Des échos au scriptorium
Par Mag le lundi 6 août 2007, 08:00 - Littérature et poésie - Lien permanent
Andreossi a lu
Dans le scriptorium, le dernier roman de Paul Auster, et m'a fait part
de son commentaire.
Il aurait été dommage de prendre le risque de voir ce texte "enterré" avec
le billet du 15
février dernier car l'approche que nous livre Andreossi est très
intéressante :
« Le hasard des rencontres de lectures est quelquefois étonnant. Le scriptorium de Paul Auster m'a remis en mémoire deux ouvrages lus récemment, qui font écho à certains aspects du "roman" de Paul Auster.
On peut se demander pourquoi M. Blank est vieux et amnésique.
Il symbolise sans doute la perte de pouvoir du créateur : comme un vieux
peut être dépendant de ses enfants, M. Blank est totalement dépendant des
personnages qu'il a créés.
Est-il plus libre ou enfermé que ses personnages ? Impossible de répondre
à la question, ils ont le même degré de liberté et d'enfermement.
Malgré cette mémoire défaillante, malgré ses difficultés à prendre soin de son
corps, il lui reste des capacités : l'érection, le pouvoir d'imaginer.
Cette lutte pour conserver quelque chose de son identité malgré la vieillesse rappelle fortement le très beau livre de Max Frisch L'homme apparaît au quaternaire (1) dans lequel le vieil homme s'entoure de papiers collés aux murs, et il veut se prouver lui aussi qu'il est encore capable de performance physique.
Les deux auteurs se rejoignent sur un point : ce qui a été essentiel
dans leur vie, ce qui a été gardé précieusement au coeur de ces hommes est
intransmissible.
Blank est responsable de ce qu'il a créé mais n'a plus aucune responsabilité
sur la manière dont les autres reçoivent et ont reçu ses histoires. Le
manuscrit qu'on lui demande de poursuivre est une histoire archétypique du
monde d'aujourd'hui.
On retrouve tout à fait le contexte du roman de J.M. Coetzee, En attendant les barbares (2) : les confins d'un empire, des luttes de pouvoir opaques, les tentatives d'élimination de ceux qui nous ressemblent le moins.
Et cela ne me fait pas croire du tout à ce que dit la quatrième de
couverture du roman d'Auster ("interrogations profondes sur les responsabilités
de l'Amérique contemporaine face à l'Histoire").
Ces récits archétypiques ne renvoient qu'à l'imaginaire. Ces histoires tournent
en rond, n'ont aucune emprise sur le "réel".
Notre passé (et être vieux, c'est en disposer de beaucoup) ne nous sert à rien
dans le rapport aux autres, il ne sert qu'à nous mêmes ; avec les autres
il n'y a que la cruauté du présent, et quelques rares moments de
rencontre. »
Dans le scriptorium. Paul Auster
Traduit de l'américain par Christine Le Boeuf
ACTES SUD (on peut y
lire les première pages)
147 p., 15 €
(1) Gallimard, Collection Du Monde Entier, 143 p., 11 €
(2) Points, n° 720, 249 p., 6,50 €