Calamity Jane exista bel et
bien, elle vécut durant la seconde moitié du XIXème siècle dans l'Ouest
américain, où elle mena une existence tellement hors normes pour une femme de
son époque que son nom est rapidement entré dans le patrimoine commun. A tel
point que celle qui est née Martha Jane Canary est avant tout devenue un
personnage de légende : dans sa biographie se mêlent éléments historiques
et fictions en tous genres. Même, selon certains experts, les fameuses lettres à sa fille
auraient été inventées de toutes pièces !!
Loin de ces débats d'historiens, la Calamity Jane de Jean-Noël Fenwick,
interprétée par Clémentine Célarié et mise en scène par Alain Sachs est
parfaitement dans la tradition du personnage : une jeune femme livrée à
elle-même dans le Grand Ouest qui pour travailler et par goût se fait "garçon",
chevauchant sans peur ni reproche, tirant à la carabine, buvant, jurant et se
gouvernant elle-même avec une incommensurable soif d'indépendance et un
tempérament de tous les diables.
Elle rencontre Wild Bill Hickok, l'épouse clandestinement, a une fille de lui,
divorce, abandonne la petite à des parents adoptifs, poursuit sa route en
enchaînant les jobs de durs les plus variés, mais toujours le cœur sur la main,
envoyant de l'argent à sa fille et aidant malades et nécessiteux.
Tous ces extrêmes se retrouvent bien sur la scène du théâtre de Paris,
incarnés par une Clémentine Célarié toujours incroyable d'énergie et de force
d'émotion, et une troupe de comédiens fort à l'aise autour d'elle, à commencer
par Yvan Le Bolloc'h en Bill Hickok conforme lui aussi à sa légende.
De cabane en saloon sur fond de désert indien, changement de décor à l'appui de
chaque scène, l'on passe en revue autant de tranches de vie qui mises bout à
bout restituent l'existence dure, à la fois amusante et émouvante de cette
chère Calamity, l'une des premières féministes de l'Histoire...
La mise en scène est de la belle ouvrage, huilée et sympathique, qui porte le
spectateur sans dommage jusqu'au bout, mais sans le surprendre non plus, comme
si Alain Sachs avait voulu restituer sur les planches l'imagerie la plus
classique du Far West, véhiculée durant des décennies à travers films et bandes
dessinées sur des ressorts qui semblent aujourd'hui presque désuets.
Calamity Jane
Théâtre de
Paris
Pièce de Jean-Noël Fenwick
Mise en scène d'Alain Sachs
Avec Clémentine Célarié, Yvan Le Bolloc'h, Philippe Du Janerand, Isabelle
Ferron, Pierre-Olivier Mornas, Tatiana Goussef, Gilles Nicoleau, Michel
Lagueyrie, Fannie Outeiro, Patrick Delage, Cyril Romoli, Jordi le Bolloc’h,
Cédric Tuffier et Satan le cheval
Du 24 janvier au 19 février 2012
Du mar. au sam. à 20h30, le sam. à 17h et le dim.à 15h30
Billets de 18 € à 65 €
M° Trinité d’Estienne d’Orves, Saint Lazare, Liège, Blanche
Bus: 26, 32, 43, 68, 74, 81 rn

Ah, Marivaux, sa
finesse psychologique, son sens de l'intrigue, maître dans l'art du jeu, de la
dissimulation, et des faux-semblants ! Orfèvre de la langue, il demeure
obstinément à la mode, l'un des classiques les plus présents aujourd'hui,
souvent joué par et pour les lycéens - ce qui n'avait pas échappé au cinéaste
de L'Esquive, Abdellatif Kechiche, qui en 2004 avait mis en scène des
jeunes de banlieue s'essayant au Jeu de l'amour et du hasard. Mais si
les pièces de cette star de la comédie du XVIIIème siècle continuent de plaire
à tous en ce début de XXIème siècle c'est parce qu'à travers leurs dialogues
enlevés et aux atours légers, elles sont une ode à la noblesse des sentiments,
à l'authenticité de l'amour et à ses élans vrais.
L'Epreuve, c'est
celle qu'inflige Lucidor, citadin fortuné, à sa bien-aimée Angélique,
bourgeoise de campagne, en lui envoyant un faux prétendant en la personne de
Frontin son valet déguisé, prétendument richissime et très épris. Si elle
accepte, c'est que ses sentiments pour Lucidor ne sont pas véritables... Autour
du trio, la suivante d'Angélique, qui croît reconnaître le coquin, et Blaise,
fermier cupide et lourdaud, joué pour notre plus grand plaisir par
Guillaume Marquet (Molière 2011 du jeune talent masculin pour
son interprétation dans Feydeau). Lui et Franck Michaux,
irrésistible valet dans les deux pièces, ont tout le talent requis pour
interpréter ces rôles de bouffons, volontaires ou malgré eux. Si le reste de la
distribution est aussi à l'aise, la réserve vient plutôt de la mise en scène.
Ce ne sont pas les intrusions contemporaines qui gênent, mais plutôt le ton et
le rythme choisis par Agathe Alexis : à toute vitesse, façon boulevard.
Marivaux mérite plus d'égards : ses répliquent se savourent, il faut donc
les entendre ; et les ressorts dramatiques ne nécessitent nullement de
sacrifier à la convention boulevardière.
Les
acteurs de bonne foi est une véritable perle, dont l'intrigue repose sur
une comédie que doit jouer une troupe cocasse, menée par le valet de Mme
Amelin, laquelle a décidé, pour amuser la noce de son neveu, et notamment la
future belle-mère Mme Argante, de faire donner quelque pochade impromptue. Les
répétitions commencent, les acteurs s'emmêlent entre fiction et réalité, la
future belle-mère s'offusque, mais Mme Amelin est résolue, face au manque de
goût de cette dernière, à faire jouer la comédie coûte que coûte, quitte à
jouer elle-même et au détriment de Mme Argante...
Nous nous retrouvons au
"cabaret" du théâtre Essaïon, à dire vrai une cave, avec ses murs nus
et son odeur de pierre, une poignée de fauteuils rouges et une scène comme un
mouchoir de poche à même le sol, sur laquelle trône un immense fauteuil sans
âge.
Opéra-bouffe,
définition : opéra dont les personnages et le sujet sont empruntés à la
comédie.
Ils y sont tous et toute
ressemblance avec des personnages connus est parfaitement réussie. Le spectacle
passe en revue tous les grands moments de l'actualité "politique" de ces cinq
dernières années et n'épargne personne, à droite comme à gauche.
A l'heure où l'on
quitte, gonflé de regrets, ses vagues, ses cimes et ses feuillages, d'autres
font chauffer les salles parisiennes pour nous préparer une rentrée tout en
douceur : c'est l'équipe du Festival d'Automne qui, pour sa 40ème édition,
nous a concocté cette année encore un programme aussi riche que pointu.
Pour son
quatrième solo, voici une Michèle Guigon effectivement pieds nus sur scène, au
propre comme au figuré ; une Michèle Guigon désarmée, au sens le plus
noble, pacifique du terme.
Pourquoi évoquer
aujourd'hui un spectacle dont les représentations se sont achevées (à guichets
fermés) le 18 juin dernier ?
Vincent
Colin a adapté, pour mieux les mêler, deux textes qui se répondent
tendrement : celui de Victor Hugo, L'art d'être grand-père,
ouvrage poétique de 1877, et celui de Georges, son petit-fils, qui a publié un
texte de souvenirs de son aïeul en 1902.
La question est
plutôt : comment passer une bonne soirée à rire de bon cœur en ce moment à
Paris ?