Norman Dilworth, Une évolution naturelle
Par Mag le jeudi 12 juillet 2007, 08:00 - Installations et sculpture - Lien permanent
Norman Dilworth,
artiste anglais dont le musée Matisse Le
Catau-Cambresis présente la première rétrospective en France jusqu'au 30
septembre, a sa façon bien à lui de parler de ses oeuvres.
Il montre des carrés de bristol noirs et blancs, dans lesquels il a découpé des
formes géométriques. A partir de ces gabarits, il explique comment ont été
élaborées les « sculptures » accrochées au mur.
Certaines sont si minces que, de loin, on pourrait y voir des tableaux. Une
ambiguïté qui s'explique au regard du parcours de l'artiste, qui, après sa
formation classique en peinture et en sculpture, a commencé par dessiner (alors
très influencé par Giacometti, qu'il avait rencontré lors d'un séjour à Paris),
avant de réaliser ses premières sculptures métalliques, très fines et
linéaires.
Malgré l'évolution de ses travaux, cette prégnance du trait ne quittera
guère Dilworth-sculpteur.
Etrange résultat donc, que ces sculptures murales en noir et blanc, où le blanc
du mur « fait partie de l'oeuvre » ainsi que l'artiste le
souligne.
Mais si l'on suit bien ses explications, avec un zeste de logique et surtout
quelques rudiments de géométrie, on s'aperçoit que l'étrange demeure fort
éloigné de la genèse des oeuvres de Norman Dilworth.
En réalité, il joue avec les règles mathématiques, créant des maquettes dans un
premier temps, avant de transposer la sculpture dans des dimensions qui peuvent
parfois être monumentales.
Son axe géométrique fétiche : l'angle. En découpant un
volume ou une surface, par exemple carrée, et en repositionnant les différentes
parties ainsi créées, il développe « l'idée de progression dans
l'enchaînement des angles ».
On voit alors la rigidité de la forme d'origine éclater en légèreté et
mouvements. Un dynamisme particulièrement saisissant avec Parts of a
square (1985), Black and white line ( 1985-2006), Half by
half by half by half (1988) en bois peint, ou la très grande sculpture en
acier Toon (2007), spécifiquement créée pour l'exposition.
Mais Norman Dilworth, malgré ses explications parfois dignes d'un cours de
géométrie ne se prend pas pour autant au sérieux : « C'est le
jeu de la manipulation qui me plaît. J'aime beaucoup le mot français
ludique » déclare-t-il.
Ce qui fonde ses créations, c'est la multiplication des expérimentations ;
il n'est pas là pour « raconter une histoire » ajoute-t-il.
Certains trouvent à quelques unes de ses oeuvres des airs de ressemblance avec
le monde végétal ? L'artiste ne peut les contredire, puisqu'il s'est
lui-même amusé à les nommer Branching (1994) ou Puff ball
(Fleur de pissenlit, 1972).
Cela étant, il affirme qu'il n'a pas la volonté de reproduire la nature ;
simplement, à force de manipuler des formes mathématiques élémentaires, il
aboutit à un résultat proche de ce qui existe effectivement dans la nature.
Mais la création la plus impressionnante est certainement la dernière du
parcours, pour laquelle il fallut repousser les cloisons :
1.2.3.4.5. (1997/2007).
On y retrouve le jeu de la géométrie cher à Dilworth, mais aussi celui de la
matière et du vide : l'oeuvre semble sculpter l'air et créer un espace à
elle seule, dans lequel on a envie de déambuler, passer dessous et multiplier
les perspectives.
On est alors troublé par une succession de sensations opposées, lourdeur et
légèreté, confort du « rond » et peur de l'anguleux ; tout à
coup on lui trouve de noueuses formes végétales, alors que l'instant d'après on
croit voir surgir le monstre du Loch Ness....
Norman Dilworth, Rétrospective Une évolution naturelle
Musée Matisse Le Catau-Cambrésis
8 juillet – 30 septembre 2007
Petit journal (gratuit), catalogue (102 p., 22 €)
Renseignements pratiques : consulter le billet Musée Matisse Le
Catau-Cambresis
Image : 1.2.3.4.5. (1997/2007), photo Philip Bernard