Lettres d'Iwo Jima (Letters from Iwo Jima). Clint Eastwood
Par Mag le lundi 26 février 2007, 08:00 - Cinéma - Lien permanent
Avec Mémoires de nos
pères, Clint Eastwood a réalisé l'an dernier un film bouleversant
dont le point de départ est la prise de l'Ile d'Iwo Jima par les Américains en
1945.
A peine débarqués, les Marines plantent le drapeau américain sur
l'île. Un photographe immortalise l'instant ; la photo fait la Une des
journaux. Afin de lever les capitaux dont le pays a besoin, le gouvernement
s'en empare, exhibe les "héros". Mais aux aux yeux des intéressés, les
véritables héros étaient au contraire leurs jeunes compagnons d'armes morts à
Iwo Jima.
Clint Eastwood avait magnifiquement filmé les sentiments d'imposture et d'injustice ; le dégoût que les mises en scène patriotiques dont ils faisaient l'objet leur inspirait, y compris celui de soi-même .
C'était un film profondément touchant, terriblement humain.
Lors de la sortie de Mémoire de nos pères, Clint Eastwood annonçait qu'il avait d'ores et déjà tourné un autre film sur cet épisode de la guerre du Pacifique, mais vu du côté japonais.
Du premier au dernier plan, Lettres d'Iwo Jima se
déroule sur cet affreux bout de rocher, "où il fait chaud, où il n'y a rien
d'autre que du sable noir, des bestioles, et même pas d'eau", comme le dit l'un
des personnages principaux, tout jeune soldat, au début du film.
Le nouveau commandant, héros très eastwoodien, organise les
préparatifs de la bataille avec vigueur. Lorsque les Américains lancent
l'offensive, les japonais sont prêts à tout pour défendre leur "terre
sacrée".
D'une mise en scène magnifique, impeccable, servie par une photo noir et
blanc nuancée, accompagnée d'une musique sobre, Clint Eastwood signe ici encore
un film extrêmement humain.
Il y a un moment où on comprend à quel point son projet est réussi,
où Lettres d'Iwo Jima répond
véritablement à Mémoires de nos pères. C'est
celui où les combats éclatent : les balles sifflent, le sable noir vole
sous les tirs, les nuages de fumée se propagent. On tremble pour les japonais
terrés dans les tunnels, et on se souvient avoir vu la même scène dans le
premier volet du dyptique, et avoir alors tremblé de la même façon pour les
Américains.
Là est aussi l'immense talent, la maîtrise totale d'Eastwood : il
s'empare d'un sujet, la défaite des Japonais sur Iwo Jima, ce qui est en soi
inédit ; et il adopte le regard des Japonais, il est complètement
avec eux.
Le film a d'ailleurs été très bien accueilli au Japon où cet épisode douloureux
était resté enterré, avec ses 20 000 morts, sur l'île-mémorial.
Avec Lettres d'Iwo Jima,
Clint Eastwood poursuit la quête qu'il a entreprise depuis plusieurs
films : celle du souvenir, de la mémoire, de l'importance de sa
transmission.
Transmission qui se fait ici encore grâce à des lettres, les lettres que les
pères ont écrites et laissées aux « enfants ».
Et sur ce thème, Eastwood demeure obstinément magistral ; le dernier plan
du film est à couper le souffle.
Lettres d'Iwo Jima (Letters from Iwo Jima).
Clint Eastwood
Etats-Unis, 2006
Durée 2 h 19
A lire : la très bellle interview de Clint Eastwood
dans le numéro de février des Cahiers du Cinéma DVD : Ce film est sorti en dvd
Commentaires
film effectivement très intense avec une musique envoutante