Il peut nous paraître
évident qu’une maison est cet espace, plus ou moins fermé, plus ou moins
ouvert, resserré entre des murs, qui délimite bien un dedans et un
dehors.
Ce n’est pas le sentiment de Gilles Clément. Dans sa maison on trouve la
chambre des fougères, le champ, le perchoir, le pommier couché, le salon des
berces (ces hautes plantes à grandes ombelles blanches), ou le potager
(« qui fait chambre à part »).
Dans cette collection où l’éditeur demande à un écrivain d’évoquer sa
maison, celle que Gilles Clément nous présente s’étale sur 5 hectares. Certes,
s’y niche aussi une partie bâtie, construite de ses mains au long des années,
en charriant des pierres dans sa 4L (on a ainsi une idée de l’époque), avec
l’aide parfois de quelques amis.
Mais ce bâti dont Clément nous décrit l’histoire n’apparaît pas comme le lieu
principal de vie.
Car dans cette longue élaboration, l’homme est construit autant qu’il
construit. Et quel homme est ainsi façonné ? Clément le jardinier,
professionnellement paysagiste, inventeur passionnant du tiers paysage, du
jardin en mouvement, du jardin planétaire.
Nous sont ainsi contés sa mise en autonomie individuelle (l’exclusion de la
Grange parentale pour la conquête de la Vallée), son désir de créer un univers
à lui (symboliquement non connecté au réseau électrique), cet univers comme
tremplin à son travail de créateur pour les autres (jardins privés et jardins
publics), sa passion pour ceux et celles qui ont fait vivre les paysages
d’antan. Car ce paysage creusois où se cache la Vallée, au sol plutôt ingrat
(« un chou averti d’y être planté meurt à l’avance » !), ce sont
ses paysans voisins et leurs ancêtres qui l’ont élaboré. Gilles Clément nous
présente ici Fernande, Roger, Marcel et d’autres d’une manière
exceptionnellement juste. Le jardinier est aussi écrivain.
C’est à la Vallée que le jardinier a découvert le mouvement qui anime les
plantes voyageuses, et tout l’art de l’intervention minimale. Et en même temps
l’importance du geste, car une fois accompli, le geste prendra son envol
:
« Je peux espérer qu’au-delà du bâti et quel que soit le moment où
celui-ci aura atteint ses limites, le projet, au lieu de connaître un terme,
continuera de s’épanouir et par le jardin, indéfiniment, conduira le regard au
devant ».
Le salon des berces
Gilles Clément
Nil éditions, 2009.
Une digne héritière des
Borgia voudrait régner sur le monde en cette fin du XVIe siècle. Elle se nomme
Fausta et manigance, assassine, capture, torture sans aucun complexe. Le moyen
d’arriver à ses fins : prendre le pouvoir dans l’institution où les femmes
sont le plus exclues, la papauté. Fausta sera Papesse ou ne sera rien.
Le roman
commence par l'anniversaire de Solange, soixante ans, dans la salle des fêtes
du village. Description minutieuse, lente, d'une scène qui va agir comme un
détonateur : Bertrand, surnommé Feu-de-bois parce qu'il en porte
l'odeur âcre à laquelle s'ajoutent celles de l'alcool et de la crasse, un
marginal haineux et entretenu offre à sa soeur Solange un bijou dont tous se
demandent comment il a pu le payer.
Jean Bosmans a peut-être
désormais la soixantaine. Il marche dans Paris dont il connaît par cœur les
rues, les stations de métro, pour les avoir arpentées sans cesse depuis des
décennies.
François-Régis
Bastide. Un nom séduisant, avec un prénom (d'emprunt) à la fois bien planté et
un peu en suspens, un patronyme rassurant, mais qui parle à bien peu de monde
aujourd'hui.
La vie quotidienne est
faite de petits bonheurs et de petits soucis. Celle qui est décrite par Delillo
dans les années 80 est américaine, concerne une famille habile à faire vivre
ensemble des enfants issus de plusieurs couples précédents. Dans cette ambiance
très animée les bruits de fond sont nombreux : les images et les voix de
la télé, qui peuvent surgir à tout moment, les gestes de la consommation, qui
aident bien à pousser aujourd’hui pour arriver à demain.
Drôle de roman que ce
Netherland, livre hautement recommandé par Barack Obama soi-même à ce
qu'on dit. Histoire ténue, "à l'Américaine", écrite par un Irlandais de
New-York, par laquelle un homme ordinaire à point raconte un bout de sa vie,
faite de rencontres, d'amours et d'amours brisées, d'amitié, de passion et de
questions.
A l'issue de sa
conférence
La frontière entre désir
et folie peut être bien ténue.
Le lièvre de
Patagonie est une pierre précieuse aux facettes multiples.
Poète, romancier,
résistant, communiste, Gaston Massat aurait eu cent ans cette année.
Seul roman qu'il ait
écrit, Capitaine Superbe a été publié aux éditions Bordas en 1946 puis
dans le journal Action en 1947. Il a fait dire à Aragon qu'il était à
lire « avec une espèce de reconnaissance ». Il vient d'être
réédité à l'initiative de sa nièce Catherine Massat aux éditions Libertaires
avec des illustrations d'Ernest Pignon Ernest.
Un livre peut-il
changer le cours de la vie ? Assurément oui pour Raimond Gregorius,
professeur de littérature ancienne, proche de la soixantaine, qui découvre dans
une librairie la phrase : « S’il est vrai que nous ne pouvons
vivre qu’une petite partie de ce qui est en nous –qu’advient-il du
reste ? ».