Mantegna au musée du Louvre
Par Mag le dimanche 28 décembre 2008, 18:00 - Peinture et arts graphiques - Lien permanent
De l'école de Padoue du milieu du
Quattrocento, il a repris ces mille ornementations, guirlandes décoratives,
angelots, fruits rebondis et marbres polychromes, autant de petites festivités
qui animent le tableau et enchantent le regard.
De l'humeur vénitienne, il a aimé la douceur des personnages belliniens, cet
air faussement rêveur d'une Sainte Justine délicieusement drapée d'un
vêtement au rose délicat. Devenu l'époux de la fille de Jacopo Bellini, il a
entretenu, pendant une petite dizaine d'années, un dialogue fructueux avec son
beau-frère Giovanni, autour d'une lumière raffinée, de couleurs vives et d'un
sens narratif proche de celui du théâtre.
Mais c'est peut-être du côté de la sculpture qu'il faut chercher l'inspiration
la plus déterminante d'Andrea Mantegna (1431-1506). En 1443,
Donatello, le plus grand sculpteur de son siècle, le Florentin imprégné des
idées humanistes et du retour à l'Antique vient à Padoue pour y déployer son
art pendant dix ans. De là peut-être est née chez le jeune Mantegna cette veine
sculpturale, monumentale, souvent jugée "sévère", ses mises en perspective et
ses décors antiquisants.
De toutes ces inspirations, la magnifique exposition du Louvre rend compte.
Elle présente le parcours de Mantegna de façon chronologique mais prend soin
d'entourer ses œuvres de celles d'autres peintres de son temps, faisant
apparaître les influences réciproques et les modalités de diffusion des styles,
grâce à des supports comme la gravure ou la collaboration des artistes avec les
artisans, orfèvres, menuisiers, tapissiers, potiers...
Tout autant, ce parcours est un hommage au talent et au succès précoce d'Andrea
Mantegna, de ses premières réalisations, notamment pour la chapelle Ovetari
alors qu'il n'est âgé que de dix-huit ans, au triptyque de San Zeno de Vérone,
resté à son emplacement d'origine mais dont on peut admirer ici réunis les
trois panneaux de la prédelle. Ils témoignent d'un sens de la mise en scène qui
n'a d'égal que celui du détail, digne des maîtres flamands.
Puis, très vite,
Mantegna est demandé à la cour des Gonzague à Mantoue, où il s'installe en 1460
pour y rester jusqu'à sa mort.
Les tableaux et décors les plus splendides - et souvent somptueux - se
succèdent. Si le célèbre Christ mort de Milan n'a pu faire le
déplacement, le musée fait en revanche côtoyer son Saint-Sébastien
avec celui de Vienne, moins monumental mais peut-être plus touchant, et plus
intrigant aussi avec son cavalier dans les nuages. Avec leur décorum
ultra-antique, les deux manifestent la nostalgie d'un âge d'or classique
idéalisé.
A tant d'austérité, les dernières toiles apportent un divertissement
inattendu : avant le cycle des neuf toiles des Triomphes qui
occupèrent ses dernières années, Mantegna dut répondre à la commande d'Isabelle
d'Este Gonzague, qui voulait orner son studiolo de peintures de différents
artistes, et surtout d'oeuvres novatrices. La Minerve chassant les Vices du
jardin de la Vertu offre un ensemble d'êtres étranges symboles de
l'avarice, de l'ignorance, de la paresse... : voici un Mantegna à
l'imagination prolifique, dont la fantaisie et l'inventivité rappellent celles
de certaines de ses gravures, où il trouvait quelque espace de liberté, tels
Le Combat des dieux marins, plein de monstres en mouvement.
Andra Mantegna s'éteint au tout début du XVIème siècle, après avoir croisé
Léonard de Vinci à Mantoue. Il paraît que les deux artistes ne se comprirent
pas. Il faut dire que s'ouvrait alors une autre ère, faite de sfumato
et d'expressions de l'âme ; la "modernité" de Mantegna n'était déjà
plus.
Mantegna
Musée du
Louvre
Jusqu'au 5 janvier 2009
TLJ, sf le mardi, de 9 h à 18 h et jusqu’à 22 h les mercredi et vendredi
Jusqu’à 20 h tous les samedis, les 27,28,29 décembre et les 3,4,5 janvier
Billet spécifique pour l’exposition Mantegna : 9,50 €
Images : Andrea Mantegna, Sainte Justine (1453-1455), Bois; H. : 1,18 m ; L. : 0,42 m, Milan, Pinacoteca di Brera, inv. 165 © Sovr. Beni artistici e storici, Pinacoteca di Brera, Milan et Saint Sébastien (vers 1478-1480 ?), Tempera sur toile de lin; H. : 2,55 m ; L. : 1,40 m Paris, Musée du Louvre, dép. des Peintures, RF 1766 © 2008 C2RMF/ Jean-Louis Bellec