Le ruban blanc. Michael Haneke
Par Mag le dimanche 8 novembre 2009, 18:00 - Cinéma - Lien permanent
La réalisation est
superbe ; elle mérite peut-être à elle seule la Palme d'Or descernée à
Michael Haneke au 62ème Festival de Cannes.
Tourné à l'origine en couleurs afin d'imprimer à la pellicule toutes les
sensibilités de la lumière, le film a été ensuite longuement travaillé pour
obtenir une photo au noir et blanc très délicat, qui restitue la splendeur
tristes des paysages ruraux du nord de l'Allemagne.
Les comédiens ont été soigneusement choisis - surtout les enfants - en fonction
notamment de leurs traits, pour qu'ils soient crédibles dans le temps du film -
1913. Ces jeunes visages qui pourraient bien avoir un siècle contribuent à
l'incarnation époustouflante des personnages, dirigés avec une grande maîtrise
par le réalisateur autrichien. La mise en scène, le montage, fluides et
rapides, ne se voient pas à force de science de l'art, tout comme la durée du
film, bâti sur un scénario solide et délicieusement égarant. Il démarre très
vite, avec une succession d'étranges événements survenant dans cette communauté
paysanne de Prusse construite autour du pasteur, de l'instituteur, du médecin,
de l'aristocrate propriétaire du domaine et de son régisseur. Le médecin est
victime d'un "accident" de cheval provoqué par un câble, le fils du baron est
brutalisé, un nourrisson exposé au froid glacial... La criminalité se déploie,
insidieusement, imprévisible, jamais résolue, à peine regardée en face, de plus
en plus cruelle. Alors même que sous la haute autorité morale des institutions
et des pères en général, du pasteur en particulier, une éducation stricte est
donnée aux enfants, celui-ci allant jusqu'à attacher aux bras de sa progéniture
un ruban blanc censé lui rappeler l'impératif de pureté et d'innocence.
Innocence, tout est dit ou presque puisque Haneke distille au contraire la
thèse de la culpabilité des enfants... Culpabilité qui renverrait à celle,
vingt ans après, de la génération qui a mis les Nazis au pouvoir. Cette
éducation protestante rigoriste et la violence qu'elle contient auraient
engendré des adultes capables du pire.
Est-si simple ? On touche là à la faiblesse du film : son fond. Car
au delà des limites de la thèse historique contestable, le film est en tout
état de cause totalement monolithique. Si l'on est intimement convaincu des
ravages d'un dressage brutal et sclérosant infligé aux enfants, le propos perd
de sa force lorsqu'il utilise toujours les mêmes arguments et illustrations. Ne
disant qu'une chose, le film tourne sur lui-même et finit par tourner un peu à
vide.
Malgré ce manque de nuances, Le ruban blanc reste un magnifique objet
cinématographique et réserve même quelques passages émouvants, comme celui où
un petit orphelin interroge sa grande sœur et finit par comprendre de la bouche
de son aînée si tendre et aimante, mais franche face à ses questions, ce qu'est
la mort. Certainement le plus beau moment du film, sur un immense fond
noir.
Le ruban blanc (Das Weiße Band - Eine deutsche
Kindergeschichte)
Un drame de Michael Haneke
Avec Christian Friedel, Ernst Jacobi, Leonie Benesch...
Durée : 2 h 24 min