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mercredi 2 mai 2007

L'histoire du livre au XIX° siècle. De nouvelles stratégies de diffusion (4/4 )

affiche librairieProduction industrialisée, essor des tirages, évolution des contenus, apparition des "éditeurs", la révolution que connaît le livre au XIX° siècle se manifeste également dans de nouveaux modes de diffusions, de nouvelles techniques de vente.

En trente ans, entre 1870 et la fin du siècle, le réseau traditionnel de colportage, hérité de l'Ancien Régime, va disparaître.

Les librairies, de leur côté, évoluent considérablement : on passe du comptoir auquel on doit s'adresser et qui empêche de circuler entre les rayons, à des librairies d'un type complètement neuf, où les clients peuvent circuler librement, feuilleter les libres exposés sur des tables... Il s'agit d'un nouveau monde du commerce, un monde de sociabilité , où on peut rentrer pour acheter, ou ne pas acheter.
C'est toute l'ambiance que Zola a décrite dans Le Bonheur des Dames.

Les libraires se mettent à afficher des publicités de livres (les lithographies mises au point par Jules Chéret notamment). Les catalogues se transforment, pour devenir de véritables vitrines de l'offre de livres.

Les éditeurs peaufinent également leur stratégie pour vendre directement au client. Ils promettent par exemple des cadeaux de fidélité à ceux qui achèteront une série complète (flacon de parfum, montre ...).
Bien entendu, ces procédés déclencheront l'ire des libraires ...

A côté des "nouvelles" librairies, subsistent les cabinets de lecture, institués au XVIIème siècle. Ce sont des boutiques de livres, qui permettent soit d'acheter, soit d'emprunter, soit de lire sur place un livre.
Cabinets privés, ils sont en général tenus par des libraires. Leur clientèle est constituée de la petite bourgeoisie, artisans, commerçants, rentiers modestes. Leur offre fait une belle part au roman, leurs horaires sont très étendus ; ils ont joué un grand rôle dans le développement de la lecture à une époque où les bibliothèques ne pouvaient proposer une offre suffisante.

Mais ces lieux, tout comme le colportage, étaient considérés comme dangereux par les autorités, car on y trouvait "le meilleur comme le pire".
Les pouvoirs publics se sont alors servi des écoles, des instituteurs et des enfants, pour mettre en place les bibliothèques d'école et y diffuser des livres spécialement édités pour cet usage ...

Nouveau livres, nouveaux publics au XIX° siècle.
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence d'Eve Netchine,
Service de l'inventaire rétrospectif
Conférence du 5 avril 2007
Bibliothèque Nationale de France

Image : Librairie Sagot, lithographie de Jules Chéret (1891)

mercredi 18 avril 2007

L'histoire du livre au XIX° siècle. Le temps des éditeurs (2/4)

CharpentierDans un contexte d'industrialisation de la production du livre, de nouvelles personnalités font leur apparition : les éditeurs, autour desquels la production se réorganise.

Jusqu'au XVIII° siècle, on ne distinguait pas, dans les professions, entre éditeurs et libraires.
La situation change radicalement au XIX° siècle : le rôle de l'éditeur se transforme, il devient le lien entre auteurs, imprimeurs, libraires et lecteurs.
Il a recours à des moyens financiers importants, notamment par l'emprunt. Il construit désormais une véritable politique éditoriale.

Ainsi, au cours du siècle, apparaissent de grands noms encore très connus aujourd'hui : Calmann-Lévy, Louis Hachette, Casterman ...

Mais le père de l'édition moderne est Gervais Charpentier. Il fut l'un des premiers à décider de produire des livres à bon marché. Il réduit les formats, fait imprimer sur deux colonnes, et parvient ainsi à diviser le prix du livre par quatre.

Michel Lévy - et à sa mort, Calmann-Lévy -, continue les coups de génie de Charpentier. Au départ éditeur de théâtre, il se lance dans la littérature avec des contrats très longs lui permettant de s'attacher les auteurs (George Sand, Zola notamment), finissant par acheter l'exclusivité des droits d'Alexandre Dumas. En outre, pour un même titre, il multipliait les collections en échelonnant les prix.

D'un autre genre, Louis Hachette, après avoir acquis un petit fonds dans le quartier latin, a misé sur des domaines en extension : la littérature pour enfants avec les Bibliothèques Rose et Verte, les livres scolaires (grâce à des contrats avec le ministère de l'instruction) ; il a également suivi le développement du réseau des chemins de fer en mettant à la disposition des voyageurs toutes sortes de livres, y compris des guides des voyage.

C'est ainsi qu'en concentrant bien des rôles entre ses mains, ce qui est nouveau, l'éditeur devient le maillon central de la chaîne du livre.
Rôle qui aura d'autant plus de portée que le XIX° siècle connaîtra un essor considérable de la production de livres.
A suivre ...

Nouveau livres, nouveaux publics au XIX° siècle.
Bibliothèque Nationale de France
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence d'Eve Netchine,
Service de l'inventaire rétrospectif
Conférence du 5 avril 2007

Image : Scènes de la vie de province, Honoré de Balzac. Paris, Charpentier, 1839