notices alternent avec des textes thématiques clairs écrits par des spécialistes de l'art pré-colombien, chercheurs, professeurs et directeurs de musées. Il reprend les trois grandes sections de l'exposition : L'histoire du Pérou ancien ; Le travail du métal et de l'or ou le beau dans le Pérou ancien ; Les rituels : le divin dans le quotidien.
(Editions de la Pinacothèque de Paris, 364 p., 45 €)

Images : Ornement Frontal, Culture Chimú (900-1470 apr. J.-C.), Intermédiaire récent, Or laminé/repoussé/embouti/incrusté 250 x 55 x 300 mm Musée Larco, Lima © Photo Joaquín Rubio Roach. Tête de félin orné de plumes, nez et bec d’oiseau. Deux singes dans la partie supérieure. Serpents bicéphales sur la partie inférieure (notice, Paloma Carcedo)
Coupe cérémonielle, Culture Chimú, Intermédiaire récent, bois, nacre sculpté/gravé/ pyrogravé/serti 399 x 167 x 165 Musée Larco, Lima © Photo Joaquín Rubio Roach. Décor de la coupe : frise de 9 panneaux gravés représentant un personnage (à longue queue et aux pieds terminés en tête d’oiseau) associé à des êtres zoomorphes (félin) et à un singe (notice, Luisa Maria Vetter)

samedi 21 août 2010

Le Palais Bénédictine. Fécamp

Le Palais Bénédictine à Fécamp, enluminuresA la fois palais Néo-Renaissance, musée et distillerie, le Palais Bénédictine est une curiosité de plus de cent ans d'âge à découvrir à Fécamp, sur la Côte d'Albâtre.

Le début de l'histoire remonte à 1863, lorsqu'un jeune homme nommé Alexandre le Grand (!) redonne vie à une vieille recette de liqueur inventée par un moine bénédictin de Fécamp au XVIème siècle. Il la baptise Bénédictine, dépose la marque, fait un habile usage de la publicité grâce notamment aux grands affichistes de l'époque, et voici l'affaire bien lancée, y compris à l'exportation.
Très vite, Alexandre le Grand se plaît à mêler les genres, exposant une collection d'œuvres d'art dans sa fabrique de spiritueux. Une veine qui depuis demeure : dans le drôle de palais, inauguré en 1900 après la mort du fondateur Alexandre, une aile abrite toujours un musée, tandis que dans une autre, la distillerie produit encore le précieux breuvage. Toutes deux valent la visite, qui s'enchaîne fort naturellement.

Palais Bénédictine, Christ en ivoireCôté art, le bâtiment est dans le goût de la fin du XIXème avec son style éclectique enchevêtrant Gothique et Renaissance, conçu par Camille Albert l'architecte de la ville de Fécamp. Y sont exposés des sculptures religieuses médiévales, des émaux, des ivoires, des albâtres, des vitraux, des manuscrits anciens, des sceaux et monnaies, une collection de ferronnerie, des lampes à huile romaines et même une petite pinacothèque ! Le parcours n'est pas bien long et permet, dans le calme absolu des salles dont le décor vaut à lui seul le coup d'œil, de détailler des petites pièces de haute qualité, tel un très beau Christ du XVIIème siècle taillé dans une seule défense d'éléphant, de somptueux livres d'heures enluminés des XV° et XVI° siècles, ou encore une sculpture en bas relief sur bois, marbre et ivoire, sorte de tableau de la Présentation au Temple daté du XVII°.

Dans la fabrique sont visibles de gros alambics de cuivre et grandes cuves. La célèbre liqueur (très prisée à l'étranger, dit-on) est élaborée à partir de plantes et d'épices (près de trente différentes), auxquelles on ajoute encore, après distillerie, du safran et du miel. On laisse vieillir en fûts de chêne une bonne année, on filtre, on embouteille... et on goûte... Verdict : puissante, complexe et très parfumée, avec un excellent équilibre entre amertume et sucré. Mais attention, la Bénédictine affiche tout de même 40°... La variante B&B, mélange de la précédente et de cognac est, elle, un peu plus forte, et beaucoup moins convaincante. Rien de tel que l'original.

Palais Bénédictine
110 rue Alexandre Le Grand - 76400 Fécamp
Ouvert TLJ sauf le 1er mai et le 25 décembre
Entrée 7 €

dimanche 15 août 2010

La Malouinière de la Ville Bague

La chapelle Sainte-Sophie de la Malouinière de la Ville Bague, St MaloLoin des expositions parisiennes qui régulièrement tapissent les pages culturelles des journaux, et des vastes musées où s'engouffrent en longues grappes des touristes empressés, on tombe toujours sur quelque visite intéressante, porté ici ou là par sa curiosité ou par un bon conseil.

Ici, à Saint-Malo, notre hôte nous envoie découvrir la Malouinière de la Ville Bague.
En réalité, entre les remparts, les rochers de Rothéneuf, Dinard, Dinan et le Mont Saint-Michel, le programme ne nécessite aucun complément. Mais en province le temps s'étire d'une façon merveilleuse et, charmé par la grâce de quelque confiture maison, on finit par se rallier à la cause du patrimoine local. C'est ainsi qu'on se retrouve devant une grande maison de maître, au milieu d'une poignée de personnes âgées extrêmement enthousiastes.

Le gendre de la propriétaire actuelle fait office de guide et nous embarque pour 1 h 1/2 de visite historique, ambiance vieille famille-ouvrons nos armoires.
Comme leur nom l'indique, les Malouinières sont des villas typiques du pays Malouin : une centaine furent construites entre 1650 et 1730 autour de Saint-Malo, par des armateurs avides de grand air, mais aussi soucieux de vider leurs cargaisons hors la vue du percepteur, sans toutefois trop s'éloigner du port.
La Ville Bague date de 1715 ; un manoir la précédait, d'où l'existence dans son enceinte d'une chapelle et d'un pigeonnier de la 2ème moitié du XVIIème siècle. Construite par Guillaume Eon, elle en est pierres de pays enduites de crépi ; sa façade régulière est ornée de fenêtres encadrées de granit, sa haute toiture surmontée d'impressionnantes cheminées.

Dans le pigeonnier de la Ville Bague, le coffreDans la partie basse du pigeonnier, cartes anciennes, coffre ouvert avec un brin de cérémonial et armes que les visiteurs sont invités à soupeser.
Dans la demeure, on passe du salon à la salle à manger puis à quelques pièces à l'étage, en admirant la belle rampe de l'escalier. On réalise à quel point la visite d'une maison remplie de vieux meubles et objets, où vivent aujourd'hui des particuliers a quelque chose de profondément anachronique et décalé. Fait-on visiter son vaisselier, tâter ses toiles de Jouy capitonnées et admirer ses croûtes plus ou moins familiales ? C'est assez comique à vrai dire, mais l'ambiance ne se prête pas à ce genre-là.
Alors on se garde de tout second degré, on joue le jeu à fond et finalement les yeux sont plutôt contents. En bas, un papier peint panoramique de 1820 montre l'arrivée de Pizzare chez les Incas (tout un poème) : un papier peint aux couleurs magnifiques et qu'il est rarement donné de voir, issu de la manufacture Dufour et Leroy et classé Monument historique. A côté, dans la salle à manger où sont exposées des pièces de porcelaine et d'argenterie pas du tout repoussantes, le maître des lieux se plaît à nommer, pour le plus grand bonheur de ces dames, des objets devenus totalement inusités. A l'étage enfin, derrière des vitrines, d'adorables ivoires, tout petits objets sculptés par les marins. C'est fin, simple et joli, ça sent le temps long, la minutie, mais aussi la passion et une forme de solitude ; ça en deviendrait presque émouvant.

Malouinière de la Ville-Bague
35350 - Saint-Coulomb
Ouvert de Pâques à la Toussaint
Visites guidées à 10h30 (sur RV), 14 h 30 et 16 h
Fermé le mercredi sauf en juillet et août
Ouvert aux groupes toute l'année sur rendez-vous
Entrée 8 € (adultes)

mercredi 11 novembre 2009

Michel Onfray : le post anarchisme expliqué à ma grand-mère

Le post anarchisme expliqué à ma grand-mère par Michel Onfray au théâtre du Rond PointJeudi dernier, la salle Renaud-Barrault du théâtre du Rond-Point était pleine à craquer, où, à l'heure du déjeuner, Michel Onfray donnait une conférence intitulée "Le post anarchisme expliqué à ma grand-mère".
Derrière ce slogan, le philosophe se moquait des livres de vulgarisation de la pensée et de l'histoire des idées que les intellectuels commettent régulièrement à peu de frais, en s'adressant à leurs lecteurs adultes comme ils le feraient à des enfants.

Rejetant ce genre de démarche simpliste, Michel Onfray, dans l'esprit de l'Université Populaire de Caen, s'attache à revisiter l'histoire de la pensée anarchiste - très multiple et même contradictoire - en revendiquant un droit d'inventaire : retenir les idées qui lui semblent encore de valeur aujourd'hui et repousser les prises de position inacceptables et/ou considérablement datées.

En suivant cette logique du "prélèvement", l'auteur de la Contre histoire de la philosophie trace les contours du post anarchisme, un courant qui existe aussi de l'autre côté de l'Atlantique. Il commence par balayer sans ménagement un certain nombre de dogmes (une de ses grandes affaires) de la pensée anarchiste : le rejet de l'Etat ; le refus des élections ; l'idée selon laquelle le capitalisme ne serait qu'un moment dans le déroulement du monde. Au contraire, pour le philosophe, l'Etat est utile, voter permet de manifester un rapport de force et le capitalisme est une forme consubstantielle du monde - c'est le capitalisme libéral qui est à dénoncer.

Michel Onfray passe ensuite au crible les écrits des auteurs dits anarchistes pour y faire son tri : exit les positions bellicistes, homophobes et phallocrates de Proudhon, mais oui à son pragmatisme ; exit le christianisme de Tolstoï et la négativité de ceux qui sont devenus anarchistes par amertume ; oui à la positivité, à tout ce qui est susceptible de développer la pulsion de vie ; oui à la place de la Justice défendue par Louise Michel, à l'impératif catégorique de La Boétie - "Soyez résolu de ne plus servir et vous serez libre " - réactivé par Thoreau, aux phalanstères de Fourrier, à l'anarcho-syndicalisme d'Albert Camus de L'Homme révolté, à l'éducation, aux plaisirs du corps...

Si la pensée anarchiste a été saignée par la Commune puis par la Guerre de 14-18, avant d'être terrassée par le triomphe du marxisme, l'auteur du Traité d'athéologie pense que, tel le fleuve Alphée, l'anarchisme un temps disparu dans la mer est ensuite réapparu, citant Orwell, la philosophe Simone Weil, Jean Grenier, la French Theory avec Foucault, Deleuze, Bourdieu, Guattari, Lyotard, le Derrida de Politiques de l'amitié et du Droit à la philosophie, mais aussi Mai 68, qu'il considère comme une révolte nietzschéenne pour avoir mis fin à la Vérité "Une", révélée, en mettant en évidence la diversité de vérités, pour avoir fait disparaître les idéaux ascétiques chrétiens et fait surgir de nouvelles possibilités d'existence.

Suite et fin de la conférence en mai, même lieu et même heure : Michel Onfray y proposera un post anarchisme pour aujourd'hui et pour demain.

Calendrier des conférences de l'Université Populaire de Caen au Théâtre du Rond-Point
Théâtre du Rond-Point - 2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt 75008 Paris
M°Franklin D. Roosevelt, Champs-Élysées Clemenceau
Entrée libre sur réservation

mardi 10 juin 2008

Rome et les Barbares au Palazzo Grassi

Rome et les Barbares, exposition VeniseEn finir avec le mythe d'une origine exclusivement romaine de l'Europe en montrant les apports des peuples dits Barbares, tel est le propos de la vaste exposition présentée jusqu'au 20 juillet au Palazzo Grassi de Venise.

Sur les trois niveaux du palais, mille sept cents oeuvres et objets, pour la plupart de toute beauté, étayés de commentaires éclairés sont réunis pour raconter près d'un millénaire d'histoire, du principat de l'empereur Marc-Aurèle (160-180) à l'an mil.
Soit une longue époque de transition, marquée en son début par la fameuse "paix romaine", en réalité une alternance de guerres et de périodes de pacification, qui verra en 476 la fin de l'Empire romain d'Occident lorsque Odoacre dépose Romulus Augustule et devient seigneur d'Italie, et s'achève sur une Europe morcelée en royaumes et seigneuries.
Siècles mouvementés de batailles mais aussi de politique d'intégration bien comprise (voir la table claudienne demandant qu'on accorde aux notables gaulois l'accès au sénat romain), de stratégie militaire (lorsque les Romains font appel à des Barbares pour en combattre d'autres plus menaçants), de fascination (des peuples du Nord et de l'Est pour l'Empire romain), et finalement d'effritement de la culture romaine, et avec elle ses sacro-saintes origines grecques, sous les vagues des invasions barbares.

Mais ce millénaire en Occident est surtout celui de la mise en place de ce qui allait en constituer le ciment : le christianisme, de l'édit de tolérance en 313 accordant la liberté de culte aux chrétiens au couronnement d'Etienne Ier, premier roi chrétien de Hongrie en l'an 1000, en passant par l'édit de Thessalonique en 380 instituant le christianisme religion d'Etat de l'Empire romain ou encore le baptême de Clovis à Reims en 508.
Autant de temps pendant lequel les peuples nomades se sont progressivement installés, ont assimilé des éléments de la culture romaine et ont apporté leur savoir-faire en matière d'armes et d'orfèvrerie, mais aussi leurs propres rites et croyances.

A Venise, l'exposition Rome et les BarbaresSarcophages, mosaïques, sculptures, textiles, statues, bijoux, manuscrits enluminés, armes, vaisselle, le tout magnifiquement mis en valeur témoignent de ce foisonnement et de ces interpénétrations, tenant toutefois éloignées les sources qui pourraient venir de l'autre rive de la Méditerranée, au demeurant vaguement qualifiées "d'éléments exogènes". Il s'agit de raconter l'histoire de la naissance de l'Europe, entre Italie, où est présentée l'exposition, France (par son commissaire d'exposition, Jean-Jacques Aillagon et son mécène) et Allemagne (manifestation organisée en association avec la Kunst und Ausstellungshalle de Bon). Le propos est on ne peut plus clair.

Rome et les Barbares
Jusqu'au 20 juillet 2008
Palazzo Grassi
Campo San Samuele 3231, Venise
TLJ de 9 h à 19 h
Entrée 15 € (TR 6 €)

Images : Taureau tricorne, II-IIIème siècles, Cutry (France) et Boucle de Saint-Césaire, première moitié du VIème siècle, Arles, Musée départemental antique

samedi 31 mai 2008

La lettre, une aventure de haut vol

Une aventure de haut vol, les débuts de l'aéropostaleCe 23 septembre 1870, un immense ballon s'élève au dessus des toits de Paris. A son bord : Jules Duruof ; sa mission : escorter de pleines poignées de dépêches et de lettres. Le ballon s'appelle Neptune et n'a rien d'une invention de fantaisie. Il s'agit de rétablir les liaisons de la capitale assiégée par les Prussiens : voici quatre jours que les voitures postales ne peuvent plus sortir. Trois heures après son envol, immortalisé par le photographe et aéronaute Nadar, le Neptune se pose près d'Evreux.
C'est un succès. Le gouvernement décide alors de réaliser des ballons en série : jusqu'au 28 janvier 1871, pendant les quatre mois de siège, soixante-sept ballons quitteront Paris pour communiquer avec les armées et, pour les Parisiens, avec les proches de province.

Pour la suite de l'histoire, il faut bien sûr attendre l'invention de l'aviation grâce au toulousain Clément Ader. Près de trente ans après, en 1918, quelques mois avant la fin de la guerre, est mise en place la première ligne aéropostale ; elle est alors militaire. Dès cette époque, un jeune industriel, Latécoère, se lance dans le projet d'une folle ambition : créer une ligne aéropostale entre Paris et l'Amérique du Sud. L'avancée se fait par étapes : France-Maroc tout d'abord, puis Casablanca-Dakar en 1925. Les lieux traversés ne sont pas sans danger ; les pertes matérielles et humaines nombreuses. Aussi, pour porter secours aux avions égarés et négocier avec les populations locales, Antoine de Saint-Exupéry est nommé chef d'aérobase à Cap-Juby, un fortin en plein Sahara. Il y écrira Courrier sud.
Après bien des péripéties et de nouveaux exploits comme celui de survoler la Cordillère des Andes dû à Jean Mermoz notamment, le 7 janvier 1933, Buenos Aires est relié à Paris pour la première fois avec un seul et même avion, en seulement 14 heures de vol.

Telle est la belle aventure que le Musée des Lettres et Manuscrits fait revivre à travers une passionnante exposition consacrée aux débuts de l'aéropostale. Photos, cartes, lettres, manuscrits autographes, dessins (de Saint-Ex en particulier), affiches, carnets de vol et même menus dédicacés... entourent les beaux portraits de ces pionniers et héros que furent Montgolfier, Nadar, Ader, Blériot, Latécoère, Mermoz, Guillaumet... Aéronautes fous et obstinés qui en réalisant le vieux rêve de l'homme ont aussi fait voler les lignes, délivrant au plus vite aux êtres éloignés les mots qui ne pouvaient être entendus mais que la magie des lettres et de l'écriture permettait qu'ils soient dits et reçus.

La lettre, une aventure de haut vol
Les débuts de l'aéropostale
Musée des Lettres et Manuscrits
8, rue Nesle - Paris 6 (M° Odéon)
Jusqu'au 2 novembre 2008
TLJ sf le lun., de 10 h à 20 h (jsq 18 h sam. et dim.)

A lire : le dossier consacré aux débuts de l'aéropostale dans le magazine Plume
(n° 45 - juin/juillet/août 2008, 8 €)

Image : affiche Aéropostale, © Coll. Musée Air France

mercredi 14 mai 2008

Musée de l’Arles et de la Provence antiques

Musée de l’Arles et de la Provence antiques, danseuse romaineLorsque les habitants de l’Arles du deuxième siècle (Arelate) devaient aller assister aux courses de char, ils quittaient le haut de la ville pour cette zone de marais en bord de Rhône où venait d’être construit le cirque.
Quel cirque ! On a enfoncé 28 000 pieux de bois dans le marais pour stabiliser une piste qui faisait son kilomètre de boucle. 20 000 spectateurs s’entassaient pour hurler les noms de leurs favoris.

Le visiteur d’aujourd’hui fait le même chemin pour rejoindre le Musée, sans les marais, sans la foule (s’il s’agit d’un jour de février), mais avec quelques traces du cirque.
Le bâtiment qui protège les collections antiques est nettement moderne, et on aimerait que le lien avec la ville soit mieux dessiné par l’urbaniste. Mais l’intérieur est vaste, les grosses pierres y sont à l’aise, les grandes mosaïques s’y étalent sans complexe, on peut y flâner sans qu’aucune cloison ne vienne rompre l’errance.

On s’arrêtera ainsi au hasard de la séduction de l’objet : cette grande danseuse en bas relief dont le mouvement rappelle Botticelli, est-elle vraiment en pierre ? Les amours de Leda et de son cygne ne devraient-ils pas être plus discrets ? Quel drame nous crie cet acrotère en calcaire ? Quelle procession suivent ces pères qui tiennent leurs enfants par la main ou les portent sur les épaules ? Le colis que ces esclaves serrent sera-t-il assez bien ficelé ? Le Christ assis sous la galerie arrivera-t-il à convaincre ceux qui l’écoutent ? (le troisième à sa gauche semble nettement s’assoupir).

Musée de l’Arles et de la Provence antiques, donne la main petit romainOn peut apprendre aussi beaucoup de choses sur la vie dans une colonie romaine, en particulier par les maquettes, patiemment réalisées, qui nous montrent par exemple la façon dont le velum protégeait les 20 000 spectateurs du soleil, dans l’amphithéâtre. Ou celle de la meunerie hydraulique de Barbegal, véritable industrie minotière qui produisait jusqu’à quatre tonnes et demie de farine par jour.

Les monuments antiques ne sont pas morts avec la fin de l’empire romain. Une gravure nous montre d’ailleurs l’amphithéâtre au Moyen-Âge : il est devenu forteresse, les maisons ont été construites sur l’arène et les gradins, et des tours défensives ont surmonté le niveau d’origine. Ces Arlésiens d’alors n’hésitent pas à s’exposer à travers leurs œuvres, et nous semblent si proches.

Musée de l’Arles et de la Provence antiques
Presqu’île du cirque romain - Arles (13)
Tél. : 04 90 18 88 88
Du 1er avril au 31 octobre TLJ de 9 h à 19 h
Du 2 novembre au 31 mars TLJ de 10 h à 17 h
Entrée 5,5 € (TR 4 €)

mercredi 7 mai 2008

Babylone au Musée du Louvre

Exposition Babylone au Louvre, dragon passant à droiteCité mythique et tour de légende, Babylone et Babel n'ont cessé de nourrir l'imagination des Occidentaux au fil des siècles. Elles n'en finissent pas de fasciner, à voir les foules qui se pressent à l'exposition du Musée du Louvre.

Il n'empêche que Babylone a bel et bien existé, il en reste des traces, découvertes il est vrai tardivement, à la fin du XIXème siècle. Une double dimension - historique et mythique - que l'exposition se proposer de restituer.

Parcours savant, donc - on est bien au Louvre ! - pour présenter quelques quatre-cents pièces dont beaucoup ne sont pas très "parlantes". L'effort de vulgarisation n'est pas tout à fait tangible (textes denses avec phrases à tiroirs, polices de caractères peu lisibles) et l'on se demande ce que les visiteurs - au demeurant affublés d'écouteurs poussés au volume maximum ; ce qui peut-être change tout - en retiendront.

Mais finalement peu importe : voici de petites tablettes d'argile couvertes d'écriture cunéiforme, ; les plus anciennes ont quatre mille deux cents ans, certaines évoquent des rites qui semblent aussi vieux que le monde, comme l'interprétation des rêves ; à leur étrange manière, elles nous parlent de nous. Voici le fameux Code d'Hammurabi, trois mille huit cents ans d'âge (visible dans le plus grand calme toute l'année dans le même musée, tout comme un grand nombre d'objets présentés dans cette partie de l'exposition) : cette stèle en basalte nous dit les lois qui régissaient la société de la grande Babylone et notamment la célèbre loi du talion. Et ces stèles de calcaire ou de schiste, belles et finement gravées, véritables pages illustrées, nous montrent une représentation de la puissance du roi qui fera long feu : assis sur son trône, associé au disque solaire, autrement dit à la justice...
Ainsi se déroule sous nos yeux l'histoire de la cité mésopotamienne, du prince Gudéa de Lagash, modèle du souverain sage et pacifique à Alexandre le Grand qui y mourut en 323 av. J.-C. (en rêvant de rendre toute sa splendeur à la déjà vieille Babylone), en passant par Nabuchodonosor II, bâtisseur de la néo-Babylone, puis la conquête par Cyrus en 539 av. J.-C. et la fin de son indépendance.

Un saut de puce, et l'on passe des tablettes d'argile et de la culture cunéiforme (éteinte probablement en l'an 75 de notre ère) aux bons vieux volumen, la forme de livres que l'on connaît : c'est le moment où l'exposition s'intéresse à "la Babylone des récits". Parmi les premiers à s'être attaqués à la question : les Grecs de l'époque classique. Hérodote, qui ne s'y est probablement jamais rendu introduit des éléments de légende comme celle de Sémiramis. Puis naît la tradition des "merveilles du monde" : Babylone, avec ses murailles et ses jardins suspendus y occupe une belle place.
Evidemment, les écrits bibliques sur la conquête de Jérusalem et la déportation des Hébreux en Babylonie par Nabuchodonosor II ne sont pas pour rien dans la légende noire de la cité. Idem pour l'épisode de la Tour de Babel dans la Genèse, symbole de l'orgueil des hommes.
Plus tard, les peintures illustreront ces malédictions et l'on verra que, de forme carrée à l'origine, la fameuse tour à étages ou ziggourat de Babylone est devenue ronde sous le pinceau de Pierre Brueghel l'Ancien et de bien d'autres. L'on verra également la terrible gravure de Dürer montrant la cité sous les traits d'une prostituée...

Des récits bibliques au XXème siècle, le rapport à Babylone ne sera qu'ambivalence, passant tour à tour (et selon les points de vue plus ou moins dogmatiques) de la haine à l'émerveillement. L'on voit par là que l'histoire de Babylone relatée dans cette exposition est bien plus que celle d'une ville de l'Antiquité, elle est aussi une histoire de notre pensée, de nos croyances et de nos fantasmes.

Babylone
Jusqu'au 2 juin 2008
Musée du Louvre, Hall Napoléon
TLJ de 9h à 18h, sauf le mardi
Jusqu'à 22h les mercredi et vendredi, 20 h le samedi
Et du 22 mai au 1er juin : jusqu'à 22 h TLJ sauf le mardi et le 29 mai
Entrée 9.50 €
Gratuit le premier dimanche du mois.

L'exposition sera ensuite présentée au Pergamon Museum de Berlin du 26 juin au 5 octobre 2008, puis au British Museum du 13 novembre 2008 au 15 mars 2009

A visiter également : le mini-site de l'exposition

Image : Dragon passant à droite, panneau de briques en relief, terre cuite à glaçure de couleur, H. : 1,16 m ; L. : 1,67 m ; ép. : 8 cm. Règne de Nabuchodonosor II, début du VIe siècle av. J.-C (dernier état de la Porte d’Ishtar), Babylone, Porte d’Ishtar. Fouilles Koldewey 1902, Vorderasiatisches Museum Berlin, VA Bab 4431 - © Olaf M. Tessmer / SMB - Vorderasiatisches Museum Berlin

mercredi 16 avril 2008

Les soldats de l'éternité. Pinacothèque de Paris

Les soldats de l'éternité à la Pinacothèque de ParisMettez-vous à la place de ces archéologues qui, un jour de mars 1974 découvrirent dans la région du Shaanxi une nécropole remplie de soldats de terre cuite à échelle humaine !

La fastueuse tombe du premier empereur de Chine, Qin Shihuangdi, jusqu'alors légendaire, était enfin mise à jour, plus de deux mille ans après sa construction au cours du IIIème siècle avant notre ère.

Ces heureux archéologues pouvaient-ils soupçonner ce jour-là l'étendue de leur découverte ? Il s'est avéré par la suite que le mausolée était constitué de plusieurs fosses. L'une, la moins vaste, contenait soixante-hui statues en terre cuite. La deuxième, de plan irrégulier, recelait des chars et des cavaliers.

Enfin, la fosse n° 1, la plus spectaculaire, de 230 mètres de long sur 60 de large, abritait près de 7 000 soldats, soit une armée entière, du simple fantassin à l'officier supérieur.

Les fouilles les plus récentes ont révélé que ces militaires étaient accompagnés de civils, fonctionnaires ou encore artistes. Comme si le Premier Auguste Empereur avait conçu son mausolée tel un microcosme, ou un modèle idéal du monde sur lequel il avait exercé sa domination, et entendait ainsi continuer à régner après sa mort.

Jusqu'au 14 septembre, l'on peut admirer une vingtaine de ces fascinantes statues à la Pinacothèque de Paris, place de la Madeleine.
Le face-à-face avec ces guerriers de l'éternité, dans la douce pénombre où ils sont baignés, saisit d'une telle émotion que l'on ne peut s'empêcher de penser à celle qu'éprouvèrent certainement les chercheurs, il y a plus de trente ans, à des milliers de kilomètres d'ici.

Une belle sélection d'objets (vases, bassins, cloches, armes, ornements...), éclairée d'une solide présentation, met en lumière des éléments matériels et culturels du royaume Qin, y compris avant que celui-ci ne s'impose à cet ensemble de territoires qui deviendra l'immense Chine.

L'exposition permet ainsi de mieux comprendre comment en 221 avant J.C., l'Auguste Empereur Qin, à la tête d'une dynastie qui ne dura plus de quinze années, unifia le pays, ses routes, ses murailles, sa monnaie, son écriture, mit en place les institutions politiques qui perdurèrent jusqu'au XXème siècle et se fit édifier une nécropole dépassant toute mesure, afin d'assurer, par une armée d'argile, son éternité.

Les soldats de l'éternité
Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine – Paris 8ème
Jusqu'au 14 septembre 2008
Tlj de 10 h 30 à 18 h
Le 1er mai et le 14 juillet de 14 h à 18 h
Nocturne jsq 21 h les lundi 12, 19, 26 mai et 2, 9, 16 juin 2008
Entrée 10 € (TR 8 €)

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