Diane Arbus au Jeu de Paume à Paris
Par Mag le jeudi 12 janvier 2012, 21:30 - Photo - Lien permanent
Quelle magnifique
rétrospective ! Quelques 200 photographies, du jamais vu en France, de
quoi retrouver les clichés les plus célèbres de Diane Arbus, mais surtout
l'occasion d'en découvrir bien davantage.
Le parcours de l'exposition est simple et original : les photographies
sont accrochées les unes à la suite des autres sans explication, section
thématique ni ordre chronologique.
Puis deux salles présentent la vie, l'œuvre et les écrits de la photographe
américaine née en 1923 et suicidée en 1971, sans qu'aucun éclaircissement sur
cette fin tragique ne soit en définitive délivré. Cela étant, cette section
finale est riche en enseignements et même ne laisse pas de surprendre.
Il faut commencer par quelques mots sur les photos elles-mêmes : Diane
Arbus a photographié tout ce que les Etats-Unis des années 1950 et 1960
comptait de marginaux, incertains, curiosités : des géants et des
lilliputiens, des jumeaux et des fœtus siamois, des travestis et des
hermaphrodites, des bêtes de foire, des aveugles, des nudistes et des
homosexuels... en un mot, tout ce qui de près ou de loin tenait de la
"monstruosité" est passé sous l'œil sans concession, mais sans cruauté non plus
de Diane Arbus.
Il y a aussi tous ceux qui portent des masques, véritables ou de circonstance,
comme ces étranges lunettes en forme d'oiseaux ; ceux qui se "déguisent"
dans de drôles de manteaux ou sous d'impressionnantes coiffes ; ceux et
celles qui se fardent à l'excès, montent leur chevelure en haute
choucroute...
Ce goût pour le travestissement, la photographe le trouve parfois dans une
simple grimace, comme celle de l'enfant à la grenade que l'on a vu un peu
partout ces derniers temps.
Quant aux veines de la différence et de l'anormalité, elle les poursuit jusqu'à
la radicalité en réalisant une série sur les handicapés mentaux à la fin de sa
vie.
A la vue de tels
sujets, on imagine chez cette femme qui s'est donné la mort à l'âge de 48 ans
un tempérament fragile, voir un penchant morbide.
Les éléments biographiques présentés en fin de parcours rectifient ces a
priori. Mariée deux fois, mère de famille, bosseuse, passionnée dans ses
entreprises, reconnue dans son travail, Diane Arbus semble au contraire avoir
mené une vie tonique, pleine d'allant et d'envies. Son propos, très social,
parfois sociologique, éclaire merveilleusement son œuvre. Elle évoque les
minorités avec beaucoup de simplicité. Loin du sentiment de compassion que l'on
éprouve en regardant bien de ses clichés, Diane Arbus à l'inverse
"dé-problématise" ses sujets. Sur les photos de concours de beauté ou de
Monsieur Muscle, où elle nous place au niveau des spectateurs, en position de
voyeur un peu gêné, elle tient un discours beaucoup plus large : elle
inscrit en effet ces photos dans le cadre d'un inventaire de tout ce que la
société américaine compte de rites et les appréhende de façon positive.
Le décalage entre ce que nous avons éprouvé en regardant son œuvre et ses
propos apparemment tranquilles interdisent toute interprétation biographique de
son travail, autant qu'il nous interroge sur notre propre perception et notre
réception de ce que l'on appelle "la différence".
Diane Arbus
Jeu
de Paume
1, place de la Concorde - Paris 8ème
Entrée 8,5 € (TR (5,5 €)
Consulter les nouveaux horaires sur le site du Jeu de Paume
Jusqu'au 5 février 2012