Aquarelle : atelier et plein air. Musée d'Orsay
Par Mag le vendredi 4 juillet 2008, 21:00 - Peinture et arts graphiques - Lien permanent
Il
faut le reconnaître, une aquarelle ne séduit pas forcément du premier coup
d'oeil. Contrairement à la peinture à l'huile et à la gouache, plus hautes en
couleurs, plus pleines, plus aguicheuses, le fin lavis de l'aquarelle a le
charme si discret que l'on pourrait passer devant sans le remarquer.
Un petit tour à la Galerie des Arts graphiques du Musée d'Orsay jusqu'au 7
septembre rectifiera cette erreur. Le choix parmi le fonds du Musée est
resserré - deux salles : bonne raison pour s'y attarder un peu.
Alors que les artistes anglais en étaient friands et maîtres depuis le XIXème
siècle, en France l'aquarelle était traditionnellement réservée à l'exercice du
peintre, à l'étude qui précédait l'exécution de la toile en atelier. Il en est
ainsi des croquis et des esquisses de Pierre Bonnard, Jules Elie Delaunay,
Edgar Degas, Edouard Manet. Ces deux derniers, contrairement à leurs
contemporains plus franchement au coeur du mouvement impressionniste ne furent
jamais des peintres de plein air ; leurs aquarelles ne resteront que des
sortes de notes préparatoires à leurs travaux d'atelier.
Mais passons dans la seconde salle, et nous voici "dehors" avec le peintre de
marines Eugène Boudin (1824-1898), Normand resté fidèle toute sa vie à
Honfleur : scènes de bord de mer, élégantes sur la plage à Trouville, vues
de port. Il fut l'un des précurseurs en France d'un genre nouveau qui allait
connaître un grand succès avec les impressionnistes : la saisie des
paysages en extérieur.
Tout près, les belles aquarelles du néerlandais Johan Barhold Jongkind
(1819-1891) : marines et scènes côtières également, mais dont se dégage
l'impression que la présence de l'eau n'est qu'un prétexte. Le motif qui attire
irrésistiblement l'oeil est le ciel. Immense, toujours différent, parfois d'une
couleur inattendue, il joue l'harmonie avec les autres teintes (superbe vert
mousse du jardin qui fait écho au jaune du ciel dans Jardin de la ferme
Toutin à Honfleur) et constitue l'écrin idéal, faisant magistralement
ressortir la beauté et l'harmonie des compositions.
Quelques mètres plus loin, éblouissement avec Paul Signac et notamment sa
Vue de Bayonne toute multicolore. Fi des teintes délavées, voici de
l'orange, du jaune vif, du bleu Majorelle. Quelle audace, et quel équilibre
remarquable, avec son bouquet de lignes sinueuses pour définir l'eau et les
arbres, et emporter le regard loin des lignes géométriques du bateau et du pont
sur l'autre partie du tableau.
Avant de partir, un regard pour les esquisses de Cézanne, notamment ce Four
à plâtre très épuré mais où la recherche des lignes et des volumes est
tout à fait présente. Au fond, la montagne Sainte-Victoire non peinte apparaît
comme l'émouvante annonce de ce qui suivra. En une cinquantaine d'aquarelles,
ce très bel accrochage nous fait parcourir, discrètement, un chemin fondamental
et passionnant de l'histoire de la peinture.
Aquarelle : atelier et plein air
Musée d'Orsay
Jusqu'au 7 septembre 2008
TLJ sf le lundi de 9 h 30 à 18 h et le jeudi jusqu'à 21 h 45
Entrée 8 € (TR : 5,5 €)
Image : Paul Cézanne (1839-1906), Le Four à plâtre (au fond, la montagne Sainte-Victoire). Vers 1890-1894. Crayon noir et aquarelle sur papier vélin, trous d'épingles aux angles, 42 x 52,9 cm © Photo RMN / © Jean-Gilles Berizzi