L'Ordinaire à la Comédie Française
Par Mag le mercredi 6 mai 2009, 21:25 - Théâtre - Lien permanent
La pièce
entre au répertoire de la Comédie Française cette saison.
L'entrée est double pour son auteur, Michel Vinaver (né en 1927), qui en assure
également la mise en scène, avec la collaboration de Gilone Brun.
Michel Vinaver a fait le choix de l'épure, où seuls les vêtements et
quelques accessoires tiennent lieu de décor. La scène, avancée vers
l'orchestre, amène les acteurs au plus près du public. Le dispositif n'est pas
artifice mais au contraire cohérent avec l'option de l'auteur-metteur en
scène : porter le texte au spectateur. Non pas le lancer, comme on le voit
trop souvent. On est davantage dans l'offrande que dans la projection.
Dans ces circonstances, tout paraît reposer sur les épaules des comédiens. Ils
sont tous très bons, voire même excellents - en particulier Léonie Simaga dans
le rôle de Sue, Elsa Lepoivre dans celui de Pat, Sylvia Bergé dans celui de
Bess ou encore Jean-Baptiste Malatre qui interprète Bob.
Mais ce serait faire fi de la direction d'acteurs, précise, réfléchie, pleine
de sens. La troupe semble se l'être appropriée corps et âme.
L'on sent un plaisir, une conviction, et ceux-ci sont totalement partagés avec
le public.
Le texte (dont la lecture seule vaut déjà le coup) prend sa source dans une
histoire réelle qui a marqué les esprits : celle d'un avion tombé dans la
neige de la cordillère des Andes et dont les rescapés ont dû, pour survivre, se
résoudre au cannibalisme.
Michel Vinaver a transposé l'histoire dans le monde de l'entreprise - dont il
est familier en sa qualité d'ancien PDG de la société Gillette. Le groupe de
survivants compte le président de l'entreprise Housies, spécialisée dans
l'implantation de logements préfabriqués, sa secrétaire, son épouse, ses
vices-présidents, la fille de l'un d'eux et la maîtresse d'un autre. Autrement
dit, à la fois la classe décidante et un cercle aux contours plus fluctuant qui
gravite autour.
La pièce est passionnante en ce qu'elle montre ce que devient cette structure
ultra établie et rigide une fois transposée en conditions extrêmes. Où l'on
voit que l'obsession de ceux qui ont le pouvoir n'est autre que de le conserver
tandis que la priorité de ceux qui ne l'ont pas (ou plutôt de celles qui ne
l'ont pas, puisque bien sûr il s'agit des femmes) est de vivre, voire de vivre
mieux, en trouvant apaisement ou épanouissement. La situation d'isolement, de
danger, de manque et d'incertitude dans laquelle les protagonistes se trouvent
est traitée sans détours ni pathos. L'Ordinaire a près de trente ans,
mais, hormis le contexte politique - on était sous l'ère Reagan - le texte
paraît bien peu daté.
L'audace de Michel Vinaver d'avoir monté la pièce avec tant de sobriété et
de confiance dans la troupe est admirable. On se demande comment ça
tient.
C'est que, pendant 2 h 30, sur ce proscénium pentu et dénudé, les comédiens,
par la seule force de la langue, créent le froid, la faim, la soif, la neige,
la carlingue de l'avion et la chaîne rocheuse. Un brin d'éclairage, une
couverture et une tranche de viande font le reste. Il y a de la magie dans ce
théâtre là, qui prend le texte à bras-le-corps sans craindre de jouer grand et
franc, mais sans cri, presque tranquillement.
L’Ordinaire
Pièce en sept morceaux de Michel Vinaver
Mise en scène de Michel Vinaver et Gilone Brun
Avec Sylvia Bergé, Bess - Jean-Baptiste Malartre, Bob - Elsa Lepoivre, Pat
-
Christian Gonon, Jack - Nicolas Lormeau, Joe - Léonie Simaga, Sue - Grégory
Gadebois, Jim - Pierre Louis-Calixte, Dick - Gilles David, Ed - Priscilla
Bescond, Nan - Gilles Janeyrand, Bill
Comédie
Française
Salle Richelieu - Place Colette 75001 Paris
Jusqu'au 19 mai 2009
En matinée à 14 h et en soirée à 20 h 30
Places de 5 € à 37 €
Renseignements et location : TLJ de 11 h à 18 h aux guichets du théâtre,
par téléphone au 0825 10 16 80 (0,15 € la minute) et sur le site internet
La pièce est publiée chez Actes Sud (Babel, janvier 2009, 255 p., 7,50 €)