Dans la brume électrique. Bertrand Tavernier
Par Mag le lundi 25 mai 2009, 22:00 - Cinéma - Lien permanent
Bertrand Tavernier
est allé en Louisiane pour tourner son dernier film, et il y a mis tout ce qui
fait l'histoire et l'essence des Etats-Unis : la guerre de Sécession, la
justice privée, les armes, les inégalités sociales, les rapports raciaux,
l'alcool, la drogue, la mafia, le cinéma, l'argent, la prostitution,
l'immigration mexicaine, les flics et le FBI.
Et, sur le bayou, pour accompagner son héros, inspecteur aux prises d'une
méchante enquête criminelle, interprété par Tommy Lee Jones, il y a ajouté les
fantômes.
Brumeuse, troublante communication avec les morts. Ce n'est pas pour rien si
"dans les temps anciens, les gens mettaient des pierres sur la tête des
mourants". Même bien plus tard, on n'est jamais à l'abri de la visite d'un
défunt.
L'assemblage de tant d'éléments aurait pu donner un film brouillon, frôlant
tous les thèmes sans en aborder aucun et assommant pour le spectateur.
Il n'en est rien. Dès les premières scènes, dès les premiers mots de la voix
off - le récit de l'inspecteur Robicheaux - le plaisir de cinéma est là. La
fluidité et l'efficacité de la caméra de Bertrand Tavernier embarquent
immédiatement dans le "ici et maintenant" du film, à savoir l'enquête de
Robicheaux, mais aussi son passé, son règlement avec les morts. Autant dire
qu'il est difficile de démêler ce qui captive le plus, de la macabre énigme -
crimes atroces commis contre de jeunes femmes belles et pauvres -, ou du
cheminement personnel de l'enquêteur.
Plus encore, il est impossible, après avoir suivi passionnément Tommy Lee Jones
pendant deux heures, d'imaginer une seule seconde un autre acteur dans la peau
de Robicheaux.
Poliment, il est dit ici que le comédien a collaboré de façon très serrée non
seulement à la manière de jouer, mais aussi au scénario du film de Tavernier.
Ailleurs, on comprend qu'il a été des plus pénibles à diriger. Ce que l'on voit
à l'écran est une interprétation qui semble aller de soi, magnifique, juste,
émouvante. Elle est au service d'un vrai regard de cinéaste, original,
humaniste, et, visiblement, envers et contre tout, amoureux fou des
Etats-Unis.
Dans la brume électrique
Un film de Bertrand Tavernier
Adapté du roman de James Lee Burke
Avec Tommy Lee Jones, John Goodman, Peter Sarsgaard
Durée : 1 h 57