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Installations et sculpture

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dimanche 25 septembre 2011

Giacometti et les Etrusques. Pinacothèque de Paris

Kylix, Giacometti et les Etrusques à la Pinacothèque de ParisGiacometti et les Étrusques : le rapprochement ne dérange pas, bien au contraire. Les statuettes en bronze filiformes des uns et de l'autre présentent des plastiques si proches que le premier coup d'œil suffit à accepter la réunion, en un même lieu, de ces œuvres séparées de plus de deux millénaires.

L'influence de la production Étrusque sur celle de Giacometti est affaire de spécialistes, dont certains insistent sur la fréquentation par le sculpteur Suisse des salles d'Antiquité et d'archéologie du Louvre, puis la découverte de l'exposition Étrusque dans ce même musée en 1955, et enfin un voyage en Italie où il découvrit, à Volterra, la fameuse Ombre du soir.

Mais, étrangement, ces développements d'historiens d'art paraissent presque superficiels face aux œuvres elles-mêmes, face à la profondeur historique de la civilisation Étrusque et à la puissance de l'œuvre de Giacometti.

Grande Femme debout, Giacometti et les Etrusques à la Pinacothèque de ParisPassionnante en revanche est la question soulevée par Genet, et rappelée à la Pinacothèque, du rapport de Giacometti à la mort à travers ses œuvres : "Giacometti me dit qu'autrefois il eut l'idée de modeler une statue en terre et de l'enterrer (...) non pour qu'on la découvre, ou alors bien plus tard, quand lui-même et jusqu'au souvenir de son nom aurait disparu", se souvient l'écrivain dramaturge. Ce désir de rendre ses œuvres à l'éternité trouve naturellement grand écho dans cette exposition, où ses bouleversantes peintures et sculptures cohabitent avec les urnes cinéraires et les objets funéraires destinés à accompagner les défunts.
Plus encore que les similitudes formelles, ce sont les interrogations soulevées par les œuvres de Giacometti qui renvoient aux grandes civilisations antiques, à leur rapport à la mort, et réciproquement. Dans son œuvre graphique comme plastique, Giacometti n'a cessé de représenter l'Homme dans son plus total dénuement, les mains vides et dans une absolue solitude. Peut-être n'a-t-il jamais cessé d'interroger la condition de l'Homme, le sens de la vie, et d'y apporter avec ses figures une réponse désespérée.
La confrontation directe avec les oeuvres de la protohistoire puis de l'Histoire classique de la Méditerranée exacerbe cette lecture.

Cette approche est frappante dès la première partie de l'exposition, essentiellement consacrée à la civilisation Étrusque (IXème siècle avant J.-C. au 1er siècle de notre ère). Placée à côté d'une statue en pierre du VIIème siècle av. J.-C. (période dite orientalisante car marquée par l'adoption des motifs orientaux), la peinture épurée Deux têtes (1960) fait forte impression : on y ressent plus que jamais tout le vide qui entoure la figure d'homme, à la fois d'une formidable présence mais placé en bas du tableau sur un fond gris, comme littéralement enterré.

Après de superbes séries d'urnes cinéraires biconiques, de vases canopes anthropomorphiques en terre cuite, de kyathos en bronze, d'askos, d'œnochoés et de cratères en céramique (le tout venu en majorité de Toscane et en particulier du Musée archéologique de Florence) nous faisant remonter les quatre grandes périodes de l'histoire Étrusque, de la période villanovienne jusqu'à la période hellénistique, la seconde partie se concentre sur la "Rencontre de deux mondes", faisant dialoguer à parts égales Antiquité et XXème siècle.

L'Ombre du soir, Giacometti et les Etrusques, Pinacotheque de ParisEsthétiquement, on l'a dit, tout se répond, des sculptures en bronze vert-de-gris longilignes et isolées, à la réunion dans une même vitrine de petits groupes de statuettes, tels ces Trois hommes qui marchent (1948) côtoyant quatre statuettes de la période hellénistique.

Au demeurant, considérées isolément, beaucoup de ces œuvres sont admirables.
Star Étrusque de l'exposition, L'Ombre du soir, étirée comme un fil, tête légèrement penchée vers l'avant et d'une finesse inouïe captive comme un aimant.

De Giacometti, l'on apprécie de trouver des œuvres issues de collections particulières, comme cette Cage de 1960, mais aussi d'en retrouver d'autres issues du riche fonds Maeght de Saint-Paul-de-Vence.

La dernière salle est à cet égard une grande réussite scénographique, présentant six Femmes de Venise parfaitement éclairées, à scruter tranquillement sous tous les angles. Dépassant la plastique générale, l'on s'attarde sur les détails. Peu à peu, seules les têtes paraissent en éveil, vivantes sur des corps passifs. Que font-elles ? Attendent-elles ? Mais quoi ? Quel bonheur que Giacometti ait renoncé a les enterrer et les ait laissées nous interroger sans fin.


Giacometti et les Étrusques
Pinacothèque de Paris
28 place de la Madeleine dans le 8ème, Paris
TLJ de 10h30 à 18h30, les mer. et ven. jsq 21 h
Les dim. 25 déc. et 1er jan., de 14h à 18h30
Entrée 10 € (TR 8 €)
Jusqu'au 8 janvier 2012
En parallèle, et à partir du 27 septembre, Les Collections de la Pinacothèque seront à nouveau visibles (voir la partie sur la collection permanente, billet du 13 février 2011)

Images :
Kylix à figures rouges, Ve siècle av. J.-C., Terre cuite, Museo etrusco Guarnacci-Volterra, © Photo : Arrigo Coppitz
Grande femme 1, ou Grande Femme debout 1, 1960, Bronze, 270 x 56 x 34 cm, Collection Fondation Maeght, Saint-Paul de Vence © Succession Giacometti / ADAGP, Paris 2011 ; Photo : Claude Germain
L’Ombre du Soir, IIIe siècle av. J.-C., Bronze, Museo etrusco Guarnacci-Volterra © Photo : Arrigo Coppitz

dimanche 29 mai 2011

Anish Kapoor - Leviathan, Monumenta 2011

Leviathan, Anish Kapoor

Leviathan est la 4ème proposition du cycle Monumenta présenté sous la nef du Grand-Palais depuis 2009.
L'artiste invité à créer une œuvre spécifique pour ce lieu exceptionnel est toujours un grand nom de l'art contemporain, mais sans être pour autant bien connu du grand public. Tel est le cas du britannique d'origine indienne Anish Kapoor, qui succède jusqu'au 23 juin prochain à Anselm Kiefer, Richard Serra et Christian Boltanski.
Autant de souvenirs d'expériences sensorielles et émotionnelles inoubliables, qui désormais créent une attente et une exigence presque aussi élevées que la verrière de la célèbre nef.
La déception n'est pourtant pas pour cette fois.

Avec Leviathan, le spectacle se découpe en deux actes, tout aussi impressionnants l'un que l'autre.
Premier acte au débouché d'un seuil de porte à tambour où, après avoir été brièvement plongé dans l'obscurité complète, l'on se retrouve soudain entièrement immergé dans l'œuvre elle-même, immense volume sombre et parfaitement clos, rouge monochrome dont les nuances ne résulteront que des jeux de la lumière naturelle inondant la nef. Le souffle coupé, le nez en l'air, les yeux écarquillés, il faut de longues minutes pour digérer le choc visuel, avant de se demander de quoi il s'agit : forme ? Matière ? Et d'où viennent ces ombres et ces éclaircies qui se dessinent par moments sous la voûte ?
Petit à petit, l'on comprend mieux ; on reconnaît le découpage de la structure métallique de la verrière dans le jeu d'ombres chinoises, on réalise que cette œuvre gigantesque qui nous accueille en elle est faite d'un même matériau et que les lignes qui la strient ne sont que des motifs soulignant les formes concaves et convexes de la paroi.

Anish Kapoor, Leviathan

Puis, lorsqu'on en a assez de se trouver enfermé dans cette sorte de ventre alors que dehors est la lumière... il est temps de sortir.

C'est ainsi que se découvre, toujours dans la nef, l'extérieur du Leviathan. Il s'agit d'une sorte de PVC gonflé, de couleur rouge sombre, très brillante, formant en plusieurs sphères reliées entre elles une espèce d'organe géant près de toucher le plafond de verre.
Promenade autour, multiplication des points de vue, admiration.
Au caractère proprement inédit de l'expérience, se mêle l'impression de simplicité que dégage cette oeuvre, très corporelle, très humaine, rassurante dans ses courbes, sa texture et sa teinte et, en même temps, occupant tant de place qu'elle en est effrayante...

Monumenta 2011
Anish Kapoor - Leviathan
Nef du Grand Palais - Avenue Winston Churchill 75008 Paris
TLJ sf mar., de 10h à 19h lun. et le mer. et de 10h à minuit du jeu. au dim.
Fermeture des caisses 45 min avant la fermeture de l'exposition
Métro : lignes 1, 9, 13 / Franklin Roosevelt ou Champs-Elysées-Clemenceau
Bus : lignes 28, 32, 42, 72, 73, 80, 83, 93
Entrée : 5 euros (TR : 2,50 euros)
Le billet d’entrée donne également accès à la programmation culturelle du même jour
A voir jusqu'au 23 juin 2011

Monumenta 2011, Anish Kapoor, Leviathan

dimanche 27 mars 2011

Miró sculpteur au Musée Maillol

Exposition Miro à Maillol

L'exposition, sublime, est en grande partie une découverte.
On connaît le labyrinthe de sculptures et de céramiques, pour certaines monumentales, que Miró a créé pour la Fondation Maeght inaugurée à Saint-Paul en 1964.
Aimé Maeght avec qui il était lié depuis les années 1940 lui avait offert en ce lieu la possibilité de réaliser des œuvres en emprise totale avec la nature.
A Vence, et dans bien d'autres musées d'Europe notamment, se déploie largement l'œuvre peint de Miró, ces grandes toiles constellées de signes, d'étoiles, de taches de couleurs primaires et de traits rappelant la calligraphie, ces tableaux qui sont de larges plages où Miró recrée le monde, où se réunissent, se croisent ou s'entrechoquent tous les éléments de l'univers.

L'exposition à voir au Musée Maillol à Paris jusqu'au 31 juillet permet de compléter cette approche de l'artiste catalan, grâce à la réunion d'une centaine de sculptures issues de la Fondation Maeght. S'y ajoutent 19 céramiques (un aspect fondamental de sa création, entreprise avec Josep Llorens Artigas, à l'époque des premières sculptures) et une immense peinture, non seulement magnifique mais aussi indispensable pour mettre en évidence la cohérence de l'œuvre de Miró.

Dans les différentes disciplines, l'artiste semble toujours se situer à la frontière de l'observateur de la nature et du bâtisseur, de l'abstraction et de la figuration, de la géométrie et du déséquilibre. Face à ses sculptures, l'on se dit qu'il fait partie de ceux qui osent tout, qui ont l'ambition démesurée de créer une sorte de totalité, et trouvent, grâce à leur génie, les moyens plastiques d'y parvenir.

exposition miro sculpteur au musee maillolCe sont des assemblages d'objets hétéroclites, objets manufacturés et reliefs trouvés dans la nature mêlés, couverts de toutes les déclinaisons de patine imaginable, du noir le plus neutre à la couleur la plus éclatante, en passant par toutes sortes de reflets bruns, ocres, ou vert-de-gris. Ils forment des personnages étranges, souvent des femmes, mais aussi des hommes et même parfois les deux à la fois - ce peut-être en tournant autour de la sculpture (quand la mise en espace le permet !) que l'on découvre ces points de vue différents. Ce sont ailleurs des animaux un peu fantastiques, qui peuvent se présenter comme un simple chien ou un oiseau. Les deux mondes, humain et animal aiment à se rencontrer, un oiseau venant alors se poser sur la femme.

Les volumes sont souvent géométriques, alors qu'ici ou là des ex-croissances, des ajouts viennent menacer l'équilibre, mais sans jamais le rompre. La "composition" est toujours solide, même dans ses sculptures les plus étranges ou les plus aériennes.
S'y retrouvent les motifs récurrents de l'univers de Miró, comme les cornes, les croissants de lune, les étoiles, les pieds humains, les disques, les lignes primitives ou préhistoriques. La nature englobe terre et monde stellaire ; et l'homme semble se déployer avec la plus grande évidence dans cette totalité.

Se laissent découvrir, parfois un peu cachés, des incisions, toutes sortes de signes, à la fois évocations d'écritures anciennes et marques ultime d'accomplissement de l'œuvre par l'artiste. Comme pour rappeler qu'une sculpture, comme une peinture, non seulement s'inscrit dans l'Histoire mais aussi raconte une histoire, signée collectivement et individuellement.
Il en va sans doute également de cette démarche lorsque Miró titre ses œuvres Monument dressé en plein océan à la gloire du vent, Oiseau lunaire, L'horloge du vent... Il se fait alors poète au sens littéral, illustrant explicitement le lyrisme et l'onirisme de ses splendides créations.

Miró sculpteur
Musée Maillol
61, rue de Grenelle 75007 PARIS
M° Rue du Bac
TLJ de 10 h 30 à 19 h, le ven. jsq 21 h 30
Jusqu'au 31 juillet 2011
Entrée 11 € (TR 9 €)

Images : Tête de femme et oiseau, Bronze, 1972, 102 x 70 x 44 cm © Successió Miró/Adagp, Paris 2011 Archives Fondation Maeght, Saint Paul Photo Galerie Maeght, Paris Photo Claude Germain
Jeune fille s'évadant, Bronze peint, 1968, 198 x 34,5 x 65 cm avec socle © Successió Miró/Adagp, Paris 2011 Archives Fondation Maeght, Saint Paul Photo Claude Germain

dimanche 13 mars 2011

Sementes, Valor capital au MUDE, Lisbonne

Expositions sementes valor capital au Mude, Lisbonne

12 000 m2 consacrés à la mode et au design : tel est le programme du MUDE, ouvert en 2009 dans les anciens locaux de la Banque nationale d'Outre-mer, en plein cœur du quartier Baixa à Lisbonne.
La réhabilitation des lieux n'étant pas terminée, pas question pour autant d'attendre la fin des travaux pour commencer à montrer ! Deux expositions sont déjà magnifiquement installées, dans des lieux presque encore d'origine.
Au rez-de-chaussée, l'exposition permanente issue de la collection de l'homme d'affaires Francisco Capelo nous entraîne à travers des décennies de mode et de design, des années 1940 à nos jours. Nous y reviendrons.

Au sous-sol, la surprise est de taille : nous voici carrément dans la salle des coffres !
Tout y est : les multiples portes blindées équipées d'énormes verrous à combinaison, une odeur métallique saisissante, de petits bureaux coiffés de lampes de banquier, et bien sûr des coffres à perte de vue.
Inutile de chercher le grisbi toutefois : les coffres sont certes garnis, mais... de toutes sortes de semences !

Cette salle des coffres a été construite en 1964, à l'occasion du centenaire de la Banque nationale d'Outre-mer. Avec ses vestiaires, ses pièces individuelles pour recevoir les clients, son système de ventilation autonome, son plafond en acier sans tain, elle constituait un modèle de sophistication, d'élégance et de sûreté.
Le MUDE veut préserver ce design singulier dans son intégralité - association d'acier, de vert et de lignes années 1960 - et l'ouvre pour la première fois au public, mais pour protéger "un capital dont dépend la survie de l'espèce".

C'est ainsi que sous la lumière blafarde de massifs plafonniers blancs, quelques uns des 3 552 coffres présentent dans leur face vitrée des graines de toutes sortes, fèves, pois chiches, haricots, millas, sésame, maïs, ail blanc et rose, poivre, graines de tomates, fèves de cacao, tournesol, luzerne...
La symbolique est forte ; ce décalage entre l'écrin blindé destiné à protéger les valeurs économiques les plus élevées et quelques poignées de semences légères comme l'air dont la valeur semble nous avoir échappé au fil du siècle dernier, est des plus troublants.

La présentation de l'exposition revendique ce "choc" ; son objet étant de susciter une prise de conscience :

"Considérées comme un dot de mariage dans les temps anciens, les graines étaient utilisées comme monnaie dans le nombreuses transactions. Le processus de domestication des plantes et des animaux représente l'une des innovations majeures de l'histoire de l'Homme, avec de profondes répercussions socio-culturelles.
Aujourd'hui, avec la recherche scientifique pour améliorer les végétaux, le changement climatique et les manipulations génétiques, nous entendons parler de plus en plus de banque de graines, de diversification des systèmes de production, d'appauvrissement génétique, de maintien de la bio-diversité, de l'impact négatif de la nourriture transgénique, de l'agro-écolologie et de l'agriculture urbaine. (...) Dans ce contexte, le MUDE présente 500 variétés de semences plantées au Portugal, offrant une opportunité unique de révéler davantage ce capital culturel et le "design" que la nature nous a légué. L'idée de l'exposition est d'aider le public à prendre conscience, de le sensibiliser à la bio-diversité, à la préservation de ce capital qui est également synonyme d'origine et de naissance par sa capacité à germer et à créer la vie".

Museu do Design e da Moda
MUDE
R. Augusta, 24 - 1100-053 Lisboa PORTUGAL
Tel. + 351 21 888 61 17 / 23
Exposition Sementes, Valor capital à voir jusqu'au 20 mars 2011
Entrée libre

Exposition Sementes Valor capital au Mude à Lisbonne

fotografias: Luisa Ferreira | MUDE 2010

mercredi 23 juin 2010

Les décrottoirs

decrottoir, rue des Coulmiers

Ils sont bien modestes, tellement bas qu’on ne les remarque plus. Souvent il ne reste qu’un morceau de « ferraille » qui dépasse du mur, qu’on a oublié d’enlever dirait-on, qui a dû servir à quelque chose autrefois…
D’autres, pas bien nombreux, sont repeints, ils gardent encore leur forme d’origine et peuvent éveiller la curiosité du passant. Cette curiosité, alors, peut faire s’élever ces témoins discrets de la ville ancienne au noble rang de « petit patrimoine urbain ».

Les décrottoirs du quartier des Chalets à Toulouse, et ce n’est pas un bien vaste quartier, sont encore plus de 150. Certes, parfois il faut deviner, sous le métal rouillé et tordu, que cet objet bien utile a eu son heure de gloire, tout brillant du raclage des dessous de chaussures. Les rues devaient être bien boueuses il y a 80 ou 100 ans, pour que s’impose le besoin de se décrotter avant de pénétrer dans le couloir de sa maison toulousaine.
decrottoir, rue du PrintempsLe décrottoir, ici, est fiché dans le mur, à droite ou à gauche de l’entrée, parfois un de chaque côté, à quelques 15 ou 20 centimètres du sol. On grattait ses chaussures face au mur, alors que dans d’autres villes ce pouvait être fait en parallèle, parfois sur l’instrument planté dans le sol. Dans un premier temps, les décrottoirs paraissent assez divers dans leur forme. En fait, l’observation attentive permet de s’apercevoir que beaucoup ont perdu une partie de leur état d’origine au point de les rendre méconnaissables. Ils ont beaucoup souffert du vandalisme automobile, lorsqu’à l’époque de la reine Voiture ils ont été écrasés sous les roues et les pare-chocs des véhicules envahissant les trottoirs. La remontée du niveau du sol a pu les noyer à demi dans le bitume ou le pavage. La restauration des façades, quand elle n’a pas provoqué l’enlèvement de l’objet gênant, l’a parfois arrosé de crépi.

decrottoir, rue PauihacSi on en détermine l’architecture principale, on peut recomposer le type initial. Trois sont particulièrement fréquents. A défaut de connaître leur dénomination à l’époque de leur scellement, on inventera ici une typologie :
- les décrottoirs « cornes de bélier » : ils sont fixés en trois points, et c’est la « corne », située en dessous qui a pu être arrachée.
- Les décrottoirs « pomme de pin » : plus d’une vingtaine sont encore entièrement visibles.
- Les décrottoirs « farandole » : ils présentent une décoration semblable à une ronde de danseurs, les bras levés. Deux sous types coexistent, l’un rectangulaire, l’autre rond.
Les autres formes sont isolées, moins d’une dizaine sont représentées dans ce quartier.
Ils sont tout en bas, ne cherchent pas à relever la tête, mais leur fierté se dévoile quand ils se sentent reconnus.

dimanche 21 mars 2010

A Venise, splendeur de la Punta della Dogana

Mapping the Studio, première salle à la Punta della Dogana

Après l'abandon de son projet de musée pour l'ïle Seguin à Boulogne-Billancourt, François Pinault s'est tourné résolument vers Venise, où il a commencé par acquérir et rénover le Palazzo Grassi pour y exposer certaines des quelque 2 000 œuvres que compte sa collection d'art contemporain. Une vocation non exclusive d'ailleurs puisqu'on a pu y voir, il y a deux ans, une très riche et belle exposition sur Rome et les Barbares.

Mais ce passionné d'art contemporain ne s'en est pas tenu là. Grâce à un partenariat de 33 ans conclu avec la Ville en 2007, il a récupéré, moyennant travaux, la disposition de la Punta della Dogana, anciens entrepôts de mer à l'abandon depuis des décennies.
Imposant pour sa rénovation une nouvelle fois le Japonais Tadao Ando, lauréat du prestigieux Pritzker Prize en 1995, architecte de la rénovation du Palazzo Grassi, François Pinault a ouvert en juin dernier après près d'un an et demi de travaux un magnifique espace d'exposition. Découvrant Mapping The Studio dans sa partie présentée à la Punta della Dogana (l'autre est visible au Palazzo Grassi), le visiteur a la conviction que la collection Pinault a trouvé ici son parfait écrin.

Le lieu est magique, pris par tous les vents et toutes les lumières, à l'extrême pointe de la Dorsodura juste après la basilique Santa Maria della Salute, entre le Canal de la Giudecca et le Grand Canal, en face de Saint-Marc.
A l'intérieur, percé à l'étage de grandes fenêtres en demi-cercles et au niveau des rives de hautes portes aux grilles dessinées selon un modèle de Carlo Scarpa, l'intimité avec les œuvres n'est interrompue que par celle avec le ciel, l'eau, la lumière changeante de la Sérénissime selon l'heure et le côté où l'on se trouve.

Le bâtiment du XVIIème siècle totalise des espaces de près de 5 000 m², tout de briques roses, de béton lisse et de blanc immaculé. Après la première salle monumentale, qui semble ne faire qu'une avec les œuvres exposées, tant les accrochages et les choix sont judicieux et, malgré leur diversité, d'une cohérence remarquable, l'on circule d'une pièce à l'autre dans une déambulation où les surprises et les chocs se succèdent, l'esprit constamment en alerte et le plus souvent en émoi.

Rudolf Stingel à la Punta della DoganaPour l'essentiel, le parcours nous plonge dans du "lourd", que seule la grâce vénitienne semble pouvoir supporter : à L'Enfer des frères Chapman répondent les neufs gisants de marbre de Maurizio Cattelan, le couple mort peint par Marlène Dumas, ou, un peu plus loin, les squelettes en vitrine de Matthew Day Jackson. Aussi sombres soient-elles, ces œuvres n'en sont pas moins magnifiques de force suggestive et esthétique. Une émotion qui s'épanouit de tout son soûl dans le "cœur" du bâtiment, la vaste salle carrée à l'endroit de l'ancienne cour centrale, consacrée par les commissaires Alison M. Gingeras et Francesco Bonami à l'artiste italien Rudolf Stingel : trois immenses toiles au motif de grillage et un autoportrait - une photo militaire de 1976. L'espace prend tout à coup l'air à la fois de bunker, dans une évocation très forte de l'enfermement physique et mental, et de lieu de recueillement, avec ses fenêtres de toit laissant passer la lumière naturelle.

Mapping the Studio, Puntal della Dogana, VeniseL'exposition offre également des moments de détente, avec les superbes cubes scintillants de Rachel Whiteread - bien à leur place dans cette cité du verre, les photos rutilantes à l'humour mordant de Cindy Sherman, celles en noir et blanc de Hiroshi Sugimoto dédiées aux plus grands couturiers, le couple tendrement enlacé de Jeff Koons ou encore la série de 676 images publicitaires recueillies par le duo d'artistes suisses Fischli et Weiss. Mais aucune œuvre qui n'incite à la réflexion dans ce parcours très réussi.

Mapping the Studio
Venise, Punta della Dogana et Palazzo Grassi
Tous les renseignements y compris en français sur : www.palazzograssi.it

samedi 6 février 2010

C'est la vie ! Vanités de Caravage à Damien Hirst

expo vanites, pompeiSi c'est au XVII° siècle que les crânes apparaissent à profusion sur les tableaux de nature morte, en un genre appelé Vanités, de telles représentations de la mort sont présentes dans les maisons dès l'Antiquité.

Ainsi, à Pompéi, deux mosaïques ont été retrouvées sur ce thème. L'une montre un crâne et un papillon reposant sur une roue : le corps et l'âme livrés à la roue du destin. L'avertissement de cette allégorie macabre, certainement l'une de toutes premières de l'histoire de l'art, n'est autre que « Omnia mors adequat » (« La mort aplanit tout »).

Vingt siècles plus tard, Philippe Pasqua réinterprète le motif avec un crâne recouvert de feuilles d'argent et parsemé de grands papillons orangés, magnifique à dire vrai. Le sujet du « Memento mori » (« Souviens-toi que tu mourras ») est donc loin d'être épuisé, les artistes le réinterprétant inlassablement, en peinture, en sculpture ou en photo, comme l'exposition qui vient d'ouvrir au Musée Maillol le met en évidence.

Chronologiquement, le parcours est inversé : on plonge directement dans les œuvres contemporaines, avant de visiter les Anciens puis les Modernes. Un détail de peu d'importance, la thématique étant suffisamment explicite. Au demeurant, malgré les quelques 160 œuvres, l'exposition ne prétend pas à une représentation exhaustive des différentes périodes de l'histoire de l'art, d'autant que le sujet n'a pas été toujours aussi prisé qu'aujourd'hui.

En Europe du Nord, le contexte du XVIIème siècle, avec ses guerres de Religion favorise le développement des Vanités, où le peintre mêle crânes humains, bougies et sabliers symbolisant la fuite du temps, livres, fleurs et fruits, pour rappeler la futilité des connaissances, la corruption de la beauté et de la matière. En Europe du Sud, les peintres associent au contraire la Vanité à des scènes religieuses. Dans une petite salle, se répondent trois beaux Saint-François : celui de Caravage, en méditation, celui de Zurbaran, agenouillé, très émouvant et enfin, l’Extase de Saint François, de Georges de La Tour. Les jeux de lumière avec la clarté du crâne ressortant de l'ombre accentuent la gravité du message.

Pour l'essentiel, ces tableaux sont peu connus car issus de collections privées. Certains sont plus anecdotiques mais somme toute très frappants car ils montrent non pas des squelettes mais des cadavres en décomposition. Sur une œuvre anonyme d'un peintre espagnol, le macchabée, toutes tripes dehors est en proie à la voracité des petites bêtes, les attributs du pouvoir, sceptres, couronne, posés à ses côtés et renvoyés à leur vanité. Sur la Testa de Jacopo Ligozzi, une tête en voie de décomposition, bouche béante, est attaquée par les vers, alors que Seneta (vieillissement) est inscrit sur le cartouche inséré dans le livre... ça fait envie !

Galerie variée également du côté des oeuvres contemporaines, avec des tableaux de Miquel Barcelo, Richter, Ernst, de grande beauté ; mais aussi des crânes de Niki de Saint-Phalle, Annette Messager, et naturellement Damien Hirst.
Entre les deux périodes, un grand trou ou presque, les Vanités étaient passées de mode au Siècle des Lumières. Au siècle suivant, Géricault a traité le thème avec ses Trois crânes puis au début du XXème, Cézanne, Picasso, Braque ont eux aussi fait leurs Vanités mais leurs tableaux semblent relever d'un pur exercice de style.

Bague Codognato, Venise Mieux vaut s'attarder devant les vitrines présentant des pièces unique du joailler vénitien Codognato, famille installée près de la Basilique San Marco (elle en devint même l'orfèvre attitré), qui depuis 1866 s'inspire d'oeuvres de toutes époques pour créer des bagues et des colliers en forme de Memento Mori. Aux motifs de crânes se mêlent harmonieusement des animaux symboliques comme la salamandre, le rat ou le serpent ; au diamant et aux pierres précieuses se mêle le corail aux vertus protectrices... Des petites merveilles à ne pas louper.

"C'est la vie ! Vanités de Caravage à Damien Hirst"
Musée Maillol
61, rue de Grenelle, Paris 7e
Tous les jours de 10 h 30 à 19 heures, vendredi jusqu'à 21 h 30
Jusqu'au 28 juin 2010
De 9 € à 11 €

Images : Memento Mori, Mosaïque polychrome de Pompéi, 1er siècle, Base calcaire et marbres colorés, 41 x 47 cm, Musée national d’archéologie de Naples © Archives surintendance spéciale Beni et archologici Naples et Pompéi
Bague « Alchimie » Or, émail blanc sur or, diamants, émail, Epoque contemporaine, modèle des années 1940 Collection particulière, courtesy Codognato © Andrea Melzi

dimanche 17 janvier 2010

Monumenta 2010 - Christian Boltanski, Personnes

Monumenta 2010, Boltanski, personnes
Monumenta, le cycle d'installations temporaires dans la Nef du Grand Palais à Paris, patronné par le Ministère de la Culture et la Réunion des Musées nationaux fait dans le rare, et dans l'extra-ordinaire. Trois expositions seulement en quatre ans, et d'une durée de quelques semaines seulement, à chaque fois époustouflantes.

On avait adoré Chute d'étoiles d'Anselm Kiefer en 2007, on est encore pris de vertige en pensant aux grandes stèles de la Promenade de Richard Serra en 2008.
Avec Personnes de Christian Boltanski, visible depuis mercredi et jusqu'au 21 février, on vit à nouveau une expérience unique, peut-être la plus bouleversante jamais ressentie face à une installation d'art contemporain.

Selon le principe de déambulation adopté par les artistes lorsque les volumes monumentaux de la verrière du Grand-Palais leurs sont livrés, Boltanski laisse ses visiteurs circuler librement au milieu de son œuvre. Le dispositif est aussi simple qu'efficace. Passé le "mur" de boîtes rouillées numérotées à l'entrée (qui annonce bien "l'ambiance" de ce qui suit), l'installation se dévoile d'un coup, comme par surprise.
Et c'est alors une vision de choc.

Sur le sol s'étalent sans fin des vêtements répartis dans soixante-neuf carrés, chacun surplombé d'un néon et délimités par des "piquets" rouillés, sans doute des morceaux de chemins de fer. Chacun peut y voir ce qu'il veut, mais il a peu de chance de penser à quelque chose de gai. Ce samedi matin, dans la lumière blafarde et le froid de la grande nef, on pouvait tout simplement voir ce qu'on croit être un champ de bataille lorsque les feux se sont tus, une terre jonchée de cadavres à perte de vue. Puis en regardant les petits mats de fers et les petits carrés qui se succèdent, c'est à un cimetière que l'on pense.

La vue n'est pas la seule en jeu, puisqu'une musique très particulière nous accompagne depuis qu'on a passé le "mur" : des battements de coeur, très forts. Au delà d'une expérience sonore, la vibration physique se ressent dans le corps, rejoignant notre propre pulsation.

Dans ce chant des morts, à côté de ce champs de morts, à la fois sorte de monument aux morts anonymes - ou anti-monument, comme on voudra - une gigantesque pince, au dessus d'une pyramide de vêtements, attrape une poignée de ces vestiges, avant de les relâcher de sa hauteur : ils retombent dans un souffle, avant que d'autres, au hasard, ne soient à nouveau saisis. "Et c'est la mort, la mort toujours recommencée", les paroles de l'une des plus belles chansons de Brassens viennent en tête, d'on ne sait où...Mourir pour des idées peut-être.

Monumenta 2010 - Christian Boltanski
« Personnes »
Du 13 janvier au 21 février 2010
Nef du Grand Palais, avenue Winston Churchill, 75008 Paris
Tous les jours sauf le mardi
De 10h à 19h le lun. et le mer., de 10h à 22h du jeu. au dim.
Entrée : 4 €

Photo Didier Plowy - tous droits réservés Monumenta/ministère de la Culture et de la Communication

mercredi 14 octobre 2009

How does it feel ? Ugo Rondinone au CENTQUATRE

Le Centquatre à l'automne 2009Vu de loin, il est un peu difficile à appréhender, ce fameux CENTQUATRE. Centre d'artistes davantage que centre d'exposition, lieu de création multidisciplinaire dont les ateliers peuvent être visités à certains moments, et en même temps ouvert au public jusqu'à 21 h, voire jusqu'à 23 h... Finalement, quand se déplacer dans ce coin du XIXème arrondissement, et pour y voir quoi ? Un an après son ouverture, l'installation de l'artiste suisse aux multiples talents, Ugo Rondinone, dont le titre How does it feel plaît déjà beaucoup, provoque enfin l'occasion d'une visite.

Est-ce le calme de la mi-journée d'un beau samedi d'automne qui rend la surprise si agréable ? Le lieu séduit immédiatement, et son côté un peu inclassable n'y est certainement pas pour rien. L'architecture aux dimensions impressionnantes de la fin du XIXème siècle, qui abritait autrefois le service municipal des pompes funèbres a été conservée, avec ses lignes simples et aérées. Le bâtiment est largement ouvert sur le ciel, soit directement soit grâce à ses verrières, mais il est aussi un univers en soi. A peine fini ou en devenir, brute et élégante, l'enfilade d'espaces, ici jardin, là librairie, plus loin snack, donne envie de s'arrêter partout. Mais l'attrait de l'installation d'Ugo Rondinone l'emporte. Elle est presque au fond, on ne peut pas la louper, une petite maison carrée dont les murs blancs quadrillés de noir figurent des briques.

Tandis qu'une télévision déroule un documentaire sur le montage du projet expliqué par l'artiste, les visiteurs isolés font le tour de l'oeuvre et recommencent, car l'entrée est invisible ! Quant enfin on aperçoit la porte dissimulée dans la façade, on passe de l'espace monumental et semi-ouvert du CENTQUATRE à un lieu petit, carré et parfaitement clos. L'intérieur est aussi minimaliste que l'extérieur. Sol en béton, textile gris aux murs, néons au plafond. Une bande-son diffuse une conversation en anglais entre un homme et une femme. Puis le même dialogue est repris, rôles inversés. Banale et courte, la conversation nous rapproche de Beckett et nous renvoie à nous-même. Un seul regret : que l'on ne puisse s'asseoir, car la douceur et le caractère obsédant des bruissements de voix donne envie de s'installer un moment.

La halte se fera donc dans le passage du CENTQUATRE, les bancs des tables de bois au soleil y invitent. De là, un autre spectacle, lui vivant et improvisé, commence : des jeunes du quartier profitent de l'endroit pour s'entraîner à danser, dans leur coin et ensemble, en silence, ou la musique à l'oreillette. Passionnant à voir (il y a quelques surdoués), réjouissant aussi, car ils ont vraiment l'air de se faire plaisir.
Il faudra quand même finir par partir, après un antépénultième arrêt au jardin, urbain, branché, un programme en soi, suivi d'un dernier à la librairie (tout à fait conseillée). Le restaurant, lui, n'est pas encore prêt, mais on peut se restaurer soit au café-terrasse à l'autre bout, soit carrément sur les tables-bancs-parasols de tout à l'heure, en achetant une pizza à la guitoune.
C'est frais, et ça fait du bien.

How does it feel
Ugo Rondinone
Une manifestation du Festival d'Automne
CENTQUATRE
104 rue d'Aubervilliers / 5 rue Curial - Paris XIX°
Du mar. au dim. de 11 h à 21 h et jusqu'à 23 h les ven. et sam.
Jusqu'au 10 janvier 2010
Entrée libre

A découvrir également du même artiste :
Sunrise east dans le jardin des Tuileries
Jusqu'au 15 novembre 2009, de 7 h 30 à 19 h 30, entrée libre

mercredi 5 août 2009

DreamTime. Temps du rêve. Grotte du Mas d’Azil

Exposition au Mas d'AzilAprès l’univers des grottes évoquées (voire reconstituées) par l’art au Musée des Abattoirs de Toulouse, nous voici dans cette cavité aux volumes imposants qui accueille les œuvres des mêmes artistes : la grotte du Mas d’Azil en Ariège.

Voûte bien vaste ouverte par la rivière ancienne, où passent même les automobiles, sans se douter qu’elles longent les « favelas d’Azil » de Pascale Marthine Tayou, faites de centaines de petites maisons de carton, accrochées à la pente.
Bien au-dessus de la rivière, comme tracé à la craie, un dessin qui rappelle à la fois les thèmes des aborigènes d’Australie et le relevé topographique d’un réseau souterrain est projeté sur le plafond de la voûte.
Dans la fraîcheur et l’opacité du monde sous terre, Delphine Gigoux Martin a pensé à l’éclairage : deux lustres de tessons de bouteilles ont attiré les papillons pendant que l’ombre de chauves souris tourne sans cesse. La salle du chaos est immense, et permet l’installation de plusieurs œuvres. Les plus frappantes sont celles de David Altmejd. Sept êtres fantastiques, plus ou moins ailés, ressortent terriblement blancs, juchés sur des hauteurs différentes, en attente du visiteur qui vient chercher l’aire de départ pour le rêve. Paul-Armand Gette ne déroge pas à sa réputation, sa photo de figue ouverte fait bien écho à un thème exploré par les spécialistes de l’art pariétal : la représentation symbolique des sexes. Jean-Luc Parant a profité d’une pente naturelle pour installer au sommet un « Parantosaure », pondant des milliers d’œufs qui dévalent la pente. Les bronzes de Miquel Barceló sont posés sur le sol du petit musée et renvoient aux objets archéologiques de la vitrine.

Exposition Dream Time au Mas d'AzilCharley Case et Thomas Israel ont assimilé un des caractères de la peinture paléolithique : son apparence mouvante, lorsque la figure, qui a profité des reliefs de la paroi, semble bouger à la lumière vacillante des torches. Ici, point de torches, mais une vidéo intègre astucieusement dans le creux de la roche l’image d’une femme qui donne la vie. Sur une surface plus plane, passe une femme nageant. Une belle réussite. On retrouve dans un coin de la « salle des chamans » le travail de Serge Pey avec ses bâtons de mots et ses dessins à la craie. Les trois squelettes d’ours des cavernes de Mark Dion surgissent grâce à leur peinture fluo et Virginie Yassef nous fait vivre l’orage tellurique juste avant de revenir à la lumière du jour.

L’amateur d’art contemporain se déplace ici dans un milieu inhabituel : la température, qui reste basse, l’impression d’humidité, les odeurs de roche, l’irrégularité du sol. Les œuvres, du coup, se respirent autrement. Parfois, cet amateur devra s’échapper quelque peu de l’emprise des sympathiques guides de la grotte, dont le rôle premier est de conter la préhistoire…

DreamTime. Temps du rêve
Grotte du Mas d’Azil
09290 Le Mas d'Azil - Tél : 05 61 69 97 71
Jusqu'au 11 novembre 2009
Visites guidées de la Grotte et de l’exposition DreamTime :
En juillet et août,TLJ de 10h à 18h
En septembre, du mar. au dim. de 10h à 12h et de 14h à 18h
Visites libres de la Grotte et de l’exposition DreamTime :
En juillet et août, TLJ de 10h à 13h et de 17h à 18h30
En septembre du mar. au dim. 10h à 12h et de 16h30 à 18h
Visites guidées spécifiques « Art contemporain – DreamTime » :
En juillet et août TLJ à 17h
Tarifs : Adultes : 6,10 € (TR 4,60 €), enfants de 6 à 15 ans : 3,10 €

Cette exposition est présentée parallèlement à celle du Musée des Abattoirs de Toulouse (lire le billet du 1er juillet 2009), où sont présentés les travaux préparatoires ainsi que des œuvres existantes des mêmes artistes ou des productions conçues en écho à la grotte du Mas-d’Azil. Une contremarque « DreamTime » donnant droit au tarif réduit pour l’entrée de la Grotte est remise aux visiteurs du Musée des Abattoirs et inversement.

mercredi 1 juillet 2009

Dream-Time. Temps du rêve aux Abattoirs à Toulouse

Exposition à Toulouse, les Abattoirs, DreamtimeOn peut commencer la visite par entrer dans la grotte de Xavier Veilhan.
Si la structure extérieure paraît étrange, hérissée de liteaux de bois, l’intérieur est tout à fait une grotte : on s’arrête dans la très faible clarté avant de traverser en silence et lentement.

L’idée du musée des Abattoirs est très alléchante : une exposition en diptyque qui se présente en même temps (avec des œuvres différentes mais les mêmes artistes) dans la grotte du Mas d’Azil en Ariège et au musée d’art contemporain toulousain.

Avant de parcourir les quelques 80 kilomètres qui séparent les deux sites, poursuivons la visite devant les peintures et totems aborigènes. Car c’est sous la thématique du temps du rêve des Aborigènes d’Australie que nous découvrons comment les artistes d’aujourd’hui évoquent l’univers de la grotte.
Les peintures aborigènes, schématiques, aux cercles concentriques ou cheminements sinueux, aux couleurs souvent de terre, sont habiles à rappeler le monde onirique. Les préhistoriques d’Ariège rêvaient-ils les animaux qu’ils dessinaient sur les parois ? Sans doute, et Pascale Marthine Tayou reprend un thème fréquent de l’art pariétal paléolithique : ses animaux dessinés sur les murs sont parsemés de sexes masculins érigés, et son évocation de dessins de Picasso nous fait penser que lui-même s’est inspiré des images de la préhistoire. L’artiste a dressé des totems aux têtes de poupées en tissu fichées sur des pattes en pâte de verre, le tout hissé sur des troncs d’arbre verticaux.
David Altmejd a pris le contre-pied de l’obscurité naturelle des profondeurs. Tout est construit en miroirs : grands panneaux pour les parois, personnages de plusieurs mètres de haut constitués de fragments de miroirs, ou constructions géométriques complexes toujours terriblement réfléchissantes. Cet univers hyperlumineux peut renvoyer à ces grottes où la calcite miroitante se révèle à la lumière des lampes.

Une des plus intéressantes installations est celle de Charley Case : une modeste caravane toute noire est encadrée de murs sombres aux reproductions de dessins de la préhistoire. Des petites fenêtres présentent des vidéos pendant que le bruit caractéristique de gouttes d’eau qui tombent avec de l’écho nous entête. Au-dessus, la voie lactée. La caravane apparaît comme le lieu d’arrivée, au fond de la grotte, et devient le point de départ pour un autre univers. Une sorte de fenêtre fente nous permet de voir, sur le plancher de la caravane, la vidéo d’une femme sur qui l’eau passe.

D’autres artistes, et non des moindres ont laissé des traces ici : Miquel Barcelo par l’humour, Paul-Armand Gette par l’érotisme, Jean-Luc Parant par les boules, bien sûr. Mais on retiendra particulièrement le travail de Serge Pey, poète performeur, qui a dressé plusieurs groupes de ses bâtons où sont écrits ses textes quasi microscopiques. Sur les murs, des reproductions des bisons d’Altamira ou du sorcier des Trois Frères, mais surtout l’histoire écrite à la main de la « Venus Hottentote », devenue Saartje Baartman et exhibée devant les foules européennes au début du 19ème siècle, disséquée ensuite par Cuvier… Nous avons commencé par le temps du rêve aborigène et finissons par le rêve cauchemar occidental.

DreamTime - Temps du Rêve
Grottes, Art Contemporain & Transhistoire
Jusqu'au 30 août 2009
les Abattoirs, 76 allées Charles-de-Fitte - 31300 Toulouse
Tel. 05 62 48 58 00
M° Saint-Cyprien République, bus : n°1, arrêt les Abattoirs
Vélo Toulouse : 2 stations à quelques dizaines de mètres du musée
Parking Roguet, place Roguet, 2 places handicapés réservées rue Charles Malpel
Mercredi, jeudi et vendredi de 10 h à 18 h, samedi et dimanche de 11 h à 19 h
Du 8 juillet au 6 septembre 2009 du mercredi au dimanche de 11 h à 19 h
Gratuit le 1er dimanche de chaque mois
Entrée 7€ / 3,5€, demi-tarif sur présentation du ticket de l'exposition du Mas d'Azil
Gratuit le 1er dimanche de chaque mois.

Grotte du Mas-d'Azil (09)
Du 16 mai au 14 novembre 2009
Ouvert tljs 10h-12h / 14h-18h - Eté : 10h-18h

le site des Abattoirs

mardi 19 mai 2009

Cai Guo-Qiang : Je veux croire au Guggenheim à Bilbao

Le musée Guggenheim à BilbaoL’étonnement tient d’abord à l’architecture de Frank O. Gehry : certaines photos peuvent faire croire à un monstre de métal.

Les écailles miroitantes qui recouvrent la structure annulent l’effet métal, et la forme qui ne renvoie pourtant à aucune forme pré définie efface l’effet monstre.

Avant d’entrer, déambulez le long du Nervión qui coule aux pieds du musée, remontez vers le parvis où est assis le grand chien végétal, de façon à capter les métamorphoses des volumes proposés par Gehry.

A l’intérieur, Richard Serra nous plonge dans la Matière du Temps. Sept énormes sculptures faites de plaques d’acier invitent à déambuler autour, dedans, à se perdre dans des univers où les parois se mettent à pencher dangereusement, à déformer les sons, à figurer des villes fantomatiques grâce à l’activité des oxydes sur les surfaces. Dans une salle à côté, on découvre les maquettes de Serra : les formes sont étonnamment simples, et banales, et c’est bien la monumentalité des plaques d’acier qui nous renvoie à notre dimension petitement humaine.

Cai Guo-Qiang à BilbaoLes expositions temporaires nous proposent des œuvres de Cai Guo-Qiang, artiste chinois connu pour ses feux d’artifice déployés au cours de la cérémonie d’inauguration des derniers Jeux olympiques, et de Takashi Murakami, peintre Japonais représentant de la génération néo-pop. Seules certaines œuvres du premier nous ont arrêté.

Cai Guo-Quiang est un artiste du feu. Des vidéos, hélas souvent projetées sur des écrans trop exposés à la lumière qui rendent les images bien ternes, montrent sa passion pour les flammes qui courent, (sur la Muraille de Chine), les feux qui embrasent (le drapeau rouge à Varsovie), la fumée qui se déploie (un sombre arc en ciel). Il fait aussi dessiner le feu, en enflammant la poudre à canon disposée sur de grands panneaux de papier marouflé.
Ses installations peuvent être particulièrement spectaculaires. Sa thématique privilégiée ressurgit à travers ces 8 voitures blanches, comme jetées dans les airs, desquelles partent des bouquets de feu d’artifice en tubes fluorescents.

De plein fouet, Cai Guo-QiangCe sont celles qui témoignent d’un autre registre, celui de la longue durée, qui provoquent davantage de méditation. « De plein fouet » : 99 loups se précipitent en un grand bond contre une paroi vitrée, en ressortent plus ou moins assommés, et repartent, à terre, d’où ils viennent. Si les 99 loups sont figés dans leur mouvement, l’ensemble est perçu comme dynamique, et on entend presque le choc contre le verre.

« Réflexion ? Un cadeau d’Iwaki », est l’œuvre la plus sensible : une vieille et grande barque a été déterrée d’un marécage japonais par la population locale. Il en reste une charpente élaborée, puissante et en même temps défaite. Les clous qui tenaient les chevrons dépassent, les rafistolages en fer montrent combien cette barque a vécu. Elle est à moitié recouverte par des débris de porcelaine blanche, comme si son chargement ancien s’était répandu à l’échouage. Une vie rude de marins s’évade de l’installation et nous atteint.

Musée Guggenheim
Avenida Abandoibarra, 2 48001 Bilbao - Espagne
L'exposition Cai Guo-Qiang : Je veux croire est visible jusqu'au 6 sept. 2009
et l'exposition © Murakami jusqu'au 31 mai 2009
Ouvert du mardi au dimanche, de 10 h à 20 h

Sur le travail de Richard Serra, voir aussi ''Promenade'' - Monumenta 2008

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