Voix off. Denis Podadydès
Par Mag le mercredi 4 mars 2009, 22:00 - Littérature et poésie - Lien permanent
Tant de voix font
un homme ; et peut-être plus de voix encore forment un comédien.
Les convoquant toutes, Denis Podalydès trace, au filet de ses voix,
une manière d'autobiographie, toute en ondulations.
Au commencement, il y a la voix familiale, celle de sa grand-mère
maternelle, de sa mère et de ses frères, qui est aussi la sienne lorsqu'il se
trouve embarrassé, intimidé, emprunté. Une voix qui monte haut, se réfugie dans
les aigus jusque dans le nez.
De la voix de sa grand-mère aussi respectée que crainte lui reviennent ces
déjeuners hebdomadaires dans l'immeuble familial versaillais et son
positionnement, dès l'enfance, dans la fratrie : il est déjà l'amateur de
belles lettres, l'esprit nourri et délicat des quatre garçons.
De la bibliothèque (où il "règne une nostalgie féconde et radieuse, une douceur d'arrière saison, avec cette lame de soleil qui traverse à l'horizontale le salon, à cinq heures du soir au début de l'automne, une douceur de buffet garni, de vieux livres de la NRF...") à la librairie de son aïeule, le jeune Denis ne quitte guère le monde des livres, mais c'est au lycée, auprès d'un camarade de classe lui faisant découvrir Proust dans un passage d'Albertine disparue ("Que le jour est lent à mourir par ces soirs démesurés de l'été"), qu'il découvre le plaisir incommensurable de poser sa voix dans la littérature et la littérature dans sa voix. S'installe alors en lui, pour ne plus le quitter, le besoin de dire, pour mieux les savourer, les textes aimés.
Si les voix des auteurs classiques ont alimenté et modelé sa voix
intérieure, c'est avec celles des grands comédiens qu'il a exercé et trouvé sa
voix de scène. Ses écoutes, empreintes d'autant d'attention que d'admiration,
ses propres répétitions et imitations ont été et demeurent inlassables. Les
évoquer à l'écrit serait vain si elles n'étaient pas perçues et restituées avec
la sensibilité de Denis Podalydès, dont on connaît, depuis Scènes de la vie
d'acteur, son premier ouvrage, la plume finement travaillée. Les
descriptions de voix qu'il nous livre ici sont délicieuses de précisions
métaphoriques et soulignent à merveille l'insaisissable matérialité, la
puissance d'évocation et les réserves de séduction contenues dans une voix
:
Voix de Jean-Louis Trintignant.
Avance à plat jusqu'à la finale, d'un mouvement décisif, régulier, faisant converger la phrase et la mélodie vers le même noeud de sens, qui lui donne sa charge et sa sensualité. Le petit repli délicat, au bout de la dernière syllabe, dit la pointe d'accent du Midi, et délivre en même temps la nuance ironique, amusée, tendre, qui gît dans la voix de Jean-Louis Trintignant. Son mordant est vivace, sa cruauté, infiniment précise, lorsque le rôle réclame qu'il libère les chiens féroces, trop longtemps contenus, de son timbre puissant. (...). Voix tapie prête à bondir, articulée dans une concentration qui parvient à résonner sans sécheresse, voluptueuse.
Voix off
Denis Podalydès
Mercure de France
Collection Traits et portraits
Livre + CD, 250 p., 25 €