Le livre au Grand Siècle. Vers le livre populaire (2/4)
Par Mag le mercredi 14 mars 2007, 08:00 - Histoire et civilisations - Lien permanent
Suite
de la conférence à la Bibliothèque nationale de France sur l'histoire du livre
au XVIIème siècle.
Le XVII° siècle est une période de disettes, épidémies, pénuries, de conflits
religieux, militaires, de stagnation, voire de dépression économique.
La Guerre de Trente ans a dévasté le centre de l'Europe, en particulier
l'Allemagne et ses grandes foires de Francfort et de Cologne, et par voie de
conséquence son important commerce du livre.
Malgré ce contexte, l'offre d'imprimés va augmenter de façon
spectaculaire au cours du Grand Siècle.
Cette croissance de l'imprimé concerne le livre bien sûr mais également les
« gazettes » (la Gazette du médecin et journaliste Théophraste
Renaudot est l'ancêtre de nos périodiques), affiches, faire-parts, avis
publicitaires, formulaires, billets d'inhumation (qui étaient placardés sur des
arbres pour inviter la population aux obsèques).
Les colporteurs se déplaçaient dans les campagnes, faisant circuler
livres et autres vecteurs. De ce fait, même les gens qui ne savaient
pas lire étaient imprégnés de l'imprimé.
L'extraordinaire développement de la production et de la diffusion du livre
s'accompagne d'une réduction de son format – le format in octavo devient le
plus courant – et cette tendance concerne les genres les plus valorisés
au XVII° siècle : la littérature profane (théâtre essentiellement) et la
littérature religieuse.
La littérature religieuse prend une importance toute particulière au
XVII° siècle, avec un léger décalage par rapport au concile de
Trente : après la Contre-Réforme, des publications de toutes sortes voient
le jour (catéchismes, livres de prières) et, ce qui est nouveau, s'adressent de
plus en plus aux laïcs.
L'Introduction à la vie dévote, de saint François de Sales fait
l'objet d'une quarantaine d'édition au cours du siècle et devient un véritable
« best-seller ».
Dans un domaine très voisin, la littérature scolaire accompagne
l'enseignement dispensé par les collèges jésuites qui se mettent à couvrir tout
le royaume mais également par les écoles paroissiales (en particulier
en Champagne, Normandie, Bassin parisien).
En favorisant les progrès de l'école, donc de l'alphabétisation, les exigences
religieuses ont en effet joué un grand rôle dans le développement du
livre.
Elles l'ont rendu beaucoup plus accessible aux milieux modestes et créé, avec
de nouveaux lecteurs, de nouveaux besoins : des livres moins longs à lire,
moins intimidants, moins chers.
Ainsi, la Bibliothèque Bleue voit le jour dans la ville de Troyes
grâce à l'imprimeur-libraire Nicolas Oudot, puis à Rouen, deux provinces
proches de Paris et en pointe de l'alphabétisation.
Sont publiés dans cette collection à l'emballage minimaliste (papier médiocre,
broché avec une couverture bleue ou grise qui lui donne son nom) : des
ouvrages pratiques, des farces médiévales, des livres de dévotion, livres de
saints.
Cette édition de colportage s'adresse non seulement aux populations des
campagnes mais aussi aux milieux urbains, à leurs artisans.
Livre brefs, aux prix très faibles : il s'agit bien des premiers
« livres populaires ».
Le livre au Grand Siècle.
Bibliothèque Nationale de
France
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence de Jean-Dominique Mellot,
Service de l'inventaire rétrospectif
Conférence du 8 mars 2007
Le découpage et le titre sont le choix de Mag