La vie devant soi, Emile AjarPrix Goncourt 1975, La vie devant soi a été publié sous le nom d'Emile Ajar, valant ainsi à Romain Gary un deuxième Prix Goncourt, après celui qui lui avait été attribué pour Les Racines du ciel en 1956.

Roman Kacew n'en était pas à son coup d'essai en matière de changement d'identité puisque dès les années 1940, alors qu'il sert les Forces Françaises Aériennes Libres, il adopte le pseudonyme de Gary, qui signifie brûle ! en russe, sa nationalité d'origine.

La vie devant soi est le deuxième des quatre romans publiés sous le nom d'Emile Ajar (cette fois braise en russe), après Gros-Câlin, drôle de récit décalé et attachant, plein d'humour et de mélancolie.

La véritable identité de l'auteur de ces romans ne sera en définitive mise au jour qu'en 1981, un an après la disparition de Romain Gary.
Cette entreprise de mystification extraordinairement réussie ne saurait pour autant éclipser le talent de l'écrivain.

La vie devant soi, c'est d'abord une langue, celle, enfantine et approximative de Momo, jeune garçon arabe élevé par une vieille femme juive. Momo raconte leur quotidien, celui de leur voisinage dans le Belleville des populations immigrées. Il y est question de pauvreté, de prostitution, d'identité, mais aussi de bonne humeur, de religion et de poésie, thèmes évoqués avec le regard à la fois naïf et lucide du petit Momo.
Mais le livre est avant tout une histoire d'amour, car Momo qui ne connaît ni père ni mère n'a que Mme Rosa à aimer et elle n'a que Momo au monde.
L'enfant accompagnera Mme Rosa jusqu'à son dernier souffle, dans un final des plus poignants.

Si les plus belles pages du livre sont certainement celles dans lesquelles Momo livre ses réflexions sur la vieillesse, sa valeur tient aussi au ton léger avec lequel le narrateur exprime sa souffrance.
Le passage dont est issu le titre est magnifique de cette gravité légère. Momo vient d'apprendre du docteur Katz que Mme Rosa est très malade. Assis avec lui dans l'escalier, il se met à pleurer comme un veau :

- Il ne faut pas pleurer, mon petit, c'est naturel que les vieux meurent. Tu as toute la vie devant toi.
Il cherchait à me faire peur, ce salaud-là, ou quoi ? J'ai toujours remarqué que les vieux disent : " tu es jeune, tu as toute la vie devant toi ", avec un bon sourire, comme si cela leur faisait plaisir.
Je me suis levé. Bon je savais que j'ai toute ma vie devant moi mais je n'allais pas me rendre malade pour ça.

La vie devant soi. Emile Ajar
Edition de poche Folio/Gallimard, en ce moment dans un joli étui couleur or, 274 p., 7,40 €