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samedi 4 février 2012

Calamity Jane. Théâtre de Paris

Calamity Jane au théâtre de ParisCalamity Jane exista bel et bien, elle vécut durant la seconde moitié du XIXème siècle dans l'Ouest américain, où elle mena une existence tellement hors normes pour une femme de son époque que son nom est rapidement entré dans le patrimoine commun. A tel point que celle qui est née Martha Jane Canary est avant tout devenue un personnage de légende : dans sa biographie se mêlent éléments historiques et fictions en tous genres. Même, selon certains experts, les fameuses lettres à sa fille auraient été inventées de toutes pièces !!

Loin de ces débats d'historiens, la Calamity Jane de Jean-Noël Fenwick, interprétée par Clémentine Célarié et mise en scène par Alain Sachs est parfaitement dans la tradition du personnage : une jeune femme livrée à elle-même dans le Grand Ouest qui pour travailler et par goût se fait "garçon", chevauchant sans peur ni reproche, tirant à la carabine, buvant, jurant et se gouvernant elle-même avec une incommensurable soif d'indépendance et un tempérament de tous les diables.
Elle rencontre Wild Bill Hickok, l'épouse clandestinement, a une fille de lui, divorce, abandonne la petite à des parents adoptifs, poursuit sa route en enchaînant les jobs de durs les plus variés, mais toujours le cœur sur la main, envoyant de l'argent à sa fille et aidant malades et nécessiteux.

Tous ces extrêmes se retrouvent bien sur la scène du théâtre de Paris, incarnés par une Clémentine Célarié toujours incroyable d'énergie et de force d'émotion, et une troupe de comédiens fort à l'aise autour d'elle, à commencer par Yvan Le Bolloc'h en Bill Hickok conforme lui aussi à sa légende.
De cabane en saloon sur fond de désert indien, changement de décor à l'appui de chaque scène, l'on passe en revue autant de tranches de vie qui mises bout à bout restituent l'existence dure, à la fois amusante et émouvante de cette chère Calamity, l'une des premières féministes de l'Histoire...
La mise en scène est de la belle ouvrage, huilée et sympathique, qui porte le spectateur sans dommage jusqu'au bout, mais sans le surprendre non plus, comme si Alain Sachs avait voulu restituer sur les planches l'imagerie la plus classique du Far West, véhiculée durant des décennies à travers films et bandes dessinées sur des ressorts qui semblent aujourd'hui presque désuets.

Calamity Jane
Théâtre de Paris
Pièce de Jean-Noël Fenwick
Mise en scène d'Alain Sachs
Avec Clémentine Célarié, Yvan Le Bolloc'h, Philippe Du Janerand, Isabelle Ferron, Pierre-Olivier Mornas, Tatiana Goussef, Gilles Nicoleau, Michel Lagueyrie, Fannie Outeiro, Patrick Delage, Cyril Romoli, Jordi le Bolloc’h, Cédric Tuffier et Satan le cheval
Du 24 janvier au 19 février 2012
Du mar. au sam. à 20h30, le sam. à 17h et le dim.à 15h30
Billets de 18 € à 65 €
M° Trinité d’Estienne d’Orves, Saint Lazare, Liège, Blanche
Bus: 26, 32, 43, 68, 74, 81 rn

dimanche 11 décembre 2011

Golgota picnic au Théâtre du Rond Point

Golgota picnic, théâtre du Rond-Point

Golota picnic est la pièce écrite et mise en scène par l'Argentin installé à Madrid Rodrigo García, créée en Espagne cette année, et dont on a beaucoup parlé, sans trop évoquer précisément son contenu. Le "bruit" médiatique a en effet concerné essentiellement les réactions violentes qu'elle a suscitées de la part d'un groupe d'excités ultra-catholiques lorsqu'elle a été donnée pour la première fois en novembre en France, au théâtre Garonne à Toulouse.
Une fois constaté qu'il s'agit une fois de plus d'une chapelle d'extrême-droite qui profite de l'événement pour faire de la publicité pour sa propre boutique, et que le dispositif policier installé à Paris met le spectacle et ses spectateurs à l'abri de cette violence, le moment semble venu de parler de la pièce elle-même.

Pour tout dire, l'on en sort plutôt groggy. Et puis finalement, 48 h après, la profondeur de la pièce l'emporte sur ses aspects (très) désagréables.
Pour résumer, il s'agit d'un bon, voire à certains passages d'un très bon texte, mis en scène de façon outrancière et erratique, et suivi d'un long et merveilleux moment de musique.

Le texte est un discours de satire et de dénonciation poétique qui, loin de s'en tenir à la religion comme les manifestations le laissaient penser, concerne toute la société, ses mensonges et ses illusions, qu'il s'agisse du modèle économique inégalitaire, du consumérisme dépourvu de sens, du travail et même de la culture. Sur le christianisme, la charge, plutôt bien menée elle aussi, porte à la fois sur le mythe de Jésus, qui "fut le premier démagogue : il multiplia la nourriture pour le peuple au lieu de travailler coude à coude avec lui", et sur les représentations iconographiques sur lesquelles la chrétienté s'est enracinée, des scènes d'une grande violence. L'effet toxique que l'imagerie sanglante de la crucifixion a produit et continue de produire depuis deux mille ans amène d'ailleurs Rodrigo García à s'interroger, dans le même mouvement, sur les musées qui abritent les tableaux religieux et abreuvent notre culture aujourd'hui encore.

Les comédiens jouent le texte calmement (très bonne chose) mais rapidement, en castillan bien sûr et les non-hispaniques doivent lire vite pour ne pas perdre un mot de ce texte non dénué d'humour, au risque de louper un peu ce qui se passe sur scène. Cela n'est pas bien grave. Avec la caméra qui capte et retransmet tout en très gros plan sur l'immense écran, difficile de ne pas échapper aux "images" du spectacle, qui relèvent en grande partie de dispositifs excessifs. A la longue, l'excès a toujours tendance à tuer le propos. Faire prendre conscience de la violence des images par des effets violents, le procédé est classique et efficace, mais jusqu'à quel point ?
La scène est entièrement couverte de pains briochés pour hamburger, empestant la salle durant tout le spectacle de leur odeur fade et sucrée écœurante. Sinon, ce sont vers de terre, vomi, viande hachée sur la tête, sans compter les ébats mouillés de gel et de gouache de comédiens nus comme vers et exhibant tout le possible avec une conviction pas toujours partagée par le public. Inutile de s'appesantir davantage, on voit le genre : celui qui dégoûte, plus ou moins selon les sensibilités.

Puis tout se calme pour laisser la place à la musique pendant environ 45 mn, temps durant lequel l'Italien Marino Formenti interprète Les sept dernières paroles du Christ sur la croix de Haydn dans une réduction pour piano. C'est lent, très beau ; chacun des neuf mouvements est séparé d'un silence. Grande est l'envie, après cette foire visuelle, de fermer les yeux pour en profiter tranquillement. D'ailleurs, l'auteur de la pièce ne nous y a-t-il pas invité, faisant dire à l'un de ses comédiens : "sautez dans le vide du silence et de la solitude et profitez du recueillement".
Mais un nombre certain d'individus sont incapables d'immobilité physique et mentale. Cela tousse et remue à qui mieux-mieux, quand cela ne quitte pas les lieux bruyamment. Quel dommage et quel oubli de l'Autre, celui qui est sur scène, et celui qui est dans la salle !
Les applaudissement sont ensuite faiblards : endormissement, agacement ? On l'ignore. Mais ce serait mentir que de dire que l'on n'est pas un peu sonné après plus de 2 h de spectacle si hauts en contrastes.

Golgota picnic
Texte, mise en scène et scénographie Rodrigo García
Au piano, Marino Formenti
Avec Gonzalo Cunill, Núria Lloansi, Juan Loriente, Juan Navarro, Jean-Benoît Ugeux
Théâtre du Rond-Point
2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt - Paris 8°
Salle Renaud-Barrault, à 20 h 30, dimanche à 15 h
En espagnol sur-titré, durée 2 h 10
Jusqu'au 17 décembre 2011

Production Centro Dramático Nacional / Madrid, production déléguée Théâtre Garonne / Toulouse, coproduction Festival d’Automne à Paris

Photo Golgota Picnic © Davir Ruano

dimanche 20 novembre 2011

L'Epreuve et Les acteurs de bonne foi, Marivaux à l'Atalante

Les acteurs de bonne foi, Marivaux, L'AtalanteAh, Marivaux, sa finesse psychologique, son sens de l'intrigue, maître dans l'art du jeu, de la dissimulation, et des faux-semblants ! Orfèvre de la langue, il demeure obstinément à la mode, l'un des classiques les plus présents aujourd'hui, souvent joué par et pour les lycéens - ce qui n'avait pas échappé au cinéaste de L'Esquive, Abdellatif Kechiche, qui en 2004 avait mis en scène des jeunes de banlieue s'essayant au Jeu de l'amour et du hasard. Mais si les pièces de cette star de la comédie du XVIIIème siècle continuent de plaire à tous en ce début de XXIème siècle c'est parce qu'à travers leurs dialogues enlevés et aux atours légers, elles sont une ode à la noblesse des sentiments, à l'authenticité de l'amour et à ses élans vrais.

La compagnie suisse du Passage et celle d'Agathe Alexis, avec le Centre dramatique régional de Tours, s'associent pour présenter au théâtre de l'Atalante à Paris un diptyque de courtes pièce du célèbre dramaturge, et qui ne sont pas les plus connues : L'Epreuve, suivie de Les acteurs de bonne foi. Les deux s'enchaînent, formant un spectacle de deux heures dont on ressort d'autant plus enchanté que Les acteurs de bonne foi est de loin la plus originale, la plus amusante et la mieux mise en scène des deux pièces.

L'Epreuve, Marivaux, L'AtalanteL'Epreuve, c'est celle qu'inflige Lucidor, citadin fortuné, à sa bien-aimée Angélique, bourgeoise de campagne, en lui envoyant un faux prétendant en la personne de Frontin son valet déguisé, prétendument richissime et très épris. Si elle accepte, c'est que ses sentiments pour Lucidor ne sont pas véritables... Autour du trio, la suivante d'Angélique, qui croît reconnaître le coquin, et Blaise, fermier cupide et lourdaud, joué pour notre plus grand plaisir par Guillaume Marquet (Molière 2011 du jeune talent masculin pour son interprétation dans Feydeau). Lui et Franck Michaux, irrésistible valet dans les deux pièces, ont tout le talent requis pour interpréter ces rôles de bouffons, volontaires ou malgré eux. Si le reste de la distribution est aussi à l'aise, la réserve vient plutôt de la mise en scène. Ce ne sont pas les intrusions contemporaines qui gênent, mais plutôt le ton et le rythme choisis par Agathe Alexis : à toute vitesse, façon boulevard. Marivaux mérite plus d'égards : ses répliquent se savourent, il faut donc les entendre ; et les ressorts dramatiques ne nécessitent nullement de sacrifier à la convention boulevardière.

Les acteurs de bonne foi de Marivaux à l'Atalante Les acteurs de bonne foi est une véritable perle, dont l'intrigue repose sur une comédie que doit jouer une troupe cocasse, menée par le valet de Mme Amelin, laquelle a décidé, pour amuser la noce de son neveu, et notamment la future belle-mère Mme Argante, de faire donner quelque pochade impromptue. Les répétitions commencent, les acteurs s'emmêlent entre fiction et réalité, la future belle-mère s'offusque, mais Mme Amelin est résolue, face au manque de goût de cette dernière, à faire jouer la comédie coûte que coûte, quitte à jouer elle-même et au détriment de Mme Argante...
On a là un matériau vif et solide, que Robert Bouvier à la mise en scène, et la joyeuse troupe, en grande partie la même que dans L'Epreuve à laquelle s'ajoute l'excellente Sandrine Girard, travaillent admirablement. La mécanique du jeu, de la tromperie et de la moquerie actionne des comédiennes et des comédiens tout à leur affaire, avec une grâce comique impeccable.
Un spectacle chaudement et justement applaudi.

L’Épreuve et Les Acteurs de bonne foi de Marivaux
Théâtre L'Atalante
10, place Charles Dullin - 75018 Paris
Places 20 € (tarifs réduits 10 € et 15 €)
Réservations : latalante.resa@gmail.com ou au 01 46 06 11 90
Jusqu'au jeudi 29 décembre 2011
Lundi, mercredi, vendredi à 20h30
Jeudi, samedi à 19h, dimanche à 17h
Relâche le mardi, les 24 et 25 décembre
Représentation exceptionnelle mardi 27 décembre 2011 à 20h30

L’Épreuve
Mise en scène - Agathe Alexis, assistante - Nathalie Sandoz, son - Jaime Azulay
Avec Robert Bouvier, Marie Delmarès, Nathalie Jeannet, Guillaume Marquet, Franck Michaux, Maria Verdi
Scénographie et costumes - Gilles Lambert, lumières - Laurent Junod

Les Acteurs de bonne foi
Mise en scène - Robert Bouvier, assistant - Olivier Nicola, son - Cédric Liardet
Avec Agathe Alexis, Jaime Azulay, Robert Bouvier, Marie Delmarès, Sandrine Girard, Nathalie Jeannet, Guillaume Marquet, Franck Michaux, Nathalie Sandoz, Maria Verdi
Scénographie et costumes - Gilles Lambert, lumières - Laurent Junod

dimanche 9 octobre 2011

Mort à Crédit. Céline, par Eric Sanson

Eric Sanson, Mort à Crédit, CélineNous nous retrouvons au "cabaret" du théâtre Essaïon, à dire vrai une cave, avec ses murs nus et son odeur de pierre, une poignée de fauteuils rouges et une scène comme un mouchoir de poche à même le sol, sur laquelle trône un immense fauteuil sans âge.

Le noir se fait, l'on devine qu'un homme s'y installe puis, très vite, sa voix monte, tranquille, calme, habitée. Pendant de longues minutes nous restons dans la pénombre, immédiatement saisis par cette voix magnifique que l'on découvre, et ces mots que l'on reconnaîtrait entre mille : ceux de Louis-Ferdinand Céline.

Eric Sanson interprète seul en scène un extrait de Mort à Crédit, où le narrateur se souvient de son premier travail, dans ses toutes jeunes années, chez Courtial des Pereires, directeur d'un périodique pour "artisans-inventeurs", le Génitron.

Décrivant ce personnage fascinant, sa façon de travailler, ses clients illuminés, son atelier qui tenait de la boutique, du laboratoire et de la bibliothèque, sans compter la cave où il allait prétendument méditer et inventer, mais en réalité dormir, le narrateur passe au fil de son séjour chez Courtial de l'admiration la plus étourdie au mépris le plus radical.
La langue sans mesure de Céline pour restituer l'une et l'autre avec force, précision et mouvement n'a d'égale que la puissance d'interprétation d'Eric Sanson. Les mots de Céline, il les savoure, mais jamais ne s'écoute les dire ; il incarne le récit avec rythme et fluidité et captive un public qui se délecte.

En sortant, l'on se souvient avoir cru, un temps, que seul Fabrice Luchini pouvait dire Céline. Or, la nuance est de taille : Luchini lit magnifiquement Céline mais ses spectacles restent toujours du Luchini lisant Céline. Eric Sanson, lui, offre au spectateur la merveilleuse et vivifiante illusion d'avoir vu un roman de Céline se dérouler sous ses yeux, le Bordelais faisant partie de ces rares interprètes capables de mêler ensemble en les respectant absolument les bonheurs du théâtre et de la littérature.

Mort à Crédit
de Louis-Ferdinand Céline
Avec Eric Sanson
Mise en scène : Renaud Cojo
Lumière : Jean-Pascal Pracht
Théâtre Essaïon
6, rue Pierre au lard (à l'angle du 24 rue du Renard), Paris 4ème
Les jeudis, vendredis et samedis à 20h
Places à 20 € (TR 15 €)
Durée : 1 h
Jusqu'au 30 Décembre 2011

Crédit photo © Philippe Poirier

dimanche 2 octobre 2011

René l'énervé au Théâtre du Rond-Point

René l'énervé, opéra bouffe de Jean-Michel RibesOpéra-bouffe, définition : opéra dont les personnages et le sujet sont empruntés à la comédie.
Illustration : René l'énervé ou comment Jean-Michel Ribes pris de malaise depuis plusieurs années "face à la gouvernance de notre pays et de la politique en général" écrit un spectacle enjoué pour dénoncer, rire et faire rire de l'univers politique actuel, bref produire, ainsi qu'il le déclare "une réponse drolatique à ce que j'ai souvent vécu comme une agression de la part de nos gouvernants".

Le spectacle ne fait en rien mentir l'intention du directeur du Théâtre du Rond-Point.

Vingt-et-un interprètes, comédiens-chanteurs plutôt brillants, y assument chacun trois rôles en moyenne, parfois plus, accompagnés par l'orchestre de Reinhardt Wagner, le tout mené avec entrain et bonne humeur.

René est l'épicier agité qu'un jour la majorité désigne homme providentiel pour gagner l'élection présidentielle et emporter tout et tous sur son passage.
Hurtzfuller est son conseiller de tous les instants, un peu excité par l'étranger et prompt à pousser toujours plus haut le ministère des hautes frontières. Ginette et Gaufrette sont les deux opposantes (et souvent opposées) du parti des Progressistes ; Caramella est l'épouse de René qui finit par craquer et se casser ; Bella Donna est la suivante, présentée par l'obséquieux, rusé et inoxydable Jessantout. Nous avons aussi trois nouveaux philosophes, plus préoccupés de télégénie que de pensée, des membres du parti aux noirs brassards Les Cons de la Nation, sans compter quelques écolos vite acquis, un humoriste du genre épais et un Ministre de la tête droite et du menton en l'air...

René l'énervé au Théâtre du Rond-PointIls y sont tous et toute ressemblance avec des personnages connus est parfaitement réussie. Le spectacle passe en revue tous les grands moments de l'actualité "politique" de ces cinq dernières années et n'épargne personne, à droite comme à gauche.

Certes, les ficelles sont parfois grosses et la tonalité assez potache, mais il n'empêche que c'est très bien vu. Les clins d'œil et les jeux de mots s'enchaînent, le rythme général est soutenu ; les idées de mise en scène, les décors et les costumes sont efficaces ; la musique est variée et très plaisante.
C'est donc un très bon moment de divertissement, mais qui n'exclut pas un léger malaise quand le rideau tombe et qu'une question nous assaillit : mais dans quel état de "misère" sommes-nous rendus pour avoir à ce point besoin d'un tel spectacle, pour rire de "ça" ?

René l'énervé
Écrit et mis en scène par Jean-Michel Ribes
Sur une musique de Reinhardt Wagner
Avec Sophie Angebault, Caroline Arrouas, Camille Blouet, Sinan Bertrand, Gilles Bugeaud, Claudine Charreyre, Benjamin Colin, Till Fechner, Emmanuelle Goizé, Sophie Haudebourg, Sébastien Lemoine, Jeanne-Marie Lévy, Thomas Morris, Antoine Philippot, Rachel Pignot, Alejandra Radano, Guillaume Severac-Schmitz, Fabrice Schillaci, Gilles Vajou, Jacques Verzier, Benjamin Wangermée
Théâtre du Rond-Point
Salle Renaud-Barrault - 2 bis, av. Franklin D. Roosevelt Paris 8°
A 21 h, le dim. à 15 h, durée 2 h 30 entracte compris
Places de 16 € à 34 €
Jusqu'au 29 octobre 2011

Photos © Giovanni Cittadini Cesi

dimanche 11 septembre 2011

Festival d'Automne à Paris : ça va démarrer !

Le 40ème festival d'Automne à ParisA l'heure où l'on quitte, gonflé de regrets, ses vagues, ses cimes et ses feuillages, d'autres font chauffer les salles parisiennes pour nous préparer une rentrée tout en douceur : c'est l'équipe du Festival d'Automne qui, pour sa 40ème édition, nous a concocté cette année encore un programme aussi riche que pointu.
Plus de 60 propositions de théâtre, danse, musique, arts plastiques et cinéma nous feront sortir dans de multiples lieux parisiens et franciliens du 15 septembre au 31 décembre.

Comme à l'accoutumée, le 104, le Centre Pompidou, la Cité de la Musique, les théâtres de la Bastille, de la Ville et du Rond-Point, pour n'en citer que quelques uns accueilleront artistes renommés et nouveaux talents venus d'un peu partout dans le monde.

C'est le moment d'ouvrir grand ses yeux, de feuilleter le programme en ligne et de faire sa sélection : des chorégraphes américains aux dramaturges argentins, en passant par la musique mexicaine et les grandes scènes européennes, il y en a pour tous les goûts. Ce sera par exemple l'occasion de découvrir la compagnie DV8 (Dance & Vidéo 8) qui sous l'impulsion de Lloyd Newson agite la scène anglaise depuis 25 ans (théâtre de la Ville du 28 septembre au 6 octobre), ou encore de retrouver le danseur Sud-Africain Steven Cohen (déjà venu au Festival présenter Golgotha en 2009) avec sa pièce The Cradle of Humankind, un lien noué entre l'art contemporain et les origines de l'Homme, la danse faisant ici une incursion du côté des peintures rupestres... (Centre Pompidou du 26 au 29 octobre).

Autre bonne nouvelle, chers lecteurs, dès 3 spectacles réservés - au lieu de 4 - le Festival d'Automne offre aux lecteurs de maglm le tarif abonnés !
Pour en profiter, il suffit de cliquer sur le lien ci-dessous et de se laisser guider. Vous pouvez aussi réserver par téléphone, en précisant que vous êtes lecteur de maglm. Tout simplement !
Très beau Festival et très bel Automne à tous !

Programme, les dates, les lieux : tout savoir sur le Festival

Profiter de l'abonnement spécial partenaires Festival d'Automne
Ou par téléphone au 01 53 45 17 17 du lun. au ven. de 12h à 19h, sam. de 13h à 17h

dimanche 4 septembre 2011

Pieds nus, traverser mon cœur. Michèle Guigon

Michèle Guigon, Pieds nus traverser mon coeurPour son quatrième solo, voici une Michèle Guigon effectivement pieds nus sur scène, au propre comme au figuré ; une Michèle Guigon désarmée, au sens le plus noble, pacifique du terme.

Elle a lutté contre la maladie, expérience qu'elle évoquait, entre crudité et pudeur, de façon très touchante dans son précédent spectacle La vie va où ?, joué 8 mois à Paris, au Lavoir Moderne Parisien, au Lucernaire puis au théâtre du Rond-Point, et dont la tournée continue (le texte est désormais édité en livre CD chez Camino Verde).

Après le combat et la peur, Michèle Guigon veut désormais passer à autre chose, ce qu'elle explique à son public (fidèle) et montre avoir parfaitement réussi. Elle traverse son cœur pour découvrir et faire partager ce qu'il contient : beaucoup d'amour.
Elle raconte son mauvais caractère et comment elle a réalisé à quel point elle pouvait se montrer meilleure.
Ce bien joli chemin, c'est peut-être à travers le deuil de ceux qu'elle a le plus aimés, ses parents, qu'elle peut enfin le suivre tranquillement.

Elle a ainsi compris pourquoi, alors qu'elle était tout enfant, son père qui avait perdu son propre père exécuté par la Gestapo, l'a emmenée voir un camp de concentration pour lui montrer de quoi l'homme était capable. Sa mère recueillant sa fillette effrayée par ce qu'elle voyait et entendait avait alors dit à son mari : "Mais tu es fou !". Michèle Guigon sans se départir de son merveilleux sourire conclut : "Oui, il était fou, il était fou de douleur", avant d'ajouter : "On est tous fous de douleur quelque part".
C'est parce que son père n'avait jamais trouvé les mots pour parler de ce tragique épisode qu'il l'avait conduite devant les douches funestes.

Les mots, Michèle Guigon, elle, les chérit, les tourne dans tous les sens comme un joailler ses pierres précieuses. Et cela s'entend : ce spectacle est magnifiquement écrit (à quatre mains, avec son amie et complice de travail Susy Firth). C'est un petit bijou de délicatesse, d'élégance, de profondeur, de sagesse et, par la grâce de ces plumes inspirées, tout autant de légèreté.
Car Michèle Guigon ponctue cette façon de récit autobiographique de délicieux aphorismes qui, comme il se doit, disent juste tout en provoquant irrésistiblement rires et sourires. On n'en livrera ici aucun, tant doit rester entier le plaisir de les découvrir de la bouche de Michèle Guigon, cette artiste qui s'espère un peu poète - on la rassure - et trouve ainsi le moyen de transformer la douleur. En voici la preuve avec cette très poignante chanson que Michèle accompagne du souffle doux de l'accordéon :

Dis Maman
Cette cloche qui sonne le glas Maman
Voilà qu'aujourd'hui c'est pour toi Maman
Tu vas connaître l'Au Delà Maman
Peut-être tu me raconteras
(...)
Dis Maman
Maint'nant que t'as laissé ta place Maman
Je me prends le vent de pleine face Maman
J'sais pas toujours ce qu'i'faut qu'j'fasse Maman
Dis Maman
Cett' vie qui coule entre nos doigts Maman
T'a permis de m'élever deux fois Maman
La premièr' quand j'étais enfant Maman
Et la seconde maintenant

Pieds nus, traverser mon cœur
Texte Michèle Guigon et Susy Firth
Mise en scène Anne Artigau
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame des Champs 75006 Paris
Jusqu'au 23 octobre 2011
Du mardi au samedi à 20h, et à partir du 11 septembre, les dimanches à 17h
Durée 1 h 15
Places 30 € (TR à 15 € et 25 €)

dimanche 17 juillet 2011

Un fil à la patte. Jérôme Deschamps

Un fil à la patte, Feydeau, Jérôme DeschampsPourquoi évoquer aujourd'hui un spectacle dont les représentations se sont achevées (à guichets fermés) le 18 juin dernier ?

D'abord, parce qu'on ne peut résister au plaisir de faire partager la joyeuse soirée passée en compagnie de la troupe du Français dirigée par Jérôme Deschamps - qui fut d'ailleurs lui-même dans les années 1970 pensionnaire de la Comédie-Française avant de créer les Deschiens - dans cet inoxydable texte de Georges Feydeau.

Mais surtout, pour signaler que la pièce sera à nouveau donnée dans la salle Richelieu en décembre 2011, avant d'être reprise à l'été 2012.

Dans les vaudevilles de Feydeau, c'est bien connu, tout est affaire de rythme. La situation de départ est classique - ici un Bois d'Enghien désargenté sur le point de faire un mariage de fortune, qui ne sait comment rompre avec sa maîtresse Lucette Gautier, chanteuse de café-concert très éprise.
Mais très vite, l'intrigue se complique de péripéties qui viennent bousculer tant et plus la narration, jusqu'à ne plus savoir, à la fin, comment on en est arrivé là.

Ce rythme trépidant, la mise en scène de Jérôme Deschamps l'imprime parfaitement et l'implacable mécanique roule à merveille.
Quant aux comédiens du Français, ils ont leur très large part dans ce succès. La distribution est parfaitement en place - on a pu entendre des réserves sur Hervé Pierre dans le rôle de Bois d'Enghien à la création de la pièce, mais c'était en décembre dernier et depuis, après plus de six mois de représentations, l'on voit un comédien des plus à son aise dans la puissance comique du Fil à la patte.
Evidemment, c'est Christian Hecq (justement récompensé du Molière du Meilleur comédien 2011) qui remporte les suffrages, mesurés aux éclats de rire et aux applaudissements pendant le spectacle. Jouant de son corps d'une façon étonnante, il fait du rôle de Bouzin - clerc de notaire mesquin et étriqué, à ses heures auteur de pauvres chansons et bouffi de prétentions - le bouffon qui sur scène exaspère son monde et dans la salle dynamite le public.
Florence Vial est une Lucette Gautier délicieuse du naturel qui est le propre du rôle. Ses comparses ne sont pas en reste, que ce soit Dominique Constanza en Baronne qui ne s'en laisse guère conter, mère de la future mariée, ou celle-ci, interprétée par Giorgia Scalett avec tout le mélange de lucidité et de naïveté requis, ou encore Guillaume Galienne, irrésistible en Miss Betting.
Les décors, classiques et lumineux sont tout à fait propos, alors que les costumes - robes longues froufroutantes pour ces dames - achèvent de nous plonger dans la gaité et la frivolité de la Belle Epoque.

Un fil à la patte
de Georges Feydeau
Mise en scène Jérôme Deschamps
Avec Hervé Pierre, Florence Viala, Dominique Constanza, Christian Hecq, Thierry Hancisse, Georgia Scalliet, Guillaume Galienne, Claude Mathieu
Comédie Française
Salle Richelieu - Place Colette 75001 Paris
Du 2 décembre 2011 au 1er janvier 2012 puis du 26 juin au 22 juillet 2012
La pièce a été diffusée le 22 février 2011 en direct sur France 2

dimanche 15 mai 2011

Mille francs de récompense au Théâtre de l'Odéon

Mille francs de récompense mis en scène par Laurent Pelly

Alors que les feux sont braqués sur les écrans cannois, il se passe en ce moment sur les planches parisiennes un grand moment de théâtre, un de ces spectacles intelligents et populaires que l'on attend longtemps et ne vit que trop rarement.

Le texte a près de 150 d'âge et n'est presque jamais joué. Son auteur est pourtant illustre, mais allez savoir pourquoi cette pièce écrite par Victor Hugo en 1865 n'a été éditée qu'en 1934 et montée pour la première fois... en 1961.
Et elle a en tout cas gardé toute sa fraîcheur.

C'est à Laurent Pelly que l'on doit la grâce de (re)découvrir cette œuvre, avec un travail de mise en scène des plus réussis.

Dans cette vaste pièce trépidante, qui tient en quatre actes comme autant d'épisodes d'un feuilleton illustré, l'on croise un député qui parle davantage de finance que de politique, un nouveau riche dégoulinant de vanité qui retourne sa veste à chaque changement de régime, méprisant avec les faibles et obséquieux avec les puissants, un homme né dans le ruisseau qui a tâté trois ans de cachot pour douze sous de forfait et dort depuis à la belle étoile, une fausse veuve-vraie fille, une demoiselle aussi pauvre qu'amoureuse, un huissier vendu au plus offrant, un grand-père malade, musicien, aimant et faussement italien, sans compter un richissime banquier prétendument espagnol et un juge de bois vert...
Avec tout ça, une vraie intrigue, qui tourne autour de mille francs de récompense pour quatre mille à retrouver, mais pour mieux accompagner les véritables questions de la pièce, qui sont celles de la dissimulation, de l'identité et de la fidélité.

La pièce est merveilleusement écrite, pleine d'humour notamment grâce au personnage du vagabond Glapieu qui se fait aussi observateur et commentateur de l'histoire. Victor Hugo, défenseur de la liberté, de l'honneur, du pauvre, de la veuve, du vieux, de la fille et de l'orphelin, y dresse un formidable tableau social du Paris sous la Restauration... dans lequel, hélas, le spectateur de 2011 trouvera bien des thèmes d'actualité.

Ce qu'en fait Laurent Pelly est formidable, à la fois respectueux de l'époque à travers des costumes et des décors impeccables, évitant la surcharge du XIXème dans le premier acte - idée géniale de figurer l'appartement et ses annexes en décor filaire -, faisant tomber la neige nocturne du 2ème sur un somptueux décor, et capable de faire ressortir la modernité de la pièce grâce à un rythme et une direction d'acteurs des plus justes. Tous les comédiens excellent, qui dans l'humour, qui dans l'émotion la plus touchante, tout en mettant en évidence ce que la pièce a de plus classique : cette variété de mensonges petits et grands, bien et mal fondés, ce jeu permanent et cette hypocrisie qui donnent à la vérité toute sa valeur...

Mille francs de récompense
De Victor Hugo
Mise en scène Laurent Pelly
Théâtre de l’Odéon
Jusqu'au 5 juin 2011
Dramaturgie : Agathe Mélinand
Scénographie : Chantal Thomas
Costumes : Laurent Pelly
Lumières : Joël Adam
Son : Aline Loustalot
Avec Vincent Bramoullé, Christine Brücher, Emmanuel Daumas, Rémi Gibier, Benjamin Hubert, Jérôme Huguet, Pascal Lambert, Eddy Letexier, Laurent Meininger, Jean-Benoît Terral, Émilie Vaudou, avec la participation de François Bombaglia
Durée : 3h15 avec un entracte
Places : 10 euros à 32 euros

Créé le 14 janvier 2010 au TNT - Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées, production TNT - Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées

photo © Polo Garat-Odessa

dimanche 17 avril 2011

L’art d’être grand-père de Victor Hugo au Lucernaire

L'art d'être grand-père, Victor Hugo, par Vincent ColinVincent Colin a adapté, pour mieux les mêler, deux textes qui se répondent tendrement : celui de Victor Hugo, L'art d'être grand-père, ouvrage poétique de 1877, et celui de Georges, son petit-fils, qui a publié un texte de souvenirs de son aïeul en 1902.

A la mort prématurée de son fils Charles, Victor Hugo joue auprès de ses petits-enfants Jeanne et Georges à la fois le rôle de père et celui de grand-père. Surnommé par eux "Papapa", il en était totalement gâteau. Il leur racontait des histoires, dessinait pour eux des petites images qu'il leur donnait à titre de bon point, imitait les animaux, les promenait en forêt, et même essayait de leur décrocher la lune... Eux l'adoraient, ravis de trouver en cet adulte impressionnant un fidèle complice.

Ce lien magnifique, le travail de Vincent Colin le fait merveilleusement revivre, notamment grâce à un Albert Delpy étonnant de justesse dans sa barbe blanche et son ventre convexe : ses yeux roulent de malice, son sourire n'est que tendresse, sa voix veloutée se fait l'écrin idéal pour restituer la beauté des vers de Hugo.
Évoquant les souvenirs des enfants, la pétillante Héloïse Godet lui rend la réplique avec bonheur, tour à tour boudeuse, espiègle ou bondissante.
Dans un dispositif scénique très simple, le caricaturiste Victor Hugo est mis à l'honneur, quand, à d'autres moments, le même rond de lumière se prête aux jeux d'ombres chinoises pour mieux illustrer "le souvenir"...
Tout en émotions, voici un bel exemple de mise en scène de la poésie très réussie.

Extrait (La sieste) :

Elle fait au milieu du jour son petit somme ;
Car l'enfant a besoin du rêve plus que l'homme,
Cette terre est si laide alors qu'on vient du ciel !
L'enfant cherche à revoir Chérubin, Ariel,
Ses camarades, Puck, Titania, les fées,
Et ses mains quand il dort sont par Dieu réchauffées.
Oh ! comme nous serions surpris si nous voyions,
Au fond de ce sommeil sacré, plein de rayons,
Ces paradis ouverts dans l'ombre, et ces passages
D'étoiles qui font signe aux enfants d'être sages,
Ces apparitions, ces éblouissements !
Donc, à l'heure où les feux du soleil sont calmants,
Quand toute la nature écoute et se recueille,
Vers midi, quand les nids se taisent, quand la feuille
La plus tremblante oublie un instant de frémir,
Jeanne a cette habitude aimable de dormir ;
Et la mère un moment respire et se repose,
Car on se lasse, même à servir une rose.
Ses beaux petits pieds nus dont le pas est peu sûr
Dorment ; et son berceau, qu'entoure un vague azur
Ainsi qu'une auréole entoure une immortelle,
Semble un nuage fait avec de la dentelle ;
On croit, en la voyant dans ce frais berceau-là,
Voir une lueur rose au fond d'un falbala ;
On la contemple, on rit, on sent fuir la tristesse,
Et c'est un astre, ayant de plus la petitesse ;
L'ombre, amoureuse d'elle, a l'air de l'adorer ;
Le vent retient son souffle et n'ose respirer.
Soudain, dans l'humble et chaste alcôve maternelle,
Versant tout le matin qu'elle a dans sa prunelle,
Elle ouvre la paupière, étend un bras charmant,
Agite un pied, puis l'autre, et, si divinement
Que des fronts dans l'azur se penchent pour l'entendre,
Elle gazouille... — Alors, de sa voix la plus tendre,
Couvrant des yeux l'enfant que Dieu fait rayonner,
Cherchant le plus doux nom qu'elle puisse donner
À sa joie, à son ange en fleur, à sa chimère :
— Te voilà réveillée, horreur ! lui dit sa mère.

L’art d’être grand-père
Textes de Georges et Victor Hugo
Le Lucernaire
53, rue Notre-Dame- des-Champs - Paris 6°
Du mardi au samedi à 20 h et dimanche 17 h
Compagnie Vincent Colin, adaptation et mise en scène : Vincent Colin
Avec Albert Delpy et Héloïse Godet
Scénographie : Marie Begel
Lumières : Alexandre Dujardin, costumes : Cidalia Da Costa
Durée : 1h10
Places : de 15 à 30 €
Jusqu'au 8 mai 2011
Texte publié aux Ed. de L'Harmattan

dimanche 20 février 2011

Romain Duris, Chéreau, Koltès

La nuit juste avant les forêts, Duris, Chéreau, Koltès

On connaissait l'excellent acteur de cinéma, on découvre un extraordinaire comédien de théâtre : Romain Duris fait sa première apparition sur les planches avec La nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès, mise en scène par Patrice Chéreau, montée au Louvre à l'automne et donnée jusqu'au 20 mars au théâtre de l'Atelier.

La pièce est un long monologue, entre récit, discours de révolte et litanie. Un texte qui respire peu, oppressant, difficile. Ce qu'en fait Romain Duris est proprement époustouflant : il devient cet homme dont on ignore l'âge mais que l'on sait usé, qui vit dans la rue, qui est "un peu" étranger, qui a travaillé mais ne travaille plus, refuse l'usine et la domination, qui a connu la guerre et les sombres forêts, subi le racisme et la violence, connu la douceur et la sait dangereuse, s'est blindé petit à petit, ou plutôt a essayé, entretient l'espoir d'un monde meilleur, d'une société plus solidaire.

De l'abattement sur son lit d'hôpital où il est allongé au début de la pièce, il se trouve progressivement, très progressivement, tiré par des moments d'espoir ou de colère. L'on suit cette évolution, happé par la voix, le regard, le corps de Romain Duris. L'incarnation est totale, le travail sur le corps - où l'on retrouve bien la signature de Patrice Chéreau - très convaincant. Vers la fin, il est débout, mais baisse lentement la tête ; en un instant, après l'animation qui l'a soulevé, l'on découvre toute la tristesse de cet homme : en quelques mots, en un geste, éclate sous nos yeux son désarroi profond, et qui soudain ne semble avoir d'autre nom qu'humiliation. Stupéfiant, et bouleversant.

La nuit juste avant les forêts
De Bernard-Marie Koltès
Avec Romain Duris, mise en scène de Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang
Jusqu'au 20 mars
Du mercredi au samedi à 19 heures
Durée 1 h 20
Théâtre de l'Atelier
1, place Charles Dullin - Paris 18°
Places de 15 € à 30 €

© Pascal Victor

dimanche 6 février 2011

Comment s'en sortir dans la vie avec une mauvaise étoile ?

Comment s'en sortir dans la vie, Melo d'Amelie La question est plutôt : comment passer une bonne soirée à rire de bon cœur en ce moment à Paris ?
En allant voir la dernière pièce de Jean-Christophe Barc, truffée de calembours et de bons mots "à l'ancienne" qui marchent formidablement bien, et drôlement interprétée par deux comédiens très convaincants.

L'histoire ? Dans l'entrepôt de stockage d'un magasin de grande distribution au fond d'une très provinciale province, Patrick Martin s'acquitte scrupuleusement de sa tâche : le rangement des cartons. On comprend vite qu'il est là au maximum de ses possibilités, c'est un ancien flic à qui une balle perdue reçue dans le crâne a laissée quelques cases manquantes. Il est joué par Dominique Bastien, hilarant en neu-neu dès les premières minutes.
Arrive un deuxième Patrick Martin, lui a encore toute sa tête, mais a aussi perdu quelque chose : sa splendeur passée d'animateur vedette de la "tévé", comme il dit, aujourd'hui rendu à de pauvres animations de supermarchés. Obligé de se changer entre les cartons, il fait la connaissance de notre simplet, et réciproquement.

Sur ce fond de back-office ordinaire des grands magasins (qui ne manque pas de sel), on assiste à la découverte de deux hommes aux tempéraments opposés, l'un humble, l'autre bouffi de prétention, mais qui ont en commun d'avoir connu la lumière avant de se retrouver dans les "arrière-cours".
La pièce a quelque chose d'intemporel, une force comique qui repose sur un duo improbable, des quiproquos et des jeux de mots savoureux. C'est très efficace et couronné comme les fables d'une jolie morale : le plus lucide n'est pas toujours celui que l'on croit...

Comment s'en sortir dans la vie avec une mauvaise étoile ?
Une comédie de Jean-Christophe Barc
Mise en scène par Jean-Christophe Barc
Avec Dominique Bastien et Jean-Christophe Barc ou Thierry Liagre
Le Mélo D'Amélie
4, rue Marie Stuart - 75002 Paris
M° Etienne Marcel, Sentier ou Châtelet-Les Halles
Du mardi au samedi à 20 h, matinée le samedi à 17 h 30
Durée 1 h 25

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