Son excellence, monsieur mon ami. Jérôme Garcin
Par Mag le mercredi 17 mars 2010, 21:30 - Littérature et poésie - Lien permanent
François-Régis
Bastide. Un nom séduisant, avec un prénom (d'emprunt) à la fois bien planté et
un peu en suspens, un patronyme rassurant, mais qui parle à bien peu de monde
aujourd'hui.
Aux auditeurs du Masque et la Plume d'avant les années 1980,
l'émission de critiques de France-Inter vieille de plus d'un demi-siècle. A
ceux qui ont lu, dans le passé, un ouvrage comme les Adieux, prix
Femina 1956. Mais les moins de quarante ans sont rares à connaître l'existence
même de ce personnage disparu en 1996.
Jérôme Garcin, actuel animateur du Masque et la Plume a entretenu
avec cet admirateur et sosie de Cocteau une longue amitié faite de
complémentarité bien plus que de gémellité. Il dévoile dans ce livre les
multiples facettes de cette figure oubliée, en se livrant à un art dans lequel
il excelle : l'art du portrait.
La balade auprès de l'ancien diplomate de François Mitterrand est d'autant plus
convaincante qu'elle se méfie de l'hagiographie. François-Régis Bastide, natif
de Biarritz, éducation catholique bourgeoise, fou de musique et de culture
germanique, se serait rêvé compositeur, de préférence auréolé de gloire. Il a
fait éditeur, journaliste dans les arts, ambassadeur élégant, partisan
socialiste fidèle, écrivain dilettante.
Adorateur des femmes, il a passé sa vie à les séduire avant de rencontrer
l'amour durable, mais c'est sans doute aux hommes qu'il regrette de n'avoir plu
assez ; pour commencer, à lui-même.
Alors cet intello-chic de la Rive gauche, qui, comme tous ceux qui se sont
figés dans leur style, a fini par être démodé, a trouvé un refuge heureux dans
le Var, au milieu des cyprès et des oliviers, prenant les heures aux choses de
l'esprit pour les consacrer à la taille, à l'arrosage et au bon temps.
Vie tout en contrastes, émouvante, celle d'un homme qui a cherché sa place dans
son monde et son époque, vie presque ordinaire, avec ses zigs-zags, ses désirs
et ses frustrations.
En décrivant François-Régis Bastide, en se souvenant de leur profond
attachement, Jérôme Garcin dessine aussi en creux une sorte d'auto-portrait,
d'une plume fine et douce, fidèle à l'ami autant qu'à lui-même, et empreinte
d'une mélancolie bien dans sa veine, que l'on retrouve avec toujours autant de
plaisir.
Son excellence, monsieur mon ami
Jérôme Garcin
Gallimard, 16 € (2008) - En folio, 230
p., 6,10 € (2009)