L'exposition est courte (une
soixantaine d'œuvres), voit large (cf. son titre), mais ne déçoit pas
si l'on est prévenu de sa véritable substance.
Issus de la collection de l'homme d'affaires mexicain Juan Antonio Pérez Simón,
ces tableaux ne sont pas de ceux que l'ont peut habituellement admirer dans les
musées. Tel est l'intérêt de la visite, auquel s'ajoute celui d'offrir une idée
de la production espagnole sur une période de pas moins de quatre siècles. Et
si manquent deux très grands du XVII°, Vélasquez et Zurbarán, dans l'ensemble,
du Siècle d'Or au XX° siècle, on fait ici un fort joli paseo
ibérique.
Mêlant approches thématique et chronologique, le parcours débute par les fêtes espagnoles, avec deux tableaux de la Plaza Major, construite au début du XVII°, haut-lieu de festivités royales de Madrid devenue capitale sous le règne des Habsbourg en 1561. L'on découvre avec ravissement dans cette salle l'artiste catalan Anglada-Camarasa (1872-1959) avec une Feria de Valence (1907) éclatante de couleurs, où se lisent les inspirations parisiennes et viennoises, symbolisme, veine décorative de Klimt et Art nouveau. Y est également exposé un très beau Dalí bourré de références (dont celle au fameux Enterrement du Comte d’Orgaz du Greco à Tolède), qui était un projet de décor pour un ballet.
La peinture religieuse fut un des temps forts du Siècle d'or : après le Concile de Trente les autorités voulaient affirmer avec force images la vigueur de la religion catholique, couvrant les églises de peintures du Christ, de la Vierge et des Saints afin d'inculquer aux fidèles souvent illettrés les idées et les pratiques nées de la Contre-Réforme. Murillo (1617-1682), le plus doux, et Ribera (1591-1652), le plus poignant en produisirent un grand nombre. On admire ici une Immaculée Conception du premier et un frappant Saint Jérôme du deuxième. Le cher Greco est également présent grâce à une miniature de dix centimètres de haut Tête de Christ aux yeux plein de larmes sur un visage livide, d'une très belle humanité.
Dans la salle consacrée à
l'art du portrait, un grand portrait féminin de Goya se laisse
longuement contempler. L'artiste semble avoir joué sur le contraste entre la
monumentalité du buste drapé d'étoffes et de fourrure de l'Infante et un visage
très naturel dont les yeux sont d'une extraordinaire expressivité.
Plus loin, les esquisses et les peintures de Sorolla répandent
leur incomparable lumière, avec des scènes de loisirs sur la plage et de pêche
au cadrage presque photographique (sur ce peintre, voir le
billet du 6 mars 2007, rendant compte d'une exposition magnifique présentée
au Petit Palais).
Ajoutez à cela deux natures mortes cubistes de haute tenue de Juan
Gris et de Picasso, des nus de ce dernier, quelques
Miró et même un Tàpies, et vous reconnaîtrez
que les choix sot plutôt convaincants.
« Du Greco à Dalí : les grands maîtres espagnols. La
collection Pérez Simón »
Musée
Jacquemart-André
158, boulevard Haussmann - 75008 Paris
Téléphone : 01 45 62 11 59
M° Saint-Augustin, Miromesnil ou Saint-Philippe du Roule
Jusqu'au 1er août 2010
Ouvert 365 jours par an, de 10 h à 18 h, lundi jusqu’à 21 h 30
Entrée 11 euros (TR 8,5 euros)
Images : Domenikos Theotokopoulos, dit Le Greco (1541-1614), Tête
du Christ, Vers 1600, huile sur papier collé sur panneau de bois, 10,2 x 8,6
Collection Pérez Simón, Mexico © Fundación JAPS © Studio Sébert
photographes
et Francisco de Goya y Lucientes (1746-1828), Doña Maria Teresa de
Vallabriga y Rozas, 1783, huile sur panneau de bois, 66,7 x 50,5, Collection
Pérez Simón, Mexico © Fundación JAPS © Studio Sébert photographes


Deux
mois après son inauguration, le souvenir de l'exposition demeure encore
vif.
Le systématisme en art a
souvent quelque chose d'artificiel qui peut vite fatiguer. L'hiver dernier, les
Galeries nationales du Grand Palais proposaient Picasso et ses
maîtres, avec le succès que l'on sait. Nous voici cette saison face à
l'immense paysagiste Joseph Mallord William Turner (1775-1851) - mais aussi à
ses peintres. La confrontation appliquée avec les prédécesseurs et les
contemporains d'un grand peintre semble donc s'installer en habitude dans ces
lieux. On demeure timide à s'en plaindre, car naturellement le procédé permet
au visiteur de profiter en une seule exposition d'une riche variété de chefs
d'œuvres. Sauf que l'artiste principal, lui, la prétendue star de l'affaire,
s'en trouve toujours un peu amoindrie. Turner, ultra-connu certes, mais moins
exposé toutefois que Picasso, ne méritait-il pas une exposition à lui tout seul
consacrée ? Imaginez une centaine d'œuvres du grand Turner (encore faut-il
les réunir) : quel bain revigorant !
Après la merveilleuse
exposition
Après les premiers tableaux
d'inspiration naturaliste des années 1880, Munch apparaît dès le début des
années 1890 comme un grand novateur. Avec la magnifique Femme au chapeau
rouge sur le Fjord (1891), le peintre s'enhardit, brouille les pistes de
la perspective, créant une opposition entre l'aplat et la profondeur, une
confusion des dimensions qu'il ne cessera d'explorer, ouvrant avec d'autres la
voie à l'Avant-garde. Il joue avec la transparence et les touches (les grands
traits parallèles sont déjà visibles) et les couleurs : cette robe bleue
sur la mer bleue, qui pourrait aussi être le ciel, quelle idée... Nuit
d'été à Studenterlunden est de la même veine, mais la facture a encore
évolué, les lignes se font sinueuses, les chemins labyrinthiques, le sol n'est
jamais ferme. On retrouve le thème du couple s'embrassant dans Le
baiser, gravure de 1895, sur laquelle les visages disparaissent dans
l'union de leurs lèvres.
L'art de Pierre Soulages
est presque une définition de l'art, quelque chose qui nous dépasse et qui nous
fait connaître en même temps une expérience de présence au monde parmi les plus
fortes, en nous rapprochant du réel, du tangible, de l'humain et de
l'infiniment beau.
Titien, Tintoret,
Véronèse, mais aussi Bassano, que l'on connaît moins : c'est à une
véritable rencontre au sommet que le musée du Louvre nous convie jusqu'au 4
janvier 2010.
Portraits
de patriciens et patriciennes, autoportraits, nus féminins (avec notamment une
confrontation de Tarquin et Lucrèce de haut vol), scènes religieuses
quelque peu "profanées", nocturnes sacrés singuliers (des Saint-Jérôme plus
poignants les uns que les autres) ... les différentes sections de l'exposition
sont tout aussi passionnantes. On s'attarde aussi sur celle consacrée au
reflet, qui renvoie notamment à l'un des grands débats esthétiques et
théoriques de la Renaissance : le paragone, à savoir la question
des mérites respectifs de la peinture et de la sculpture. Dans la suite de
Giorgione qui avait peint au tout début du siècle un tableau avec une figure
d'homme dont le corps se reflétait à la fois dans une armure polie, un miroir
et une fontaine d'eau (aujourd'hui disparu), les artistes vénitiens se sont
surpassés dans le domaine du reflet et du miroir en peinture, permettant de
représenter tous les aspects d'un personnage sans se déplacer, alors qu'avec
une sculpture, le spectateur est obligé de tourner autour... Tintoret a
interprété ce thème avec espièglerie (l'humour et la légèreté sont d'autres
traits que l'on retrouve chez ces artistes), dans son fameux Suzanne et les
vieillards de Vienne. La représentation de cette scène par Jacoppo
Bassano, exposée, à juste titre, dans la partie Femmes en péril est
beaucoup plus directe et inquiétante. Elle montre au passage l'influence du
Titien sur Bassano qui dans son dernier style emprunte au maître sa large
touche. Un tableau admirable de simplicité et de clarté dans sa composition, de
douceur et de sobriété dans les visages, avec ce goût des chairs blanches
éclairées dans une atmosphère sombre chère à Bassano, décidément devenu lui
aussi un grand de Venise.
Pour permettre à ses nombreux visiteurs de mieux profiter de l'exposition
Tout en contrastes,
l'oeuvre du peintre belge James Ensor (1860-1949), présenté au Musée d'Orsay à
travers une exposition de 90 tableaux, dessins et gravures, ne cesse
d'intriguer au fur et à mesure de la visite.
Ces
squelettes et ces masquent amusent par le grotesque des scènes, oscillant entre
pure fantaisie et satire sociale - on pense aux caricatures de Daumier, au
Carnaval, à Guignol - non sans un soupçon d'effroi évidemment comme devant le
défilé de tristes mondains de L'intrigue. L'artiste ne craint pas
l'ambiguïté, au contraire, associant à ses figurations macabres un registre
chromatique gai avec des couleurs pures et pétillantes renvoyant à la fête.
D'ailleurs, sous les dehors de la farce, sourd une certaine violence : par
exemple dans Les poissardes, en dessous du message «Mort !
Elles ont mangé trop de poisson », les deux vieilles poissardes en
question rappellent sous une toute autre forme mais avec une force inouïe
l'ennui et l'absence de vie des tableaux naturalistes de jeunesse.
Rembrandt,
Vermeer : deux noms qui font rêver tant leurs œuvres, fort différents l'un
de l'autre, éblouissent encore par leur virtuosité. Tous deux renvoient à cet
âge d'or qu'à connu la Hollande au XVIIème siècle, quand, après les sanglantes
Guerres de Religion, les sept provinces du Nord, et notamment la Hollande
(majoritairement calviniste) font sécession et acquièrent leur autonomie. De
leur côté, les Pays-Bas du sud restent sous domination espagnole et deviennent
une base avancée du catholicisme.