Sargent, Sorolla. Peintres de la lumière (1/2)
Par Mag le lundi 5 mars 2007, 08:00 - Peinture et arts graphiques - Lien permanent
John Singer
Sargent (1856-1925) et Joaquin Sorolla (1863-1923)
ont tous deux rencontré le succès de leur vivant mais sont peu connus
aujourd'hui.
L'exposition se propose - avec succès - de mettre en avant le travail sur la
lumière de ces deux artistes du XIX° siècle post-impressionnisme.
Sargent est né à Florence dans une famille américaine aisée ; il a reçu
une éducation toute européenne.
Sorolla, né à Valence en Espagne, vient d'un milieu beaucoup plus
modeste.
C'est en Espagne précisément que leurs inspirations se sont croisées,
où les deux jeunes artistes ont été très impressionnés par la peinture de
Velasquez, admiration très visible dans certaines de leurs
oeuvres.
Le Petit-Palais , musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris avait donc plus
d'un motif pour effectuer un rapprochement, qui n'a effectivement rien
d'artificiel, entre les deux peintres.
Le parcours, à la fois chronologique et thématique, est étayé de commentaires simples et opportuns. L'éclairage des oeuvres, parfois naturel, est particulièrement réussi.
D'emblée, l'oeil est surpris avec les premiers tableaux d'intérieurs
et portraits de Sargent : Robert Louis Stevenson et
sa femme et Le verre de Porto : on
est loin de l'académisme de la scène d'intérieur. Sargent peint ces couples
appartenant aux classes sociales élevées avec une audacieuse humanité :
sur les deux tableaux, chacun des époux regarde de son côté. Une porte ouverte
sépare Stevenson de sa femme, curieuse sensation ...
Sargent ne manquera d'ailleurs pas de choquer à Paris : le portrait de
Virginie Goutreau Madame X, montrant le modèle les
épaules nues dans une pose alors considérée provocante, exposé au Salon en 1884
va susciter un scandale qui le conduira à s'expatrier à Londres l'année
suivante.
Cet épisode ne lui aura pas porté malchance, bien au contraire :
dans la haute société britannique, il deviendra rapidement le
portraitiste le plus demandé de son époque.
Dans ses peintures de groupe et portraits d'apparat, le rapprochement, comme
pour Sorolla, avec Les Ménines de Velasquez est
évident. Mais ses portraits sont aussi caractérisés par patte qui lui est toute
personnelle, celle d'une certaine « verticalité ».
Les visages blancs, les vêtements pourpres ressortent des décors sombres,
l'équilibre couleurs/composition est très séduisant.
On retrouve ici un contraste qu'on avait admiré plus avant du parcours :
après son séjour en Espagne, Sargent, marqué également par la peinture
de Goya, a réalisé des tableaux de scènes typiquement hispaniques
montrant qu'il a su réinterpréter l'influence des maîtres qui l'ont
inspiré : la magnifique Gitane ou encore
La danse espagnole mettent en scène un clair/obscur
parfaitement apprivoisé.
Plus personnelles sont ses oeuvres tardives : l'aquarelle
autorise un coup de pinceau vif, enlevé, qui capte la lumière et rend la
transparence. Avec Venise, il se place au niveau de
l'eau pour saisir les gondoliers dans un tableau très vivant, magnifiquement
coloré de verts et de bleus. Mêmes teintes et beaucoup de naturel avec
Femme turque au bord d'une rivière : les
vêtements du modèle étendu se fondent avec l'eau et les végétaux qui
l'entourent, pour une impression de repos et de symbiose avec la nature est
très réussi.
Preuve que John Singer Sargent a su déployer son talent dans des oeuvres de
styles extrêmement différents.
Poursuite de la visite des Peintres de la lumière demain en compagnie de Joaquin Sorolla...
Peintres de la lumière. Sargent / Sorolla
Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Avenue Winston-Churchill – Paris 8ème
Jusqu'au 13 mai 2007
Tlj sauf lundi et jours fériés de 10 h à 18 h
Nocturne le mardi jusqu'à 20 h
Tarif 9 € (TR 4,50 € et 6 €)
Catalogue de l'exposition 49 €, Petit Journal 2 €