Traces du sacré. Centre Georges Pompidou
Par Mag le lundi 26 mai 2008, 09:29 - Peinture et arts graphiques - Lien permanent
Que faire lorsqu'après avoir passé 2
heures dans une exposition présentée comme réunissant des oeuvres
exceptionnelles autour d'un thème inédit, vous en ressortez au bord de la
nausée, avec le sentiment de n'avoir rien vu de beau et une idée de son propos
aussi vague qu'avant d'y entrer ?
Y penser un peu ; laisser reposer une semaine ; voir alors ce qu'il
en reste.
D'abord, l'éblouissement de la première salle Trace des dieux enfuis.
A la fin du XVIIIème et au cours du XIXème siècles, des artistes proclament que
Dieu est mort et enterré : Nietzsche, Germaine de Staël, Munch et surtout
Goya avec sa magnifique gravure issue de la série Les désastres de la
guerre, intitulée Rien, c'est ce qu'il dira. Après son passage
"de l'autre côté", un cadavre nous délivre ce message laconique :
Nada. Il n'y a pas d'autre monde. Il n'y a rien. (1)
Mais il était bien sûr impossible d'en rester là, de contempler tranquillement
cette béance.
C'est ainsi que de Nostalgie de l'infini à L'ombre de Dieu,
l'exposition parcourt les différentes réponses que les artistes ont essayé de
proposer tout au long du XXème siècle à leurs questionnements spirituels une
fois débarrassés des dogmes religieux.
Et il s'agit dès lors pour le visiteur de tenter de s'accrocher vaille que
vaille à cet interminable magma utopico-cosmico-ésotérique (ou quelque chose
comme ça).
Naturellement, la grandiloquence est souvent au rendez-vous ; la laideur
hélas presque autant ; quant aux voix psalmodiant d'entêtantes prières,
elles ne laissent à aucun moment les oreilles en repos.
Les créations psychédéliques peuvent éventuellement divertir. Le reste, pas du
tout.
Avec les abominations du XXème siècle, l'on passe de la question du rapport au
divin à celle de la définition de l'humanité, ce que soulignent les effrayantes
oeuvres de l'entre-deux-guerres, puis celles qui évoquent les horreurs de la
Seconde.
Plus loin, une partie de l'exposition est consacrée à des happenings d'artistes
mettant en scène des rituels sacrificiels et autres cérémonies mystiques
n'excluant pas la communion. La provocation n'est évidemment jamais loin.
Ainsi, en novembre 1969, Michel Journiac, à l'occasion de la Messe pour un
corps célébrée dans la galerie Templon proposait à ses (fidèles)
spectateurs des hosties constituées de rondelles de boudin frit élaboré avec
son propre sang.
Ce n'est qu'un exemple. L'exposition clôturée sur une légèreté de ce ce genre,
l'on en a presque oublié les Kandinsky, Chagall, Matisse, Beuys, Picasso vus au
fil du parcours. De très belles oeuvres assurément. Ailleurs, on les aurait
adorées.
Ici, elles ont semblé plombées, parfois d'une violence excessive (typiquement,
la série mythologique de Picasso autour du minotaure, qui peut être lue de
façon plus ambigüe que ne le fait le commentaire de l'exposition).
Une semaine après, il reste une autre image de cette visite ; celle qui
saisit en sortant de la salle : la splendeur des toits de Paris à perte de
vue sous le soleil rougeoyant. Puis la redescente vers la ville, son bitume et
ses pavés grouillants. Qu'elle est belle cette descente-là, qu'il est bon de
retrouver la chaussée, son air pollué, ses bruits ordinaires et ses impures
odeurs.
Traces du sacré
Centre
Pompidou
Jusqu'au 11 août 2008
TLJ sauf le mardi de 11 h à 21 h
Entrée 12 € (TR 9 €)
(1) Encore quelques jours pour aller voir l'exposition ''Goya graveur'' au Petit-Palais, autrement plus nourrissante que celle-ci