"Liberté incroyable
et intacte : c'est ainsi qu'apparaît Molière près de 350 ans après sa
mort" écrivait Philippe Sollers à l'occasion de la nouvelle édition des
Oeuvres complètes du dramaturge dans la Pléiade (1). C'est tellement
vrai : réécoutez Tartuffe, c'est un suc dont chaque vers vous
délectera. Durant tout l'été, le Théâtre du Lucernaire en propose une
représentation fort réjouissante.
La mise en scène de Philippe Ferran est adaptée à la salle du plateau :
pas de décor spectaculaire ni d'amples mouvements tels que la grande scène de
la Comédie-Française les autorise. Dans le Théâtre Rouge du Lucernaire, le
spectacle repose sur la direction d'acteur et le talent des comédiens. Comme
celle-là est habile et celui-ci au rendez-vous, deux heures durant on ne perd
pas une miette de ce chef d'œuvre corrosif, au comique de tous les
instants.
Tartuffe est, faut-il le rappeler, ce fieffé hypocrite, faux dévot et vrai séducteur qui s'introduit chez le naïf Orgon, le charme de ses doucereuses paroles et de ses pieuses poses, au point de recevoir de lui donation de tous ses biens, tout en cherchant, en coulisse, à obtenir les faveurs de son épouse...
Comme dans L'Avare, l'autoritarisme du père est rudement croqué, la
fraîcheur et les élans spontanés venant des enfants. Mais c'est bien sûr la
faux-culterie dans toute sa spendeur, que Molière applique ici à la dévotion,
qui fait toute la saveur de la pièce.
Marc Chapiteau y fait un Tartuffe inattendu et un peu décalé, mais dont la
suavité de la voix colle exactement au personnage. Jean-Paul Dubois est un
Orgon parfait, calme, agaçant, attachant puis perdu. La scène de la dispute
qu'il partage avec Dorine est un petit bijou, Patricia Varnay donnant à ce rôle
de suivante tout le bagoût, l'aplomb et l'humour exigé par le personnage. Même
bonheur avec Elmire l'épouse d'Orgon : Laurence Guillermaz va du grave au
plus enjoué, mêlant les deux de façon très convaincante dans la scène des faux
aveux avec Tartuffe.
L'on sort du spectacle enchanté, le rythme magnifique des vers de Molière
résonnant encore en tête, mais aussi un brin songeur, car, pour citer à nouveau
Philippe Sollers (1) "comment oublier les noms de ces merveilleuses
marionnettes que vous retrouvez aujourd'hui dans la vie courante ?"...
Tartuffe
De Molière
Mise en scène de Philippe Ferran assisté de Héloïse Martin
Avec Jean-Paul Dubois, Marc Chapiteau, Laurence Guillermaz, David Legras,
Marine Segalen ou Patricia Varnay, Dominique Jayr, Hélène Gédilaghine, Cédrick
Spinassou ou Bertrand Barré, Harold Girard, Walter Hotton
Le Lucernaire - Théâtre Rouge
53, rue Notre-Dame-des-Champs - 75006 Paris
Jusqu'au 11 septembre 2010
Du mardi au samedi à 21 h 30
Durée 2 h
Places de 15 à 30 €
(1) Le Nouvel Observateur du 27 mai 2010
Chaque fois que l'on
monte tout en haut des marches du petit escalier pour accéder au
Paradis, la surprise est la même : on a beau se souvenir que
cette salle du Lucernaire est toute petite, on se demande, en y entrant,
comment il est possible d'y faire cohabiter spectateurs et comédiens.
Que ce soit en
suivant ses chroniques sur France Inter, les spectacles qu'il donne en chansons
ou les souvenirs du temps des Deschiens sur Canal +, l'on se fait de
François Morel, à tort ou à raison, l'idée d'un homme sincère et cohérent, dont
le personnage artistique est l'écume bouillonnante d'une intimité pleine
d'émotions pudiquement habillées.
Découvert hier
soir sur la scène de L'Européen à Paris : Fred Pellerin, un
Quebecois de 33 ans qui exerce le joli et singulier métier de conteur. Conteur
pour adultes : chez Monsieur Pellerin, ça veut dire emporter, faire rire
et émouvoir. Et Fred est aussi musicien et chanteur.
Ce spectacle
nous fait entrer au cœur de l'intimité de femmes musulmanes : leur
sexualité, leur rapport au corps, à cet endroit que les poètes appellent
con ; mais aussi rapport à l'homme et à leurs pareilles.
Après le bouleversant
Mais ce que le spectateur voit aussi, c'est
une troupe de comédiens extraordinaire, faite de tout ce que la société désigne
comme marginaux, handicapés, clochards, malades du corps et de l'esprit. Pippo
Delbonno puise sa force auprès d'eux, il le dit ; c'est criant. Et peu à
peu, la douceur et une étrange beauté viennent combattre la douleur de la mort
et de la culpabilité, et la violence du mensonge.
Emma la clown, c'est une naïveté et un
étonnement enfantins dont surgit la fantaisie la plus pure. Clown géniale, elle
réunit maladresse désarmante et grotesque attachant en un talent comique
irrésistible.
Face à son succès,
Abraham, la très belle pièce écrite, mise en scène et interprétée par
Michel Jonasz (
Le spectacle fait
rire, indéniablement, mais une fois le rideau tombé, on se trouve un peu
glacé.
James Thierrée a
impressionné et conquis le public français avec ses précédents spectacles,
montrés depuis dix ans dans le monde entier et depuis 2003 chaque année à Paris
et en province : "La Symphonie du Hanneton", 
