
C'est un XVIII° siècle tout en contrastes que l'on parcourt au fil de la riche exposition présentée au Louvre jusqu'au 14 février prochain. Sculptures, peintures, gravures et même mobilier s'y côtoient pour montrer les différents aspects de cet engouement pour l'Antique que l'on a trop souvent, à tort, réduit au "Néo-classicisme".
Longtemps associé aux fouilles de Pompéi et d'Herculanum à partir de 1738, le retour au style de l'art Antique leur est en réalité antérieur, né de la volonté, au début du XVIII° de repousser le style Rocaille, jugé peu sérieux : après ses errements fantaisistes, il est temps de retrouver les canons esthétiques et les lignes architecturales de l'art gréco-romain, ce qui est l'occasion de revenir aussi à son inépuisable source de sujets mythologiques.
Des sculpteurs comme Edmé Bouchardon, Augustin Pajou, Johan Tobias Sergel
réinterprètent ainsi les grandes figures du panthéon classique.
L'Amour taillant son arc dans la massue d'Hercule de Bouchardon
s'impose par la douceur de son expression, ses textures soignées (le rendu des
plumes des ailes donne envie de les toucher), sa pose délicate, l'harmonie de
l'ensemble.
Les artistes de l'époque ont presque tous fait leur Grand Tour en
Italie, certains s'y sont même installés de nombreuses années, et cela se
voit.
Du coup, leurs œuvres, loin d'être toutes néo-classiques, sont pour certaines
aussi bien marquées par le baroque. On pense beaucoup au Bernin, face au
Neptune de Pajou ou à la Venus marine du britannique John
Deare...
Hormis les motifs mythologiques, les peintres se plaisent à figurer les chefs d'œuvre emblématiques de la Rome antique : Hubert Robert a peint le Panthéon, montrant d'ailleurs un intérieur assez curieux, plus ovale que rond, et très éclairé... Il a aussi mis en scène la découverte du Laocoon, en plaçant le célèbre groupe dans une belle et immense galerie sans rapport avec le site sur lequel il a été découvert. Le titre de l'exposition, L'Antiquité rêvée prend tout son sens.
Mais en peinture également, la multiplicité des styles reste le plus frappant : ici chez Greuze pointe l'influence de Poussin (dont est exposé Le Testament d'Eudamides venu de Copenhague), là avec David éclate l'exaltation des vertus classiques (Le serment des Horaces), alors que Füssli et son célèbre Cauchemar annoncent avec quelques autres la tentation du sublime et du fantastique du XIX°.
Où classer dans tout cela le grandiose tableau de Fragonard Le grand
prêtre Corésus se sacrifie pour sauver Callirhoé ? A sa propre et
magnifique place où, sur un autel délimité par de larges colonnes antiques,
Fragonard raconte la légende de Corésus, grand prêtre du temple de Dionysos qui
préfère se donner la mort plutôt que de sacrifier la jeune fille qu'il aime.
Lors de sa recension du Salon de 1765, Diderot a longuement évoqué cette œuvre,
dans des termes tout à fait oniriques.
Il est vrai qu'avec sa composition époustouflante, sa théâtralité, son
étonnante lumière, la délicatesse de ses teintes, la variété et la force de ses
expressions, deux siècles et demi après, le tableau ne finit pas de fasciner,
tant il est dense de littérature, et d'une richesse picturale inouïe.
L'Antiquité rêvée. Innovations et résistances au XVIIIe
siècle
Musée du Louvre
Hall Napoléon
TLJ sf mardi, de 9 h à 18 h, les mercredi et vendredi de 9 h à 22 h
Jusqu'au 14 février 2011
Catalogue, Gallimard/Musée du Louvre, 504 p., 45 €
Jean-Honoré Fragonard (Grasse, 1732 - Paris, 1806), Le grand prêtre Corésus se sacrifie pour sauver Callirhoé, Salon de 1765 © Musée du Louvre/A. Dequier - M. Bard
Famille
de banquiers florentins richissimes à partir de la fin du
Quattrocento, la dynastie des Médicis a donné des princes, des papes,
et même deux reines à la Couronne de France, Catherine épouse du futur roi
Henri II puis Marie épouse d'Henri IV en 1600.
L'exposition est courte (une
soixantaine d'œuvres), voit large (cf. son titre), mais ne déçoit pas
si l'on est prévenu de sa véritable substance.
Dans la salle consacrée à
l'art du portrait, un grand portrait féminin de Goya se laisse
longuement contempler. L'artiste semble avoir joué sur le contraste entre la
monumentalité du buste drapé d'étoffes et de fourrure de l'Infante et un visage
très naturel dont les yeux sont d'une extraordinaire expressivité.

Deux
mois après son inauguration, le souvenir de l'exposition demeure encore
vif.
Le systématisme en art a
souvent quelque chose d'artificiel qui peut vite fatiguer. L'hiver dernier, les
Galeries nationales du Grand Palais proposaient Picasso et ses
maîtres, avec le succès que l'on sait. Nous voici cette saison face à
l'immense paysagiste Joseph Mallord William Turner (1775-1851) - mais aussi à
ses peintres. La confrontation appliquée avec les prédécesseurs et les
contemporains d'un grand peintre semble donc s'installer en habitude dans ces
lieux. On demeure timide à s'en plaindre, car naturellement le procédé permet
au visiteur de profiter en une seule exposition d'une riche variété de chefs
d'œuvres. Sauf que l'artiste principal, lui, la prétendue star de l'affaire,
s'en trouve toujours un peu amoindrie. Turner, ultra-connu certes, mais moins
exposé toutefois que Picasso, ne méritait-il pas une exposition à lui tout seul
consacrée ? Imaginez une centaine d'œuvres du grand Turner (encore faut-il
les réunir) : quel bain revigorant !
Après la merveilleuse
exposition
Après les premiers tableaux
d'inspiration naturaliste des années 1880, Munch apparaît dès le début des
années 1890 comme un grand novateur. Avec la magnifique Femme au chapeau
rouge sur le Fjord (1891), le peintre s'enhardit, brouille les pistes de
la perspective, créant une opposition entre l'aplat et la profondeur, une
confusion des dimensions qu'il ne cessera d'explorer, ouvrant avec d'autres la
voie à l'Avant-garde. Il joue avec la transparence et les touches (les grands
traits parallèles sont déjà visibles) et les couleurs : cette robe bleue
sur la mer bleue, qui pourrait aussi être le ciel, quelle idée... Nuit
d'été à Studenterlunden est de la même veine, mais la facture a encore
évolué, les lignes se font sinueuses, les chemins labyrinthiques, le sol n'est
jamais ferme. On retrouve le thème du couple s'embrassant dans Le
baiser, gravure de 1895, sur laquelle les visages disparaissent dans
l'union de leurs lèvres.
L'art de Pierre Soulages
est presque une définition de l'art, quelque chose qui nous dépasse et qui nous
fait connaître en même temps une expérience de présence au monde parmi les plus
fortes, en nous rapprochant du réel, du tangible, de l'humain et de
l'infiniment beau.
Titien, Tintoret,
Véronèse, mais aussi Bassano, que l'on connaît moins : c'est à une
véritable rencontre au sommet que le musée du Louvre nous convie jusqu'au 4
janvier 2010.
Portraits
de patriciens et patriciennes, autoportraits, nus féminins (avec notamment une
confrontation de Tarquin et Lucrèce de haut vol), scènes religieuses
quelque peu "profanées", nocturnes sacrés singuliers (des Saint-Jérôme plus
poignants les uns que les autres) ... les différentes sections de l'exposition
sont tout aussi passionnantes. On s'attarde aussi sur celle consacrée au
reflet, qui renvoie notamment à l'un des grands débats esthétiques et
théoriques de la Renaissance : le paragone, à savoir la question
des mérites respectifs de la peinture et de la sculpture. Dans la suite de
Giorgione qui avait peint au tout début du siècle un tableau avec une figure
d'homme dont le corps se reflétait à la fois dans une armure polie, un miroir
et une fontaine d'eau (aujourd'hui disparu), les artistes vénitiens se sont
surpassés dans le domaine du reflet et du miroir en peinture, permettant de
représenter tous les aspects d'un personnage sans se déplacer, alors qu'avec
une sculpture, le spectateur est obligé de tourner autour... Tintoret a
interprété ce thème avec espièglerie (l'humour et la légèreté sont d'autres
traits que l'on retrouve chez ces artistes), dans son fameux Suzanne et les
vieillards de Vienne. La représentation de cette scène par Jacoppo
Bassano, exposée, à juste titre, dans la partie Femmes en péril est
beaucoup plus directe et inquiétante. Elle montre au passage l'influence du
Titien sur Bassano qui dans son dernier style emprunte au maître sa large
touche. Un tableau admirable de simplicité et de clarté dans sa composition, de
douceur et de sobriété dans les visages, avec ce goût des chairs blanches
éclairées dans une atmosphère sombre chère à Bassano, décidément devenu lui
aussi un grand de Venise.
Pour permettre à ses nombreux visiteurs de mieux profiter de l'exposition