L’Homme apparaît au Quaternaire. Max Frisch
Par Andreossi le jeudi 5 février 2009, 21:46 - Littérature et poésie - Lien permanent

Quel dommage de ne pouvoir offrir à des amis, sans abandonner son exemplaire,
un livre que l’on a beaucoup aimé !
Livre « épuisé », L’homme apparaît au quaternaire souhaite que son éditeur ait la bonne idée d’une réédition en poche, et plaide ici sa cause.
M. Geiser, seul chez lui, entend le tonnerre gronder. Qu’est-ce que le
tonnerre ? À l’écouter attentivement quand on n’arrive pas à dormir, on
découvre 9 sortes de tonnerre : le tonnerre-détonation, le bégayant, le
fracas, le tintamarre, le timbale, etc. Après cette énumération, le livre
dit : « il serait fâcheux de perdre la mémoire ».
Ne pas oublier cette phrase, elle est le fil conducteur du livre.
M. Geiser sait beaucoup de choses, et il a toujours envie de savoir. Il découpe
des articles dans les journaux, il recopie l’histoire géologique : le
quaternaire commence il y a 1 million d’années et l’homme apparaît au cours de
cette période. Il épingle au mur tout ce savoir, et ne s’intéresse plus à
l’actualité. La télé n’évoque que « des mauvaises nouvelles qui vont
du terrorisme au chômage » (le livre a été écrit il y a 30
ans !).
Les associations d’idées se succèdent dans la tête de M. Geiser, mais l’une
devient une idée fixe : partir seul en montagne, il a son sac à dos prêt.
Certes, à 74 ans, ce sera moins facile qu’il y a dix ans, cela avait été une
simple promenade.
Le voilà parti, à l’aube. Il revient à minuit, après avoir fait le trajet dans
son entier. « Sa mémoire se vérifie : un vaste col, des
pâturages, des murs de pierres sèches en carré et une forêt avec des
clairières, surtout des feuillus (mais ce sont des hêtres, pas des bouleaux) et
quelques maisons disséminées (pas des étables mais des résidences d’été qui
sont abandonnées) et sur la prairie découverte le chemin se perd, c’est presque
toujours comme ça. (…) La certitude que personne ne peut savoir où M. Geiser se
trouve en ce moment, M. Geiser y a pris plaisir ».
Paradoxalement, pour lui qui perd la mémoire, c’est le présent qui pose
problème : « La maison que M. Geiser a quittée à l’aube, sa
maison, qui se trouve à présent dans une autre vallée, n’appartient presque
plus au présent lorsque M. Geiser songe qu’il a habité là pendant quatorze
ans ».
Revenu chez lui, les choses se mélangent davantage dans sa tête, il y a encore
beaucoup de papiers à coller au mur. Et le téléphone qui n’arrête pas de
sonner. Sa fille arrive, alors qu’il a chuté au pied de l’escalier :
« Ce que Corinne veut savoir : pourquoi ces volets fermés,
pourquoi faire tous ces bouts de papier au mur, pourquoi le chapeau sur la
tête. (…) pourquoi parle-t-elle comme à un enfant ? ». M. Geiser
est alors prêt à abandonner ses papiers. « La nature n’a pas besoin de
noms. Cela, M. Geiser le sait. Les pierres n’ont pas besoin de sa
mémoire ».
Max Frisch
Date de parution : 21/09/1982
Gallimard
Collection Du monde entier
152 pages
N.B. de Mag : lire aussi le billet d'Andreossi sur Homo Faber, du même auteur, et celui-ci édité en Folio...
Commentaires
Absolument ! Ce livre était très frais, surtout grâce à ces articles découpés "reproduits" dans le livre ...