Giacometti
et les Étrusques : le rapprochement ne dérange pas, bien au contraire. Les
statuettes en bronze filiformes des uns et de l'autre présentent des plastiques
si proches que le premier coup d'œil suffit à accepter la réunion, en
un même lieu, de ces œuvres séparées de plus de deux millénaires.
L'influence de la production Étrusque sur celle de Giacometti est affaire de spécialistes, dont certains insistent sur la fréquentation par le sculpteur Suisse des salles d'Antiquité et d'archéologie du Louvre, puis la découverte de l'exposition Étrusque dans ce même musée en 1955, et enfin un voyage en Italie où il découvrit, à Volterra, la fameuse Ombre du soir.
Mais, étrangement, ces développements d'historiens d'art paraissent presque superficiels face aux œuvres elles-mêmes, face à la profondeur historique de la civilisation Étrusque et à la puissance de l'œuvre de Giacometti.
Passionnante
en revanche est la question soulevée par Genet, et rappelée à la Pinacothèque,
du rapport de Giacometti à la mort à travers ses œuvres :
"Giacometti me dit qu'autrefois il eut l'idée de modeler une statue en
terre et de l'enterrer (...) non pour qu'on la découvre, ou alors bien plus
tard, quand lui-même et jusqu'au souvenir de son nom aurait disparu", se
souvient l'écrivain dramaturge. Ce désir de rendre ses œuvres à l'éternité
trouve naturellement grand écho dans cette exposition, où ses bouleversantes
peintures et sculptures cohabitent avec les urnes cinéraires et les objets
funéraires destinés à accompagner les défunts.
Plus encore que les similitudes formelles, ce sont les interrogations
soulevées par les œuvres de Giacometti qui renvoient aux grandes civilisations
antiques, à leur rapport à la mort, et réciproquement. Dans son œuvre
graphique comme plastique, Giacometti n'a cessé de représenter l'Homme dans son
plus total dénuement, les mains vides et dans une absolue solitude. Peut-être
n'a-t-il jamais cessé d'interroger la condition de l'Homme, le sens de la vie,
et d'y apporter avec ses figures une réponse désespérée.
La confrontation directe avec les oeuvres de la protohistoire puis de
l'Histoire classique de la Méditerranée exacerbe cette lecture.
Cette approche est frappante dès la première partie de l'exposition, essentiellement consacrée à la civilisation Étrusque (IXème siècle avant J.-C. au 1er siècle de notre ère). Placée à côté d'une statue en pierre du VIIème siècle av. J.-C. (période dite orientalisante car marquée par l'adoption des motifs orientaux), la peinture épurée Deux têtes (1960) fait forte impression : on y ressent plus que jamais tout le vide qui entoure la figure d'homme, à la fois d'une formidable présence mais placé en bas du tableau sur un fond gris, comme littéralement enterré.
Après de superbes séries d'urnes cinéraires biconiques, de vases canopes anthropomorphiques en terre cuite, de kyathos en bronze, d'askos, d'œnochoés et de cratères en céramique (le tout venu en majorité de Toscane et en particulier du Musée archéologique de Florence) nous faisant remonter les quatre grandes périodes de l'histoire Étrusque, de la période villanovienne jusqu'à la période hellénistique, la seconde partie se concentre sur la "Rencontre de deux mondes", faisant dialoguer à parts égales Antiquité et XXème siècle.
Esthétiquement,
on l'a dit, tout se répond, des sculptures en bronze vert-de-gris longilignes
et isolées, à la réunion dans une même vitrine de petits groupes de statuettes,
tels ces Trois hommes qui marchent (1948) côtoyant quatre statuettes
de la période hellénistique.
Au demeurant, considérées isolément, beaucoup de ces œuvres sont
admirables.
Star Étrusque de l'exposition, L'Ombre du soir,
étirée comme un fil, tête légèrement penchée vers l'avant et d'une finesse
inouïe captive comme un aimant.
De Giacometti, l'on apprécie de trouver des œuvres issues de collections particulières, comme cette Cage de 1960, mais aussi d'en retrouver d'autres issues du riche fonds Maeght de Saint-Paul-de-Vence.
La dernière salle est à cet égard une grande réussite scénographique, présentant six Femmes de Venise parfaitement éclairées, à scruter tranquillement sous tous les angles. Dépassant la plastique générale, l'on s'attarde sur les détails. Peu à peu, seules les têtes paraissent en éveil, vivantes sur des corps passifs. Que font-elles ? Attendent-elles ? Mais quoi ? Quel bonheur que Giacometti ait renoncé a les enterrer et les ait laissées nous interroger sans fin.
Giacometti et les Étrusques
Pinacothèque de
Paris
28 place de la Madeleine dans le 8ème, Paris
TLJ de 10h30 à 18h30, les mer. et ven. jsq 21 h
Les dim. 25 déc. et 1er jan., de 14h à 18h30
Entrée 10 € (TR 8 €)
Jusqu'au 8 janvier 2012
En parallèle, et à partir du 27 septembre, Les Collections de la Pinacothèque
seront à nouveau visibles (voir la partie sur la collection permanente,
billet du 13 février 2011)
Images :
Kylix à figures rouges, Ve siècle av. J.-C., Terre cuite, Museo etrusco
Guarnacci-Volterra, © Photo : Arrigo Coppitz
Grande femme 1, ou Grande Femme debout 1, 1960, Bronze, 270 x 56 x 34 cm,
Collection Fondation Maeght, Saint-Paul de Vence © Succession Giacometti /
ADAGP, Paris 2011 ; Photo : Claude Germain
L’Ombre du Soir, IIIe siècle av. J.-C., Bronze, Museo etrusco
Guarnacci-Volterra © Photo : Arrigo Coppitz




Ce sont des
assemblages d'objets hétéroclites, objets manufacturés et reliefs trouvés dans
la nature mêlés, couverts de toutes les déclinaisons de patine imaginable, du
noir le plus neutre à la couleur la plus éclatante, en passant par toutes
sortes de reflets bruns, ocres, ou vert-de-gris. Ils forment des personnages
étranges, souvent des femmes, mais aussi des hommes et même parfois les deux à
la fois - ce peut-être en tournant autour de la sculpture (quand la mise en
espace le permet !) que l'on découvre ces points de vue différents. Ce sont
ailleurs des animaux un peu fantastiques, qui peuvent se présenter comme un
simple chien ou un oiseau. Les deux mondes, humain et animal aiment à se
rencontrer, un oiseau venant alors se poser sur la femme.



Pour l'essentiel, le
parcours nous plonge dans du "lourd", que seule la grâce vénitienne semble
pouvoir supporter : à L'Enfer des frères Chapman
répondent les neufs gisants de marbre de Maurizio Cattelan, le
couple mort peint par Marlène Dumas, ou, un peu plus loin, les
squelettes en vitrine de Matthew Day Jackson. Aussi sombres
soient-elles, ces œuvres n'en sont pas moins magnifiques de force suggestive et
esthétique. Une émotion qui s'épanouit de tout son soûl dans le "cœur" du
bâtiment, la vaste salle carrée à l'endroit de l'ancienne cour centrale,
consacrée par les commissaires Alison M. Gingeras et Francesco Bonami à
l'artiste italien Rudolf Stingel : trois immenses toiles
au motif de grillage et un autoportrait - une photo militaire de 1976. L'espace
prend tout à coup l'air à la fois de bunker, dans une évocation très forte de
l'enfermement physique et mental, et de lieu de recueillement, avec ses
fenêtres de toit laissant passer la lumière naturelle.
L'exposition
offre également des moments de détente, avec les superbes cubes scintillants de
Rachel Whiteread - bien à leur place dans cette cité du verre,
les photos rutilantes à l'humour mordant de Cindy Sherman,
celles en noir et blanc de Hiroshi Sugimoto dédiées aux plus
grands couturiers, le couple tendrement enlacé de Jeff Koons
ou encore la série de 676 images publicitaires recueillies par le duo
d'artistes suisses Fischli et Weiss. Mais aucune œuvre qui
n'incite à la réflexion dans ce parcours très réussi.
Si c'est au XVII° siècle que les crânes
apparaissent à profusion sur les tableaux de nature morte, en un genre appelé
Vanités, de telles représentations de la mort sont présentes dans les
maisons dès l'Antiquité.
Mieux vaut s'attarder devant les
vitrines présentant des pièces unique du joailler vénitien Codognato, famille
installée près de la Basilique San Marco (elle en devint même l'orfèvre
attitré), qui depuis 1866 s'inspire d'oeuvres de toutes époques pour créer des
bagues et des colliers en forme de Memento Mori. Aux motifs de crânes
se mêlent harmonieusement des animaux symboliques comme la salamandre, le rat
ou le serpent ; au diamant et aux pierres précieuses se mêle le corail aux
vertus protectrices... Des petites merveilles à ne pas louper.
Vu de loin, il est un peu
difficile à appréhender, ce fameux CENTQUATRE. Centre d'artistes davantage que
centre d'exposition, lieu de création multidisciplinaire dont les ateliers
peuvent être visités à certains moments, et en même temps ouvert au public
jusqu'à 21 h, voire jusqu'à 23 h... Finalement, quand se déplacer dans ce coin
du XIXème arrondissement, et pour y voir quoi ? Un an après son ouverture,
l'installation de l'artiste suisse aux multiples talents, Ugo Rondinone, dont
le titre How does it feel plaît déjà beaucoup, provoque enfin
l'occasion d'une visite.
Après l’univers des grottes évoquées
(voire reconstituées) par l’art au
Charley
Case et Thomas Israel ont assimilé un des caractères
de la peinture paléolithique : son apparence mouvante, lorsque la figure,
qui a profité des reliefs de la paroi, semble bouger à la lumière vacillante
des torches. Ici, point de torches, mais une vidéo intègre astucieusement dans
le creux de la roche l’image d’une femme qui donne la vie. Sur une surface plus
plane, passe une femme nageant. Une belle réussite. On retrouve dans un coin de
la « salle des chamans » le travail de Serge Pey
avec ses bâtons de mots et ses dessins à la craie. Les trois squelettes d’ours
des cavernes de Mark Dion surgissent grâce à leur peinture
fluo et Virginie Yassef nous fait vivre l’orage tellurique
juste avant de revenir à la lumière du jour.
On peut
commencer la visite par entrer dans la grotte de Xavier Veilhan.
L’étonnement tient d’abord à
l’architecture de Frank O. Gehry : certaines photos peuvent faire croire à
un monstre de métal.
Les expositions temporaires nous proposent
des œuvres de Cai Guo-Qiang, artiste chinois connu pour ses feux d’artifice
déployés au cours de la cérémonie d’inauguration des derniers Jeux olympiques,
et de Takashi Murakami, peintre Japonais représentant de la génération néo-pop.
Seules certaines œuvres du premier nous ont arrêté.
Ce sont celles qui témoignent
d’un autre registre, celui de la longue durée, qui provoquent davantage de
méditation. « De plein fouet » : 99 loups se précipitent en un grand
bond contre une paroi vitrée, en ressortent plus ou moins assommés, et
repartent, à terre, d’où ils viennent. Si les 99 loups sont figés dans leur
mouvement, l’ensemble est perçu comme dynamique, et on entend presque le choc
contre le verre.