Des vents contraires. Olivier Adam
Par Mag le dimanche 11 janvier 2009, 19:30 - Littérature et poésie - Lien permanent
Dans un
passage Des vents contraires, Paul, le narrateur, dit à son frère Alex
qu'il a rendez-vous avec un producteur de cinéma pour une commande sur les
derniers jours de Nino Ferrer. "Ben c'est gai encore ton truc" lui
fait remarquer Alex. "C'est pour ça qu'il ont pensé à moi" répond
Paul. Clin d'œil d'auto dérision de la part d'Olivier Adam, écrivain et
scénariste lui même connu et reconnu pour ses sujets pas drôles...
Mais, dans ce tout dernier roman, Olivier Adam réchauffe le froid tranchant
du malheur d'une flamme douce et nouvelle.
La femme de Paul a disparu depuis plus d'un an sans qu'aucune explication ni
trace n'ait pu être trouvée, et Paul se retrouve seul avec ses enfants, ses
questions sans réponse et sa souffrance. Il décide de quitter le cadre
francilien du bonheur passé pour s'installer avec ses deux petits à Saint-Malo,
la ville de son enfance. Là, il se fait embaucher par son frère qui a repris
l'auto-école familiale. Cet emploi de dépannage sera pour lui davantage
l'occasion de rencontres et d'embardées au bord de l'eau que de leçons de
conduite.
Des vents contraires est l'un des plus beaux romans d'Olivier Adam,
qui explore avec bonheur la relation fusionnelle d'un père avec ses enfants.
Son narrateur est profondément singulier en ceci qu'il est à la fois très
"mec", fort comme un bœuf, toujours prêt à se défouler sur le sac de sable
pendu dans le garage ou à en coller une à celui qui le cherche, à fumer des
cigares, à picoler jusqu'à plus soif, surtout des alcools forts... mais il est
en même temps un papa-poule incroyable, ultra attentif au silence de son fils,
à la tristesse de la petite dernière, à leur sommeil, à leur appétit, à leurs
envies, à leurs angoisses. Pour voir des étoiles dans leurs yeux, il leur fait
louper une après-midi d'école, construit une balançoire au prix d'une nuit sans
sommeil de plus, monte dans des manèges qui ne sont plus de son âge, dévalise
les magasins de jouets, dort avec eux à même le tapis. La souffrance de ses
enfants privés de leur mère lui fait oublier sa propre souffrance. Leur joie
lui fait croire à un retour possible.
Et puis il y a toutes ces rencontres, le déménageur, la voisine, les élèves,
l'inspecteur de police, des êtres ordinaires, avec leurs poids de malheur,
leurs vieux trucs qui les lestent. Des semblables que Paul aide comme il peut
et qui le détournent de son chagrin. Face à la dureté sociale, à l'aveuglement
administratif, aux jugements péremptoires du monde enseignant, surgissent alors
des moments d'une chaleur inattendue, magnifique.
Sans angélisme, et de son écriture toujours aussi efficace et incisive, mais teintée d'une poésie des plus inspirées pour décrire l'ambiance et les lumières d'une Saint-Malo hors saison, Olivier Adam fait rougeoyer sur son petit monde un doux soleil d'hiver. Il parvient même à contrarier enfin les vents glacés du malheur, par la grâce de la tendresse, de l'amour et de la fraternité.
Des vents contraires
Olivier Adam
Éditions de l'Olivier (janvier
2009), 256 p., 20 €
Des vents contraires est le sixième roman d'Olivier Adam. Il a reçu les prix Goncourt de la nouvelle en 2004 pour Passer l'hiver, France Télévisions 2007 pour Falaises et Jean-Amila-Mecker 2008 pour A l'abri de rien. Il est également l'auteur et le scénariste du roman (2000) et du film (2006) Je vais bien ne t'en fais pas