Après la merveilleuse
exposition
L'Âge d'or hollandais, de Rembrandt à Vermeer qui a attiré quelques
700000 visiteurs cet hiver, la Pinacothèque de Paris revient au tournant du
XXème siècle, la féconde période de l'éclosion du modernisme en peinture.
En exposant le peintre expressionniste Edvard Munch (1863-1944) sans le concours des musées d'Oslo, en renonçant à présenter Le cri, seul tableau connu du grand public, Marc Restellini, le directeur de l'institution privée de la place de la Madeleine n'a manqué ni d'audace ni d'ambition. La centaine de tableaux, lithographies et gravures issues de collections privées exposées jusqu'au 18 juillet prochain sont enfin l'occasion de découvrir et d'admirer à Paris la variété et la richesse de l'oeuvre du peintre et graveur Norvégien.
Après les premiers tableaux
d'inspiration naturaliste des années 1880, Munch apparaît dès le début des
années 1890 comme un grand novateur. Avec la magnifique Femme au chapeau
rouge sur le Fjord (1891), le peintre s'enhardit, brouille les pistes de
la perspective, créant une opposition entre l'aplat et la profondeur, une
confusion des dimensions qu'il ne cessera d'explorer, ouvrant avec d'autres la
voie à l'Avant-garde. Il joue avec la transparence et les touches (les grands
traits parallèles sont déjà visibles) et les couleurs : cette robe bleue
sur la mer bleue, qui pourrait aussi être le ciel, quelle idée... Nuit
d'été à Studenterlunden est de la même veine, mais la facture a encore
évolué, les lignes se font sinueuses, les chemins labyrinthiques, le sol n'est
jamais ferme. On retrouve le thème du couple s'embrassant dans Le
baiser, gravure de 1895, sur laquelle les visages disparaissent dans
l'union de leurs lèvres.
L'amour et la femme ne sont d'ailleurs jamais bien vus chez Munch. Thèmes
obsessionnels, ils apparaissent au mieux comme ambigus, au pire tout à fait
dangereux. La femme est souvent belle, voire iconique (quatre superbes
lithographies de la Madone) mais source de souffrance incommensurable
(sur les 1ère et 4ème de cette série, un petit personnage en bas à gauche
regarde la Femme d'un air malheureux). Dans La femme et le cœur, elle
saisit un gros cœur à bout de bras. Avec Vampire II, les longs cheveux
dégoulinant littéralement vampirisent. Et que dire du non moins explicite
Harpie, où la femme apparaît sous les traits d'un vautour aux ailes
immenses et noires, un cadavre d'homme à ses pieds ? Dans ces conditions,
le désir lui-même est évidemment effrayant : dans Les mains,
l'air menaçant des hommes s'approchant de l'ondoyante chevelure font craindre
pour la dame.
On s'émeut aussi grandement devant la très belle série de lithographies
L'enfant malade, même scène croquée en plans plus ou moins rapprochés,
dans un travail qui n'est pas sans évoquer la photographie ou le cinéma.
Aggravant le sujet, le hachuré employé par l'artiste tout autour du visage
apparaît comme le cerne de la mort qui, telle l'eau, approche
inexorablement.
Changement complet d'atmosphère avec les grands tableaux colorés des années
1900, où se lit l'admiration de Munch pour Gauguin, mais surtout ses propres
recherches autour de la matérialité de la peinture, comme avec Deux garçons
sur la plage où la peinture, tellement épaisse, est à peine étalée, ou, à
l'opposé, Mère et l'enfant où Munch a rendu la toile de jute presque à
brut. Un peu plus loin, on reste en arrêt devant l'étonnant Henrik Ibsen au
Grand Café du Grand hôtel, Kristiana à deux plans, le visage du dramaturge
en gros plan sur écran noir et, en fond, une scène de ville derrière un
grillage. Ultra-moderne et splendide.
L'alternance lithographies - toiles se poursuit tout au long du parcours.
L'ensemble de 22 lithographies Alpha et Omega de 1908-1909 dans un espace
aménagé en cabinet mérite aussi une pause. L'on y retrouve tous les thèmes
chers à l'artiste norvégien : la solitude, les rivages, l'enfant
malheureux, et bien sûr la femme tentatrice.
Edvard Munch ou l'Anti-Cri
Pinacothèque de
Paris
28, place de la Madeleine - 75008 Paris
M° Madeleine, lignes 8, 12 et 14
Jusqu'au 18 juillet 2010
TLJ de 10 h 30 à 18 h (de 14 h à 18 h les 1er mai et 14 juillet)
Nocturne tous les premiers mercredis du mois jusqu’à 21 h
Entrée 10 € (TR 8 € - tarif groupe 9,50 € avec audiophones)
Images : "Portrait d’August Strindberg" 1893 Crayon bleu et mine de plomb sur papier 17,7 x 19,3 cm Collection Pérez Simón, Mexico © The Munch-Museum / The Munch-Ellingsen Group / Adagp, Paris 2010 et "Femme au chapeau rouge sur le Fjord (Harmonies bleues – Le chapeau rouge)" 1891 Huile sur toile 99 x 65 cm Collection privée © The Munch-Museum / The Munch-Ellingsen Group / Adagp, Paris 2010

L'art de Pierre Soulages
est presque une définition de l'art, quelque chose qui nous dépasse et qui nous
fait connaître en même temps une expérience de présence au monde parmi les plus
fortes, en nous rapprochant du réel, du tangible, de l'humain et de
l'infiniment beau.
Titien, Tintoret,
Véronèse, mais aussi Bassano, que l'on connaît moins : c'est à une
véritable rencontre au sommet que le musée du Louvre nous convie jusqu'au 4
janvier 2010.
Portraits
de patriciens et patriciennes, autoportraits, nus féminins (avec notamment une
confrontation de Tarquin et Lucrèce de haut vol), scènes religieuses
quelque peu "profanées", nocturnes sacrés singuliers (des Saint-Jérôme plus
poignants les uns que les autres) ... les différentes sections de l'exposition
sont tout aussi passionnantes. On s'attarde aussi sur celle consacrée au
reflet, qui renvoie notamment à l'un des grands débats esthétiques et
théoriques de la Renaissance : le paragone, à savoir la question
des mérites respectifs de la peinture et de la sculpture. Dans la suite de
Giorgione qui avait peint au tout début du siècle un tableau avec une figure
d'homme dont le corps se reflétait à la fois dans une armure polie, un miroir
et une fontaine d'eau (aujourd'hui disparu), les artistes vénitiens se sont
surpassés dans le domaine du reflet et du miroir en peinture, permettant de
représenter tous les aspects d'un personnage sans se déplacer, alors qu'avec
une sculpture, le spectateur est obligé de tourner autour... Tintoret a
interprété ce thème avec espièglerie (l'humour et la légèreté sont d'autres
traits que l'on retrouve chez ces artistes), dans son fameux Suzanne et les
vieillards de Vienne. La représentation de cette scène par Jacoppo
Bassano, exposée, à juste titre, dans la partie Femmes en péril est
beaucoup plus directe et inquiétante. Elle montre au passage l'influence du
Titien sur Bassano qui dans son dernier style emprunte au maître sa large
touche. Un tableau admirable de simplicité et de clarté dans sa composition, de
douceur et de sobriété dans les visages, avec ce goût des chairs blanches
éclairées dans une atmosphère sombre chère à Bassano, décidément devenu lui
aussi un grand de Venise.
Pour permettre à ses nombreux visiteurs de mieux profiter de l'exposition
Tout en contrastes,
l'oeuvre du peintre belge James Ensor (1860-1949), présenté au Musée d'Orsay à
travers une exposition de 90 tableaux, dessins et gravures, ne cesse
d'intriguer au fur et à mesure de la visite.
Ces
squelettes et ces masquent amusent par le grotesque des scènes, oscillant entre
pure fantaisie et satire sociale - on pense aux caricatures de Daumier, au
Carnaval, à Guignol - non sans un soupçon d'effroi évidemment comme devant le
défilé de tristes mondains de L'intrigue. L'artiste ne craint pas
l'ambiguïté, au contraire, associant à ses figurations macabres un registre
chromatique gai avec des couleurs pures et pétillantes renvoyant à la fête.
D'ailleurs, sous les dehors de la farce, sourd une certaine violence : par
exemple dans Les poissardes, en dessous du message «Mort !
Elles ont mangé trop de poisson », les deux vieilles poissardes en
question rappellent sous une toute autre forme mais avec une force inouïe
l'ennui et l'absence de vie des tableaux naturalistes de jeunesse.
Rembrandt,
Vermeer : deux noms qui font rêver tant leurs œuvres, fort différents l'un
de l'autre, éblouissent encore par leur virtuosité. Tous deux renvoient à cet
âge d'or qu'à connu la Hollande au XVIIème siècle, quand, après les sanglantes
Guerres de Religion, les sept provinces du Nord, et notamment la Hollande
(majoritairement calviniste) font sécession et acquièrent leur autonomie. De
leur côté, les Pays-Bas du sud restent sous domination espagnole et deviennent
une base avancée du catholicisme.
Tout
n'est que douceur, chaleur et tranquillité. Deux jeunes filles sont plongées
dans leur lecture, serrées l'une contre l'autre. Tout près de là, on les
retrouve au piano, heureuses et concentrées. Une femme est penchée sur son
ouvrage, calmement absorbée. Un enfant dessine, sage et appliqué. Scènes
d'intérieur, quotidiennes, plongées dans la même ambiance lumineuse et
colorée.
C'est le cas de Picasso
(lequel s'est largement livré aux exercices d'admiration, comme l'exposition de
l'hiver dernier dans ces mêmes Galeries l'a souligné) mais aussi de Bonnard,
dont on peut se délecter de l'un de ses superbes paysages du Midi.
Maglm est en
vacances... mais les expos continuent ! Avant de partir, j'ai repéré pour
vous, chers lecteurs... à vous donc d'aller voir !
Ailleurs qu'à Paris,
les propositions ne manquent pas pour passer cet été tout en culture.
Faire
le plein de culture pendant l'été à Paris, c'est possible, et même chaudement
recommandé !
Fondateur avec Jean Arp du
mouvement Dada de Cologne, Max Ernst (1891-1976) s'installe à Paris au début
des années 1920, où il participe à la première exposition surréaliste. Arrêté
au début de la Seconde Guerre Mondiale, l'artiste allemand s'enfuit aux
Etats-Unis avant de revenir définitivement en France dans les années 1950.