Artistes dans la grande guerre. Musée Paul Dupuy, Toulouse
Par Andreossi le vendredi 24 octobre 2008, 21:56 - Peinture et arts graphiques - Lien permanent
Les
musées n’ont pas seulement pour fonction de faire découvrir des œuvres qui
méritent l’arrêt du visiteur.
Dans celui-ci, qui est aussi musée d’art graphique, on dresse le portrait d’une
génération d’artistes dont les travaux auraient peut-être pu garnir le fonds du
musée, si la guerre de 14-18 n’avait décimé les élèves de l’Ecole des Beaux
Arts de Toulouse, comme elle a décimé toutes les professions (en Haute Garonne,
20% des jeunes hommes de 18 à 25 ans ont été tués).
Deux salles sont consacrées aux agrandissements de photographies de ces
« poilus » dont le plus souvent l’épaisseur des moustaches ne permet
pas de distinguer la nature de leur expression : fierté du « devoir
», un mot qui revient au revers des photos, impassibilité de la résignation, ou
ironie grinçante face à l’absurdité de la situation ? L’un d’entre eux,
dans les quelques mots qui accompagnent sa photographie se défini comme
« zigouilleur » à tel régiment d’infanterie.
On se demande alors si tel blessé dont la main disparaît sous les bandages
pourra continuer à exercer son talent, et pour tel autre, amputé d’un bras, si
celui qui lui reste était le bon pour travailler les couleurs.
Devant les photographies des morts, on méditera sur des expressions qui
paraissent étranges (« tué à l’ennemi ») ou sur des circonstances
insolites (« tué dans le déraillement d’un train de permissionnaires
»).
Ces jeunes gens ont laissé leurs fusains réalisés à l’école avant de partir au
front. Après, comme pour toute l’activité hors la guerre, les femmes sont plus
nombreuses à suivre l’Ecole des Beaux Arts. On connaît même le portrait de la
concierge de l’établissement.
Dans la dernière salle, la guerre est mise en images par des dessins de
Dunoyer de Segonzac et des estampes de Jacques Bertrand, qui ont illustré le
livre de Dorgelès « Le tombeau des poètes ». Les dessins semblent réalisés
rapidement, presque à la sauvette : un visage presque d’enfant sous le
casque, un fusil, un soldat debout affalé sur la tranchée, un blessé le front
et les yeux bandés. Les estampes décrivent des scènes, des paysages. Les arbres
sont calcinés, la terre a été bouleversée, ses formes n’ont plus rien de
naturel, images d’une planète inconnue.
Une exposition de mémoire, comme on dit des lieux de mémoire, qui suggère que
parmi tous ces morts presque anonymes certains auraient connu la gloire. Mais
presque tous, sans doute, se seraient contentés de vivre, même anonymement.
Artistes dans la Grande Guerre
Musée Paul Dupuy
13 rue de la Pleau - Toulouse (31)
M° ligne A Esquirol / ligne B Carmes
Jusqu’au 5 janvier 2009
TLJ sf les mardis et jours fériés de 10 h à 17 h
Entrée 3 €, gratuit le 1er dimanche du mois