Dans le cadre de
PHotoEspaña 2009, la Fundación
Telefónica accueille quatre cents photos peintes de l'artiste allemand Gerhard
Richter, essentiellement de petits formats, avec quelques grandes œuvres
abstraites en noir et blanc.
Cette immense exposition permet d'embrasser l'ensemble des techniques utilisées par Richter pour réaliser ses créations hybrides : peinture fraîche sur laquelle il appose un papier pour donner un relief instantané, projections, coulures, gouttes, raclures, larges aplats étirés, fond de pinceau épuisé de peinture.
Il mêle les couleurs (toutes y sont, des teintes automnales aux mauves,
jaunes citron, vert profond...), fait surgir des marbrures, des veinés, des
flammées, des nervures et des empâtements. Il recréé les mélanges naturels de
la palette du peintre, étale, joue.
Les scènes sont familières, issues du quotidien : promenades en forêt,
amis, famille, déambulation florentine, paysages de montages enneigées, moments
aux sports d'hiver ou au jardin.
Le plus souvent, les ajouts de peinture ne sont pas illustratifs. Il s'agit plutôt d'un "rideau" que Richter pose sur ses photos. Ce faisant, il délimite un espace clos à la scène photographiée. L'espace plat du cliché devient tridimensionnel : c'est ainsi que l'artiste nous présente ses paysages et ses sujets, pris entre le "fond" de la photo et ce rideau de peinture, plus ou moins couvrant, plus ou moins opaque. A nous spectateurs de deviner ce qui se passe vraiment dans chaque scène. L'artiste joue avec ce caché/masqué : certaines séries sont ainsi constituées de la même vue mais couverte de taches de différents formats et positionnements, comme pour nous intimer de regarder telle partie de la photo. C'est ainsi que Richter introduit une infinie subjectivité dans ses photos du quotidien, qui pourraient n'être qu'"objectives" : voilà la scène donnée, tout le monde pourrait la photographier sous cet angle - l'incommensurable banalité du "cliché" - mais moi, sujet singulier, artiste, j'ai décidé de la présenter comme cela, d'en faire cela. A ce (lieu) commun, j'ai apporté mon regard : ma patte, ma pâte de peinture.
Mais il arrive que Gerhard Richter prolonge la photo, l'illustre. Il ajoute
des massifs d'iris (mettons) dans une forêt, des flocons de neige - gouttes
colorées dans un paysage de montagne. Coup de pinceau magique qui ouvre soudain
le grand livre de la poésie. Onirisme fou de ces grandes bulles de savon orangé
qui envahissent le ciel et les cimes. Ailleurs, flocons bleu clair : non
sans jubilation, Richter se plaît à recréer le monde. Ostentation de ce que
l'artiste peut ? Oui, mais aussi mise en garde contre les apparences,
contre ce que l'esprit et l'œil trop imprimés de réflexes ne savent plus
remettre en question. Regardez ces grandes photos de bougies (un cierge tout
simple avec sa flamme) : voici la lumière, la purification, l'éveil... Une
vieille panoplie que Richter nous invite à remballer bien vite, en posant sur
ces sages images des taches d'encre de Chine. Pas de feu sans fumée, pas de
lumière sans ombre, semble-t-il nous dire. Comme une invite à reconsidérer les
choses, le regard que nous y portons.
Revigorant, bien évidemment.
Fotografías pintadas
Gerhard Richter
Jusqu'au 30 août 2009
Fundación
Telefónica
Gran Vía, 28 - Madrid
TLJ sf lun. de 11 h à 21 h, le dim. jusqu'à 14 h
Entrée libre
Une exposition organisée dans le cadre du festival PHotoEspaña 2009, ''Lo Cotidiano''
Comment
clôturer cette série de billets dédiés à au festival 
Quotidien vu très
différemment avec Karen Knorr et sa série
Belgravia : ici est montrée la bourgeoisie anglaise cantonnée
dans une zone résidentielle du centre de Londres. Chaque photo est accompagnée
d'un texte court qui n'en est pas la description, mais résulte de l'entrevue au
cours de laquelle le cliché a été soigneusement préparé. La tranquillité,
l'assurance, pour ne pas dire l'arrogance d'une situation et d'un mode de vie
privilégiés sont mis en scène avec revendication. Un homme assis dans une
chambre tirée à quatre épingles (couvre-lit, tête de lit, murs et plafonds
tendus du même tissu) affirme : "Chaque matin, je me lève et je fais
50 pompes. Je mange du müesli et du germe de blé au petit déjeuner. Tu es ce
que tu manges."
A Madrid,
l'historique et magnifique centre culturel Círculo de Bellas
Artes (expositions, théâtre, concerts, cinéma, conférences, récitals
de poésie... sans compter librairie et très agréable café) accueille dans le
cadre de
Festival de
photographie et d'arts visuels réunissant grands noms et jeunes découvertes,
PHotoEspaña célèbre cette année sa 12ème édition.
On pourra également
parcourir jusqu'au 6 septembre Vida de una fotógrafa 1990-2005
d'Annie Leibovitz à la Communidad de Madrid, rétrospective de près de
200 photos que les Parisiens ont eu l'occasion de voir à la Maison européenne
de la photographie l'été dernier (
« Ma passion n'a
jamais été la photographie "en elle-même", mais la possibilité, en s'oubliant
soi-même, d'enregistrer dans une fraction de seconde l'émotion procurée par le
sujet et la beauté de la forme, c'est-à-dire une géométrie éveillée par ce qui
est offert.
La
mode a été lancée dès la fin du XVIème siècle par les Anglais fortunés, elle
eut rapidement un grand succès auprès des Européens et ne cessa de se
développer au cours des siècles suivants.
Pour autant,
l'exposition réserve bien des surprises. L'une de ses révélations est la
singulière beauté de certains tirages sur papier albuminé, procédé qui offre un
rendu de la lumière du sud tel que l'on croit la "sentir", mais aussi des
contrastes d'une remarquable précision. L'architecture et les perspectives en
sont encore magnifiées. L'on y découvre aussi des photos et des peintures d'une
grande poésie, comme ces vues de Venise au clair de lune, tout à fait
extraordinaires.
Fuyant le
confort bourgeois de sa famille installée en Suisse, Robert Frank arrive aux
Etats-Unis en 1947, pour y découvrir un monde dominé par l'argent. Embauché
pour Harper's Bazaar, il reçoit quelques années plus tard une bourse
de la fondation Guggenheim avec pour objectif d'explorer la civilisation
américaine. S'en suit un voyage de près de deux ans, entre 1955 et 1956, au
cours duquel il prend quelques vingt mille clichés. Il en sélectionnera
quatre-vingt trois (tous exposés ici), réunis dans un livre, Les
Américains, édité d'abord en France, puis aux Etats-Unis.
La
première des deux expositions présentées jusqu'au 28 février à l'Institut
Hongrois de Paris (situé à deux pas du jardin du Luxembourg) concerne un
artiste dont l'univers nous est bien familier.
A l'étage, l'autre
exposition est consacrée à une artiste hongroise peu connue, Júlia Vajda
(1913-1982), épouse du peintre Lajos Vajda. En recherche tout au long de sa vie
entièrement dédiée à la peinture, Júlia Vajda a exploré différents styles, y
compris durant les longues et souterraines années du Rideau de fer.
Aujourd'hui, son pays souhaite faire connaître au public hongrois et étranger
cette artiste dont l'oeuvre abondante et singulière s'inscrit, malgré
l'isolement, dans les courants picturaux européens de son temps.
Elle connaît
l'expérience de modèle très tôt, lorsque, adolescente, son père photographe
amateur la fait poser nue. Très vite, elle devient mannequin vedette pour
Vogue, dont elle fait la couverture en 1927. Les premières photos de
cette exposition, qui en compte plus de cent quarante témoignent de la
plastique parfaite de Lee Miller, bouche charnue, grands yeux rêveurs en
amande, cheveux épais coiffés courts à la mode des années 1920, corps mince et
souple magnifiant tous les vêtements. Elle fait craquer les plus grands, comme
Steichen, Hors Hoyningen-Huene et surtout Man Ray, qu'elle conquit aussitôt
installée à Paris en 1929. Si elle devient sa muse et sa compagne, c'est avec
lui qu'elle s'initie à la technique de la photo dès cette époque. On dirait
d'ailleurs qu'elle ne doit qu'à elle-même son plus beau portrait, avec cet
Autoportrait en serre-tête (publié en 1933), d'une beauté classique et
d'une douceur dignes des grands peintres italiens.
Avec la très belle exposition autour des
premières photographies sur papier britanniques,