Les accommodements raisonnables. J.-Paul Dubois
Par Mag le lundi 15 septembre 2008, 08:00 - Littérature et poésie - Lien permanent
Suivre la
famille Stern pendant douze mois, à travers Paul, quinquagénaire, époux, père,
grand-père et fils, tel est l'objet du dernier roman de Jean-Paul Dubois,
publié comme ses succès précédents aux Éditions de l'Olivier.
Tout commence au mois de février, lorsque Charles, l'oncle paternel de Paul est
incinéré. Dès ce jour, une brique fondamentale de l'édifice familial va se
trouver déplacée : Alexandre, le père de Paul, âgé de soixante-dix-huit
ans, semble redoubler de vitalité. Héritier de la grande fortune de son frère
honni, Alexandre va changer son mode de vie du tout au tout, abandonnant son
habituelle austérité pour adopter le « grand-train » : grand
appartement, grand bateau, grands voyages, le tout porté par une vie amoureuse
flambant neuve.
Qui est Alexandre ? se demande Paul, ne reconnaissant plus son père. Ne
nous a-t-il pas menti toute sa vie ?
Ces questions surgissent au moment où Anna, son épouse, s'éloigne de lui en
plongeant dans la dépression et où une opportunité professionnelle dans le
cinéma lui donne l'occasion de prendre la fuite pour les Etats-Unis pendant
plusieurs mois. Là-bas, il tombe raide dingue de Selma, le sosie d'Anna, de
trente ans sa cadette...
Le roman, qui se déroule entre la région toulousaine et Hollywood, ne fait
pas seulement le récit des difficultés du « vivre ensemble » que pose
sans cesse la famille. Il est aussi une réflexion sur les choix que les
individus font, ou ne font pas, sur la réussite sociale, le succès, l'opulence
matérielle, le monde des apparences, le plaisir, la spiritualité (ou ce qui lui
ressemble - au sujet des Etats-Unis : « la pensée désaxée de ce
pays, cette espèce de religiosité spongieuse, de verroterie
spirituelle... »), et bien sûr la fidélité familiale, les traditions
et la stabilité.
Variation sur les valeurs, les illusions, le temps qui passe, les
« chocs » de la vie et les réajustements qu'ils nécessitent, il ne
fait pas de son narrateur un héros des temps modernes, mais la victime et
l'heureux bénéficiaire à la fois de ces arrangements que l'on fait sur l'autel
familial : ce que Jean-Paul Dubois nomme « Les accommodements
raisonnables ».
Les accommodements raisonnables
Jean-Paul Dubois
Éditions de l'Olivier (août
2008)
261 p., 21 €