Gainsbourg - (vie héroïque). Joann Sfar
Par Mag le dimanche 14 février 2010, 15:00 - Cinéma - Lien permanent
En choisissant de
faire de Serge Gainsbourg le sujet de son premier long-métrage, le dessinateur
Joann Sfar ne s'est pas seulement attaqué à un monument national de la chanson.
Il s'est aussi attaqué à un mythe : celui d'un provocateur, qui, dans les
années 1980 a mis le feu dans le paysage médiatique.
Parmi les multiples visages de l'Homme à la tête de choux, l'auteur du Chat du rabbin a pris des options judicieuses. Portés par une réalisation inspirée, ses choix donnent un film brillant, singulier, onirique même.
Le début de l'histoire est celle d'un fils d'immigrés russes juifs, harcelé
par son père du côté du piano, adoré par sa mère et ses sœurs, caché pendant
l'occupation, rejeté par les filles à cause de sa laideur.
La suite est ce que le môme Lucien tirera de tout cela pour devenir Serge
Gainsbourg : une star qui dynamite la chanson française, se balade le nez
au vent dans sa Rolls-Royce, les plus belles femmes du monde lovées contre lui.
Joann Sfar montre comment, pour en arriver là, le bonhomme a été poussé par un
formidable élan de vie et surtout un incommensurable désir de plaire.
Il commence à exister par le dessin, puisque, face aux exigences paternelles,
il a décidé qu'il n'aimait pas le piano. Et c'est lors d'une séance de dessin à
l'Académie de Montparnasse qu'il séduit une femme pour la première fois. Il
n'est encore qu'un gamin, mais armé d'une audace, d'une obstination, d'un
bagout et d'un talent hors du commun : il la séduit en deux
secondes.
Une poignée d'années plus tard, poussé par son démon-ange gardien (c'est toute
l'ambiguïté de son double Gainsbourg, la marionnette surgissant à tout moment
dans le film), qui lui montre le chemin du succès et de l'argent (faciles), il
choisit la chanson. Les femmes sont comme aimantées. Et il fait chanter les
plus belles, Gréco, Bardot, Birkin...
Musicien de génie, as de la provocation (mais qui a ses raisons : il faut
voir le gamin parler aux policiers lorsqu'il va chercher son étoile jaune
pendant la Guerre, puis, des décennies plus tard, balancer un bras d'honneur
aux Paras en furie à la fin de sa Marseillaise), le Gainsbourg de
Joann Sfarr est aussi un homme blessé et émouvant, qui a aimé follement -
magnifiques séquences avec Laetitia Casta en Bardot plus magnétique que jamais
-, souffert tout autant, mais toujours gardé une élégance incroyable. Le
comédien Eric Elmosnino l'incarne d'une façon presque troublante, en
interprétant de surcroît avec une grande justesse certaines des chansons,
choisies parmi les meilleures du grand Serge.

Gainsbourg - (vie héroïque)
Joann Sfar
Avec Eric Elmosnino, Lucy Gordon, Laetitia Casta, Anna Mouglalis
Durée : 2h10 min
Photos © Universal Pictures International France
Commentaires
"se ballade le nez au vent dans sa Rolls-Royce" :
Quel joli néologisme que "ballader", joignant au verbe évoquant la promenade et la flânerie les deux "L" de la ballade poétique et musicale... Cette Mag-elle-aime est trop forte...
Et c'est pas la première fois... j'y tiens à ces deux L... !
Manière en tout cas bien élégante de souligner, merci.