Matisse, Cézanne, Picasso... L'aventure des Stein
Par Mag le samedi 26 novembre 2011, 22:00 - Peinture et arts graphiques - Lien permanent
Il
semble qu'à jamais ces tableaux resteront dans notre mémoire. Ces paysages de
Matisse, sa Femme au chapeau, son Nu bleu, ces portraits de
Picasso, son Meneur de cheval nu, cette Femme renversée de
Degas, cette Sieste de Bonnard, cette Femme de l'artiste dans un
fauteuil de Cézanne...
Ils viennent de New-York, Chicago, San Francisco ou Los Angeles, de la
fondation Barnes ou de collections particulières, et sont enfin réunis sous nos
yeux !
Ces œuvres immenses sont celles achetées par les Stein, Américains d'origine
juive, fous d'art et fous de Paris, au point de s'y établir et, pour Gertrude,
d'y rester pendant les funestes années de l'Occupation. Au tout début du XXème
siècle, ils ont décidé de soutenir des peintres "hérétiques", dans un monde de
l'art qui alors digérait tranquillement l'impressionnisme et s'écriait face aux
taches matissiennes du Salon d'Automne de 1905 : "Voici la cage aux
fauves !". C'était la Femme au chapeau de Matisse, faite de
grosses touches de couleurs, révolutionnaire avec son vert vif sur le nez et
son orange sur na nuque, qui scandalisait et suscitait l'opprobre mais fut
acquise par Léo Stein.
Gertrude Stein, ses frères Léo et Michael, et Sarah l'épouse de ce dernier
sont arrivés à Paris avec ce qu'il fallait pour vivre, mais peut-être pas la
grande fortune, certainement pas celle des grands collectionneurs que furent un
peu plus tard Barnes ou Rockefeller. Mais ils était allés en Italie, avaient
aimé l'art classique, le Moyen-Age et la Renaissance.
En témoignent les
photos de l'appartement de la rue de Fleurus, dans le 6ème arrondissement, où
Gertrude tenait salon, réunissant le samedi soir hommes et femmes de pinceau
comme de plume et amateurs éclairés : les tableaux d'avant-garde
surplombaient des meubles d'inspiration médiévale, des statues de toutes
époques, et côtoyaient des primitifs italiens.
Ce n'était pas qu'affaire d'œuvres et de collections, c'était aussi affaire
humaine. Longue et profonde amitié entre Gertrude et Picasso. Longue amitié et
immense admiration entre Sarah et Matisse, jusqu'à la fin de sa vie.
Aujourd'hui, le prix de ces tableaux sur le marché de l'art semble en faire des objets de spéculation (presque) comme les autres. On annonce des sommes folles à l'issue et même avant les ventes publiques, on déclame des records.
Mais à l'époque,
c'était tout autre chose, c'était une entreprise de pionniers, d'inventeurs au
sens premier du terme. Cette aventure a eu lieu dans l'enthousiasme et avec ce
qu'il fallait d'émulation : la confrontation de Picasso et de Matisse a
bien pris racine dans le salon des Stein, où l'un et l'autre étaient exposés et
se rendaient.
Depuis, les natures mortes cubistes de PIcasso et de Juan Gris n'interpellent
plus personne. Les gros seins cernés de bleu de Matisse ne scandalisent plus
qui que ce soit. Les paysages constellés de taches, aux limites de
l'abstraction et les portraits aux allures de masques primitifs sont presque
l'ABC de l'amateur d'art.
Et pourtant ! Il a fallu les repérer, les montrer, habituer les yeux et
les esprits, jusqu'à ce qu'ils deviennent référence, au point que leurs
inventeurs, cruel succès, les Stein soi-même, quelques dix ou vingt ans plus
tard, ne soient plus en mesure de les acquérir tant leur côte avait
grimpé !
Il est malgré tout
un choc qui demeure, pas celui de l'avant-garde, mais celui de la beauté pure
que l'exposition du Grand Palais sait rendre, ne cherchant rien d'autre qu'à
accrocher les peintures sur de grands murs blancs, regroupées par artistes et
par style, simplement.
L'aventure des Stein est racontée dans les coins, avec photos et écrits de
l'époque, c'est indispensable et passionnant. Les cartels sont quasiment
illisibles comme il est de coutume en ce lieu. Mais les tableaux demeurent,
tranquillement, passés peut-être de mains en mains après avoir été adorés dans
un salon de la rue de Fleurus ou de la rue Madame il y a un siècle, et
aujourd'hui à nouveau montrés à Paris, avec toutes leurs audaces, leurs
couleurs, leur inventivité et leur force. Leur révolution relève de la
permanence et de l'indissoluble, comme un insoluble mystère qui n'a d'autre nom
sans doute que la beauté de l'art.
Matisse, Cézanne, Picasso... L'aventure des Stein
Galeries Nationales du Grand Palais - 3, av. du General
Eisenhower - Paris 8°
Jusqu'au 16 janvier 2012
Du ven. au lun. de 9h à 22h, le mar. de 9h à 14h,
le mer. de 10h à 22h, le jeu. de 10h à 20h
Pendant les vacances, du 17 déc. au 2 jan. inclus, TLJ de 9h à 23h
Fermeture à 18h les 24 et 31 décembre et toute la journée le 25 décembre
Entrée : 12 €, tarif réduit : 8 € (13-25 ans, demandeur d’emploi,
famille nombreuse)
Gratuité pour les moins de 13 ans, bénéficiaires du RSA et du minimum
vieillesse
.
Images :
Henri Matisse, Femme au chapeau, San Francisco Museum of Modern Art, don
d'Elise S. Haas, San Francisco, USA © Succession H. Matisse. Photo : Moma,
San Francisco, 2011
Henri Matisse, Femme en kimono, The Courtauld Gallery, Londres,
Grande-Bretagne © Succession H. Matisse. Photo : The Courtauld Galery,
London, 2011
Pablo Picasso, Les pierreuses, 1902, Huile sur toile, 80 x 91,5 cm,
Hiroshima, Hiroshima Museum of Art © Succession Picasso 2011
Paul Cézanne, Les baigneurs, Lyon, Musée des Beaux Arts, dépôt du musée
d’Orsay © service presse Rmn-Grand Palais (Musée d’Orsay) / René-Gabriel
Ojéda