Signé Dalí - La collection Sabater
Par Mag le dimanche 12 février 2012, 15:30 - Peinture et arts graphiques - Lien permanent
Vivante ! Tel est
le mot qui qualifie le mieux l'exposition tout juste commencée à l'espace Dalí
haut perché sur la butte Montmartre.
Après avoir été présentée durant deux ans au musée de Cadaquès, elle s'installe
jusqu'au mois de mai dans le seul musée de France entièrement dédié à l'artiste
surréaliste catalan.
L'on y découvre, autour des sculptures appartenant à l'espace Dalí, une
centaine d'œuvres dédicacées par Salvador Dalí à son secrétaire particulier et
ami Enrique Sabater - qui en possède quelque trois cents.
Pour l'histoire, les deux hommes font connaissance en 1968, alors que Sabater est un jeune journaliste venu l'interviewer à son atelier de Port Lligat en Catalogne. La conversation s'installe et Dalí lui dit de revenir le sur-lendemain pour poursuivre les échanges. Et ainsi de suite de jour en jour, si bien qu'une amitié se construit progressivement. Au bout de quelques années, Sabater devient non seulement le comptable, le conseiller, le chauffeur, le garde du corps et l'attaché de presse de Dalí, mais aussi le complice de la vie quotidienne du couple qu'il forme avec Gala. Ce lien durera jusqu'en 1981, soit plus de douze ans.
L'exposition témoigne pleinement de cette confiance. Y sont
présentés pêle-mêle, dans une ambiance un peu foutraque absolument délicieuse,
photos, livres, dessins, huiles, aquarelles, maquettes et gravures tous
dédicacés de la main du maître à son ami.
A travers ces œuvres, c'est tout un univers qui s'ouvre au visiteur :
celui d'un artiste brillant, profondément enraciné dans la culture littéraire
classique et en même temps révolutionnaire, mais aussi d'un homme d'amour
(quelle tendresse se lit sur les photos le montrant avec Gala !) et d'amitié,
qui octroyait avec générosité les dédicaces aux personnes qu'il aimait - les
œuvres exposées en sont la preuve matérielle.
L'image publique du
mégalomane se pavanant tel un paon faisant la roue est remise à sa juste place
derrière le témoignage d'Enrique Sabater qui révèle combien cette attitude
était calculée : "Dalí et Gala étaient des gens simples. Leur vie à
Port Lligat, c'était la routine : Dalí peignait durant de longues heures
et Gala lui lisait ses textes préférés pour le relaxer. Dalí me demandait
toujours de lui rappeler la visite d'un journaliste cinq minutes avant, pour
qu'il mette son "costume d'interview". Dès qu'il était en présence d'un
inconnu, son ton changeait, il se métamorphosait pour interpréter son
rôle".
Il faut prendre le temps de déambuler au milieu des œuvres pour ressentir
l'extraordinaire vitalité qui s'en dégage : liberté
absolue, inventivité débridée, mais avec toujours un fini soigné, des couleurs
qui font mouche, des lignes virtuoses - ses splendides dessins à l'encre de
chine évoquent une calligraphie traditionnelle qui aurait pris ses
aises...
On en ressort tout régénéré, avec l'avis que le charme du surréalisme a
aujourd'hui encore de beaux jours devant lui, tant l'on a besoin de sa
fantaisie et de sa légéreté, qui chez le Catalan s'épanouissent avec une grâce
particulière.
Signé Dalí - La collection Sabater
Espace
Dalí
11 rue Poubot - Paris 18ème
M° Anvers, Abbesses, bus 54, 80 et Monmartrobus
TLJ de 10 h à 18 h
Entrée plein tarif 11 €
Jusqu'au 10 mai 2012
Images :
A Sabater, Paysage de l'Empordà, huile sur cuivre - 18 x 23,7 cm - 1978 ©
Collection Enrique Sabater
A Sabater, une accolade sur le Quin Elisabet (sic) Encre sur papier - 28,5
x 44 cm - 1975 © Collection Enrique Sabater