Vincere. Marco Bellocchio
Par Mag le lundi 21 décembre 2009, 22:00 - Cinéma - Lien permanent

Fresque de l'histoire politique italienne des années 1910 aux années 1930, Vincere montre l'ascension de Benito Mussolini, jeune homme socialiste et pacifiste de la région de Trente, bien vite devenu belliciste et fasciste. Galvanisant les foules, son charisme mais aussi sa volonté et son opportunisme le mèneront au faîte du pouvoir. Dans l'ombre de cette victoire éclatante, drame pour l'Italie et pour l'Europe, se déroule durant ces mêmes décennies une autre tragédie : celle d'Ida Dalser, jeune femme aussi belle qu'intelligente, folle amoureuse du futur maître de Rome et qui pour lui sacrifia tout, sa fortune, sa vie, son fils.
Si au départ Mussolini est lui aussi des plus passionnés (avec une
attraction charnelle très forte), dès le déclenchement de la guerre de 1914,
alors qu'Ida est enceinte, il la raye de sa vie et ne veut plus en entendre
parler. En 1915, le petit Benito Albino naît, mais Mussolini avait déjà une
fille et c'est avec la mère de celle-ci qu'il mènera sa vie conjugale et aura
d'autres enfants.
Ida est encore très jeune quand le Duce l'abandonne, mais jamais elle ne
détournera les yeux vers un autre homme ; elle aime aveuglément son héros
et estime avoir seule sa place auprès de lui. Elle se battra, écrira à toutes
les autorités du pays, agira de façon inconsidérée ; elle n'essuiera que
brimades, humiliations, jusqu'à l'enfermement psychiatriques, d'elle-même
d'abord puis de son fils. Tous deux y mourront, dans la souffrance et
l'oubli.
Autant l'histoire est affreuse, autant Marco Bellocchio la filme de façon
brillantissime. Comme si rien n'était trop beau, ni de trop, il a toutes les
audaces. Il y a de l'opéra, du théâtre, et une musique incroyable (signée Carlo
Crivelli) ; des trouvailles à chaque plan, une modulation du rythme, un
souffle qui tient jusqu'au bout. Bellocchio convoque la peinture (terrifiante
inauguration par le Duce de l'exposition Futuriste en 1917) et surtout le
cinéma, au service de la grande Histoire (avec les images d'archives du
triomphe du fascisme), mais aussi de l'histoire d'Ida (scène poignante où elle
découvre le Kid de Charlie Chaplin au début des années 1920).
Du destin sordide d'Ida Dalser, il fait une tragédie magnifique, la montrant en
héroïne sans cesse inspirée et refusant toujours la pitié. Remarquablement
dirigée et douée, Giovanna Mezzogiorno tient son rôle au cordeau de bout en
bout. Le cinéaste met en scène l'ascension du dictateur en faisant jouer
Filippo Tim d'abord, puis par la seule puissance d'images d'archives savamment
montées, et enfin (sacrée idée), par le truchement du fils Benito Albino
imitant son père (joué par le même Filippo Tim). En parallèle, il dénonce avec
non moins d'efficacité et d'inventions l'horreur des institutions
psychiatriques de l'époque et la doucereuse complicité de l'Eglise. Mais il
sait aussi créer des moments d'une poésie folle, comme cette scène inoubliable
où, accrochée aux hautes grilles de l'hôpital, Ida regarde la neige tomber
comme sont tombées ses lettres jetées au ciel avec toute la foi et la rage de
son amour.
Vincere
Un drame de Marco Bellocchio
Avec Giovanna Mezzogiorno, Filippo Timi, Fausto Russo Alesi
Durée 1 h 58