Le salon des berces. Gilles Clément
Par Andreossi le dimanche 8 août 2010, 21:00 - Littérature et poésie - Lien permanent
Il peut nous paraître
évident qu’une maison est cet espace, plus ou moins fermé, plus ou moins
ouvert, resserré entre des murs, qui délimite bien un dedans et un
dehors.
Ce n’est pas le sentiment de Gilles Clément. Dans sa maison on trouve la
chambre des fougères, le champ, le perchoir, le pommier couché, le salon des
berces (ces hautes plantes à grandes ombelles blanches), ou le potager
(« qui fait chambre à part »).
Dans cette collection où l’éditeur demande à un écrivain d’évoquer sa
maison, celle que Gilles Clément nous présente s’étale sur 5 hectares. Certes,
s’y niche aussi une partie bâtie, construite de ses mains au long des années,
en charriant des pierres dans sa 4L (on a ainsi une idée de l’époque), avec
l’aide parfois de quelques amis.
Mais ce bâti dont Clément nous décrit l’histoire n’apparaît pas comme le lieu
principal de vie.
Car dans cette longue élaboration, l’homme est construit autant qu’il
construit. Et quel homme est ainsi façonné ? Clément le jardinier,
professionnellement paysagiste, inventeur passionnant du tiers paysage, du
jardin en mouvement, du jardin planétaire.
Nous sont ainsi contés sa mise en autonomie individuelle (l’exclusion de la
Grange parentale pour la conquête de la Vallée), son désir de créer un univers
à lui (symboliquement non connecté au réseau électrique), cet univers comme
tremplin à son travail de créateur pour les autres (jardins privés et jardins
publics), sa passion pour ceux et celles qui ont fait vivre les paysages
d’antan. Car ce paysage creusois où se cache la Vallée, au sol plutôt ingrat
(« un chou averti d’y être planté meurt à l’avance » !), ce sont
ses paysans voisins et leurs ancêtres qui l’ont élaboré. Gilles Clément nous
présente ici Fernande, Roger, Marcel et d’autres d’une manière
exceptionnellement juste. Le jardinier est aussi écrivain.
C’est à la Vallée que le jardinier a découvert le mouvement qui anime les
plantes voyageuses, et tout l’art de l’intervention minimale. Et en même temps
l’importance du geste, car une fois accompli, le geste prendra son envol
:
« Je peux espérer qu’au-delà du bâti et quel que soit le moment où
celui-ci aura atteint ses limites, le projet, au lieu de connaître un terme,
continuera de s’épanouir et par le jardin, indéfiniment, conduira le regard au
devant ».
Le salon des berces
Gilles Clément
Nil éditions, 2009.