Willy Ronis, une poétique de l'engagement
Par Mag le jeudi 29 avril 2010, 07:00 - Photo - Lien permanent
Que dire face
aux photographies de Willy Ronis, tant l'émotion nous serre la gorge devant la
simplicité des sujets, mis en valeur par une esthétique si juste ?
Le regard, "on l'a ou on ne l'a pas", disait-il. Des 150 tirages
présentés à la Monnaie de Paris, aux thèmes aussi divers soient-ils, aucun qui
ne soit dépourvu de ce fameux regard, venant imprimer en nous le
cliché tel une œuvre d'art.
Willy Ronis, décédé le 11 septembre dernier après avoir participé à une
rétrospective de son œuvre aux Rencontres d'Arles 2009 aurait eu cent ans cette
année. L'exposition de la Monnaie de Paris propose une première exploration du
très riche fonds dont il a fait donation à l'Etat français. Au fil de cinq
thématiques - la rue, le travail, les voyages, le corps et sa propre biographie
- l'on retrouve des photographies célèbres, tout en découvrant des facettes
moins connues de son travail, notamment celui effectué lors de ses voyages en
Europe ou ailleurs.
Comme les autres grands humanistes, Willy Ronis a d'abord photographié les
rues de Paris, celles du Paris populaire, ses cafés, ses badauds, ses passants,
Belleville, Ménilmontant, Montmartre, la fête foraine - qui lui donnait le
cafard -, et la banlieue aussi, comme les bidonvilles à Nanterre.
Engagé auprès des
Communistes, il a photographié les usines textiles et automobiles, a montré les
piquets de grève chez Citroën, femme haragant les autres travailleurs, ouvrier
brandissant sa fiche de paye, un autre surveillant l'outil de production dans
les usines désertées.
En 1967, en pleine guerre froide, il a passé cinq semaines en RDA, avec des
excursions à Prague et à Moscou. Il est allé à Londres, à New-York, aux
Pays-Bas, en Belgique, à Venise, à Naples... Plus tard, il est allé sur l'Ile
de la Réunion. Sans misérabilisme, il a saisi les vivants de ces rues, gens
simples, enfants, femmes, vieillards (magnifique vieux lançant sa boule de
pétanque à Aubagne !), en faisant de chacune de ses prises un tableau. Les jeux
de lignes sont parfaits. Les oppositions créent la surprise et l'équilibre. La
mise ne valeur d'un détail renvoie à un autre. Les oppositions de lumière en
clair-obscur sont proprement picturales (Noël, boulevard Haussmann,
1952) ; certains nus évoquent la peinture de Dominique Ingres.
Avec toujours, à fleur de pellicule, une pointe de mélancolie, que Willy Ronis ne reniait ni n'affichait : "J'ai creusé mes sillons avec mon instinct, ma petite honnêteté, chanté ma chanson à mi-voix ; je me suis souvent fait plaisir et cela compense le reste que, par bonheur, on oublie facilement".
Willy Ronis, une poétique de l'engagement
Une exposition coproduite par le Jeu de Paume et la Monnaie de la Paris, avec
le concours de la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine / Ministère de
la culture et de la communication
Monnaie de Paris - 11, quai de Conti - Paris 6°
Jusqu'au 22 août 2010
TLJ sf le lundi et le 1er mai, de 11 h à 19 h, le jeudi jusqu'à 21 h 30
Entrée 7 € (TR 5 €)
Images : Willy Ronis, Usine de textile du Haut-Rhin, 1947, tirage
argentique, 40 x 30 cm © Ministère de la culture et de la communication &
Stéphane Kovalsky / dist. Agence Rapho
et Willy Ronis, Lorraine en hiver, 1954, tirage argentique, 36 x 26 cm ©
Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky / dist.
Agence Rapho