Arthur et George. Julian Barnes
Par Andreossi le vendredi 14 mars 2008, 08:00 - Littérature et poésie - Lien permanent
Arthur est le roi de l’enquête policière,
par l’intermédiaire du héros qui l’a rendu célèbre : Sherlock
Holmes.
George vient d’être libéré, sans raison officielle, après trois années passées
en prison sur les sept qu’on lui avait promis. Arthur Conan Doyle lit le
dossier sur le cas de George Edalji et est immédiatement convaincu que le jeune
avoué condamné « pour avoir grièvement blessé un cheval » ne peut pas
être coupable.
Le livre est l’histoire de la rencontre entre ces deux hommes si différents
l’un de l’autre. Les biographies se construisent d’abord peu à peu, en
parallèle.
L’Angleterre de la fin du XIXème siècle nous est décrite du point de vue d’un
village rural, dans la famille d’un pasteur d’origine indienne marié à une
écossaise, et du point de vue de la classe urbaine aisée, dont les membres
peuvent à la fois adhérer à l’esprit scientifique (Conan Doyle était médecin)
et aux croyances spirites.
Arthur rencontre George et est encore davantage convaincu de l’erreur
judiciaire : « non, je ne pense pas que vous êtes innocent ;
non je ne crois pas que vous êtes innocent ; je sais que vous êtes
innocent ». Et le père de Sherlock Holmes part en enquête sur le terrain.
Il veut comprendre comment la machine policière puis la machine judiciaire ont
pu produire une telle bévue.
Si nous avons l’impression de lire un polar, nous sommes en fait dans le récit
d’une histoire minutieusement reconstituée d’après les documents de
l’époque : George Edalji a bel et bien existé, Conan Doyle a effectivement
pris sa défense.
Mais c’est aussi l’occasion pour Julian Barnes de faire le portrait d’un Arthur
très attachant, pris dans de belles histoires d’amour, auteur prisonnier de son
héros (il a dû ressusciter Sherlock sur la pression de ses lecteurs), animateur
enthousiaste de sociétés spirites.
Mais l’hypothèse centrale du livre est très finement travaillée : pour
Conan Doyle, c’est le racisme qui est à la base de toute l’affaire. Dans une
Angleterre qui affichait haut et fort le respect pour ses minorités, il
devenait impossible de démontrer « l’acte » raciste, même si
souterrainement le sentiment anti étranger œuvrait. C’est la victime même qui
ne peut croire à cette thèse, comme George veut le dire à Arthur :
« Je ne suis pas assez naïf pour ne pas me rendre compte que certaines
personnes me regardent différemment. Mais je suis un homme de loi, sir Arthur.
Quelle preuve ai-je qu’on a agi contre moi à cause d’un préjugé racial ?
Le brigadier Upton essayait de me faire peur, mais il rudoyait sûrement
d’autres garçons aussi. Le capitaine Anson m’a pris manifestement en grippe,
sans m’avoir jamais rencontré. Ce qui m’inquiétait davantage au sujet de la
police c’était son incompétence ».
Un gros roman qui emplit de bonnes heures d’existence par l’impression qu’il
nous laisse d’ouvrage « total », dans lequel individu et société se
comprennent l’un par l’autre.
Arthur et George. Julian Barnes
Traduit de l'anglais par Jean-Pierre Aoustin
552 p., 24,40 €
Mercure de
France (2007)