La vie quotidienne est
faite de petits bonheurs et de petits soucis. Celle qui est décrite par Delillo
dans les années 80 est américaine, concerne une famille habile à faire vivre
ensemble des enfants issus de plusieurs couples précédents. Dans cette ambiance
très animée les bruits de fond sont nombreux : les images et les voix de
la télé, qui peuvent surgir à tout moment, les gestes de la consommation, qui
aident bien à pousser aujourd’hui pour arriver à demain.
Mais une autre couche plus profonde de bruit de fond est prête à émerger, de
manière plus ou moins insidieuse, ou brusquement en profitant d’une brèche
ouverte inopinément. C’est celle qui propose d’autres aspects de la réalité de
notre quotidien, celle qui peut même se substituer à la réalité de tous les
jours, celle qui nous met en contact avec la vie, et avec la mort.
Avec la vie d’abord, la vie des jeunes enfants, si pleine d’avenir insoupçonné,
si prometteuse, qui nous fait ressentir l’animalité qui nous reste
encore : « A de tels moments, je sens que je l’aime avec un
désespoir animal, j’ai envie de le prendre sous mon manteau, de le serrer sur
ma poitrine, et de le garder là pour le protéger ».
Avec la mort aussi, laquelle, selon Delillo peut prendre deux figures : le
danger qui s’abat sur soi, sous forme ici d’un nuage toxique auquel on est
exposé, et la peur de la mort, sentiment difficile à maîtriser, à faire
partager, qui vient davantage d’un bruit de fond personnel que des risques
venus d’ailleurs.
Le couple Babette et Jack est un couple « moderne » qui se dit tout.
Delillo s’amuse à rapporter ces conversations qui n’en finissent pas de
démontrer la vanité de l’ambition de communication. La peur de la mort
(Babette) et le sentiment du danger à avoir été exposé (Jack) ne s’avouent pas
si facilement. Mais pour autant, tenter d’éviter le face à face avec ses peurs
peut être très dangereux : le pseudo médicament qui doit supprimer la peur
de mourir conduit à la folie, le sentiment d’être condamné peut conduire au
meurtre.
Au final, il reste toujours les enfants, comme Wilder, le plus jeune de la
tribu : « Pourquoi je me sens si bien avec Wilder ? Ce n’est
pas du tout comme lorsque je suis avec les autres enfants dis-je. –Vous
appréciez son ego absolu, sa liberté sans limites. –En quoi sa liberté est-elle
sans limites ? –Il ne sait pas encore qu’il va mourir. Il ne sait rien à
propos de la mort. C’est cette ignorance puérile que vous chérissez, cet état
qui exclut la profonde blessure. Vous avez envie d’être à ses côtés, de le
toucher, de le regarder, de respirer son odeur ».
Lire un récit de Delillo, ce n’est pas lire un roman, c’est lire un texte qui
vous étonne à chaque page par ses réflexions, digressions, situations cocasses
qui parlent si bien de nos sociétés. S’il parle si bien, c’est qu’il est aussi,
sans doute, un romancier. Pour ce roman-ci il a obtenu le National Book Award,
dans les années 80, et il est toujours temps de le lire.
Bruit de fond
Don Delillo
Actes Sud (Babel) 10,50 €
Drôle de roman que ce
Netherland, livre hautement recommandé par Barack Obama soi-même à ce
qu'on dit. Histoire ténue, "à l'Américaine", écrite par un Irlandais de
New-York, par laquelle un homme ordinaire à point raconte un bout de sa vie,
faite de rencontres, d'amours et d'amours brisées, d'amitié, de passion et de
questions.
A l'issue de sa
conférence
La frontière entre désir
et folie peut être bien ténue.
Le lièvre de
Patagonie est une pierre précieuse aux facettes multiples.
Poète, romancier,
résistant, communiste, Gaston Massat aurait eu cent ans cette année.
Seul roman qu'il ait
écrit, Capitaine Superbe a été publié aux éditions Bordas en 1946 puis
dans le journal Action en 1947. Il a fait dire à Aragon qu'il était à
lire « avec une espèce de reconnaissance ». Il vient d'être
réédité à l'initiative de sa nièce Catherine Massat aux éditions Libertaires
avec des illustrations d'Ernest Pignon Ernest.
Un livre peut-il
changer le cours de la vie ? Assurément oui pour Raimond Gregorius,
professeur de littérature ancienne, proche de la soixantaine, qui découvre dans
une librairie la phrase : « S’il est vrai que nous ne pouvons
vivre qu’une petite partie de ce qui est en nous –qu’advient-il du
reste ? ».
"C'est
curieux de venir dans ce lieu pour écouter autre chose que de la
musique..." dit Chantal Thomas avec un petit sourire, en s'installant avec
ses livres à une table minuscule.
Quoi de neuf
à Paris en ce beau mois de juin ? Un festival littéraire ! Du 4 au 8
juin, Paris fera la fête à la littérature pendant cinq jours avec cette toute
première édition de Paris en toutes lettres.
Ce récit
autobiographique a au début le goût un peu amer du bonheur gâché :
Emmanuel Carrère passe avec sa compagne et leurs enfants respectifs des
vacances dans un hôtel luxueux au Sri Lanka.
On aime cette
série de la collection Folio 2 € (qui propose, pour le prix d'un café,
des textes de haute tenue et faciles à emporter), intitulée Femmes de
lettres : elle nous a déjà permis de découvrir de jolis petits romans
comme
Tant de voix font
un homme ; et peut-être plus de voix encore forment un comédien.