Babylone au Musée du Louvre
Par Mag le mercredi 7 mai 2008, 08:00 - Histoire et civilisations - Lien permanent
Cité mythique et tour de légende, Babylone
et Babel n'ont cessé de nourrir l'imagination des Occidentaux au fil des
siècles. Elles n'en finissent pas de fasciner, à voir les foules qui se
pressent à l'exposition du Musée du Louvre.
Il n'empêche que Babylone a bel et bien existé, il en reste des traces,
découvertes il est vrai tardivement, à la fin du XIXème siècle. Une double
dimension - historique et mythique - que l'exposition se proposer de
restituer.
Parcours savant, donc - on est bien au Louvre ! - pour présenter quelques
quatre-cents pièces dont beaucoup ne sont pas très "parlantes". L'effort de
vulgarisation n'est pas tout à fait tangible (textes denses avec phrases à
tiroirs, polices de caractères peu lisibles) et l'on se demande ce que les
visiteurs - au demeurant affublés d'écouteurs poussés au volume maximum ;
ce qui peut-être change tout - en retiendront.
Mais finalement peu importe : voici de petites tablettes d'argile
couvertes d'écriture cunéiforme, ; les plus anciennes ont quatre mille
deux cents ans, certaines évoquent des rites qui semblent aussi vieux que le
monde, comme l'interprétation des rêves ; à leur étrange manière, elles
nous parlent de nous. Voici le fameux Code d'Hammurabi, trois mille huit cents
ans d'âge (visible dans le plus grand calme toute l'année dans le même musée,
tout comme un grand nombre d'objets présentés dans cette partie de
l'exposition) : cette stèle en basalte nous dit les lois qui régissaient
la société de la grande Babylone et notamment la célèbre loi du talion. Et ces
stèles de calcaire ou de schiste, belles et finement gravées, véritables pages
illustrées, nous montrent une représentation de la puissance du roi qui fera
long feu : assis sur son trône, associé au disque solaire, autrement dit à
la justice...
Ainsi se déroule sous nos yeux l'histoire de la cité mésopotamienne, du prince
Gudéa de Lagash, modèle du souverain sage et pacifique à Alexandre le Grand qui
y mourut en 323 av. J.-C. (en rêvant de rendre toute sa splendeur à la déjà
vieille Babylone), en passant par Nabuchodonosor II, bâtisseur de la
néo-Babylone, puis la conquête par Cyrus en 539 av. J.-C. et la fin de son
indépendance.
Un saut de puce, et l'on passe des tablettes d'argile et de la culture
cunéiforme (éteinte probablement en l'an 75 de notre ère) aux bons vieux
volumen, la forme de livres que l'on connaît : c'est le moment où
l'exposition s'intéresse à "la Babylone des récits". Parmi les premiers à
s'être attaqués à la question : les Grecs de l'époque classique. Hérodote,
qui ne s'y est probablement jamais rendu introduit des éléments de légende
comme celle de Sémiramis. Puis naît la tradition des "merveilles du
monde" : Babylone, avec ses murailles et ses jardins suspendus y occupe
une belle place.
Evidemment, les écrits bibliques sur la conquête de Jérusalem et la déportation
des Hébreux en Babylonie par Nabuchodonosor II ne sont pas pour rien dans la
légende noire de la cité. Idem pour l'épisode de la Tour de Babel dans la
Genèse, symbole de l'orgueil des hommes.
Plus tard, les peintures illustreront ces malédictions et l'on verra que, de
forme carrée à l'origine, la fameuse tour à étages ou ziggourat de Babylone est
devenue ronde sous le pinceau de Pierre Brueghel l'Ancien et de bien d'autres.
L'on verra également la terrible gravure de Dürer montrant la cité sous les
traits d'une prostituée...
Des récits bibliques au XXème siècle, le rapport à Babylone ne sera qu'ambivalence, passant tour à tour (et selon les points de vue plus ou moins dogmatiques) de la haine à l'émerveillement. L'on voit par là que l'histoire de Babylone relatée dans cette exposition est bien plus que celle d'une ville de l'Antiquité, elle est aussi une histoire de notre pensée, de nos croyances et de nos fantasmes.
Babylone
Jusqu'au 2 juin 2008
Musée du Louvre, Hall Napoléon
TLJ de 9h à 18h, sauf le mardi
Jusqu'à 22h les mercredi et vendredi, 20 h le samedi
Et du 22 mai au 1er juin : jusqu'à 22 h TLJ sauf le mardi et le 29
mai
Entrée 9.50 €
Gratuit le premier dimanche du mois.
L'exposition sera ensuite présentée au Pergamon Museum de Berlin du 26 juin au 5 octobre 2008, puis au British Museum du 13 novembre 2008 au 15 mars 2009
A visiter également : le mini-site de l'exposition
Image : Dragon passant à droite, panneau de briques en relief, terre cuite à glaçure de couleur, H. : 1,16 m ; L. : 1,67 m ; ép. : 8 cm. Règne de Nabuchodonosor II, début du VIe siècle av. J.-C (dernier état de la Porte d’Ishtar), Babylone, Porte d’Ishtar. Fouilles Koldewey 1902, Vorderasiatisches Museum Berlin, VA Bab 4431 - © Olaf M. Tessmer / SMB - Vorderasiatisches Museum Berlin
Commentaires
Cette exposition vaut le détour, même si la lecture de tablettes d'argiles en cunéiforme se transforme rapidement en lecture du commentaire savant qui l'accompagne.
On sent que le fond de l'exposition a précédé la mise en scène, ce qui n'est pas déplaisant mais crée un manque de "direction", d'intention.
Par contre :