Eros d'argile et Thanatos fusionnels
Par Mag le mercredi 15 avril 2009, 21:45 - Installations et sculpture - Lien permanent
Découverte totale et
enchanteresse à l'espace Mitsukoshi-Etoile à Paris, où sont exposées jusqu'au 9
mai 2009 des oeuvres du céramiste Miwa Kyusetsu.
Les "Argiles sculptées", comme il les appelle lui-même, créées par ce
descendant (XIIème du nom) des Miwa, dynastie de grands potiers japonais
bouleversent tout ce que nous connaissons de la céramique.
Bien loin de la poterie traditionnelle en effet se situent ses bols à thé et ses seaux à eau pleins de poésie, nommés Instant de vie ou encore Première floraison, où les lignes douces s'associent aux angles brisés, où la couleur est oubliée pour laisser la place à des dégradés subtils et à la terre brute.
La "révolution" Miwa Kyusetsu a commencé à la fin des années 1960, lorsqu'il
a présenté sa série L'Elégante Vie de Hanako (dite Talon
Aiguille), escarpin au talon incliné, très fin, qui exalte la cambrure de
ce symbole de féminité, ici délicatement bridé et fleuri. En glacis blanc,
parfois teinté de bois de rose, voire entièrement dorés, ils évoquent la
fragilité et l'abandon et annoncent d'autres séries de sculptures, plus
érotiques encore, jambes de femmes repliées et offertes, poitrines généreuses
et épaules de soie. On ne saurait être plus explicite.
Certaines oeuvres sont plus mystérieuses et non moins fascinantes, notamment
l'ensemble de petits personnages isolés, bouddhas immaculés sur le chemin de
l'éveil. Les jeux de matière - raffinement et sensualité du glacis, simplicité
abrupte de l'argile - et de lignes géométriques opposées créent l'espace et la
lumière et semblent vouloir rappeler les contrastes et contrariétés du
monde.
Mais les créations les plus spectaculaires de Miwa Kyusetsu sont ses
monumentales Tombes de l'Antiquité, où l'artiste a mis en scène son
tombeau à venir ainsi que celui de son épouse, en noir et or entièrement.
Objets du quotidien ou symboliques, bouts de squelettes, masques... tout y est
mais n'effraie pas, comme si ce céramiste de 69 ans, après avoir sublimé Eros,
était parvenu à regarder Thanatos en face dans une majestueuse célébration.
Eros d'argile et Thanatos fusionnels
Espace des
Arts Mitsukoshi-Etoile
3 rue de Tilsitt - 75008 Paris
Jusqu'au 9 mai 2009
TJL sauf les dimanches et jours fériés
De 10 h à 18 h
Entrée : 6 euros (TR : 4 euros)
Commentaires
Bonsoir,
Je n'ai malheureusement pas vu cette exposition. Toutefois, son intitulé me fait penser à une remarque de Georges Bataille, qui nous rappelles dans son remarquable ouvrage sur l'érotisme, que la sexualité et la mort sont les deux interdits fondamentaux de notre espèce ! Mais le plus curieux, c'est sans doute ce rapport que les japonais semblent entretenir avec la poterie, puisque les poteries les plus anciennes leur sont attribuées avec la culture Jomon, soit -8000 ans av JC, le début de notre mésolithique !
D'autres part, lors de mes recherches,j'ai eu en 1997 l'occasion de visiter une exposition qui vous aurait sans doute subjuguée : "les cadeaux au Shogun, porcelaine précieuse des seigneurs de Nabeshima". Magnifique exposition réalisée au même endroit. Certaines iconographies reproduites sur les oeuvres avaient en effet attiré mon attention. D'ou ma précipitation pour cette visite.
Enfin, l'hôtesse d'accueil ayant eu l'amabilité de me donner une affichette de l'exposition, je peux si vous le souhaitez vous en fournir une copie.
Bien cordialement,
Mac