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jeudi 1 novembre 2007

A l'abri de rien. Olivier Adam

A l'abri de rien, Olivier Adam, l'OlivierOlivier Adam a l'art de décrire les souffrances intimes, les moments de vide, la solitude, la détresse, l'errance, la perte de soi. Il le fait avec finesse, sobriété, de son écriture courte qui oscille entre délicatesse et coup de poing.
Dans son dernier roman, A l'abri de rien, il prend une nouvelle fois le chemin des écorchures et des drames mais surtout celui de l'ordinaire et des médiocrités de l'existence.
Dans un village du bord de la mer du Nord, malgré l'amour de son mari et de ses deux jeunes enfants, Marie est en train de perdre le goût à la vie. Elle contemple son pavillon acheté à crédit, les enseignes lumineuses des centres commerciaux, son couple dont la passion a disparu sous les problèmes du quotidien, ses congénères et leur sort ordinaire semblable au sien, sans plus trouver sa place dans ce qui est sa vie.
Un soir où elle est venue se garer tout près de la mer, au pied de l'immeuble de son enfance, et penser en fumant à ses bonheurs perdus, elle croise les silhouettes erratiques et abîmées de réfugiés clandestins. Elle va aussitôt s'engouffrer auprès d'eux, les aider en leur donnant tout ce qu'elle peut, et bien au-delà.

Comme les précédents romans d'Olivier Adam, A l'abri de rien est un livre poignant. Mais cette fois certains passages sont moins convaincants, notamment lorsque Marie se trouve près des malheureux "kosovars". L'auteur mêle à la description de ses gestes de plus en plus fous les réflexions qu'il lui prête et qui sont elles très censées. Le lecteur a du mal à y croire car l'état psychologique de son personnage semble incompatible avec de telles analyses.
La lecture terminée, l'on a l'impression que l'histoire de l'aide aux réfugiés était un prétexte. Un prétexte pour réussir à décrire, ici encore, à travers cette femme, mère et épouse qui perd pied, une sorte de perdition de l'âme et du corps, une violence contre soi et l'impossibilité de communiquer avec l'autre.

A l'abri de rien. Olivier Adam
Editions de l'Olivier
228 p., 18 €

lundi 18 juin 2007

Les Chansons d'amour (Christophe Honoré)

Les chansons d'amourUne jeunesse décomplexée et gentiment insolente interprétée par de beaux et brillants comédiens joue un trio amoureux dans le Paris d'aujourd'hui côté Bastille.

Un jeune cinéaste filme à toute vitesse une comédie musicale d'inspiration Nouvelle Vague et multiplie les références à Jacques Demy ...
Comme Dans Paris, le précédent film de Christophe Honoré, Les Chansons d'amour semble bien placé pour emporter la palme du film le plus branché de l'année.

Le film n'est pourtant pas que cela. Il devient même vite tout à fait plaisant et il est aussi très personnel : de ses inspirations, le cinéaste ne fait pas une simple imitation. Les références, explicites, font partie d'un tout marqué par une « patte » singulière, un univers inquiet et douloureux, mais léger et alerte, que Christophe Honoré capte et recrée à sa manière.
Lorsque le deuil surgit, Les chansons d'amour prend de l'épaisseur, les personnages sont de plus en plus attachants et gagnent en grâce encore davantage.

Même si les mélodies pop s'oublient vite – on est loin de Michel Legrand – les chansons, qui font partie intégrante des dialogues (il s'agit bien là d'un film chanté) sont agréables.
Et puis Christophe Honoré n'est pas seulement l'admirateur de ses aînés. Il appartient aussi à une génération de cinéastes, peut-être celle des « littéraires » : lorsqu'on voit le lycéen amoureux d'Ismaël sortir avec ses amis en plaisantant, on ne peut s'empêcher de penser aux Amitiés maléfique d'Emmanuel Bourdieu.
Le clin d'oeil aux éditions de l'Olivier, qu'on a déjà vu dans Je vais bien ne t'en fais pas (tiré du livre d'Olivier Adam, co-scénariste du film), est craquant lorsque le trio amoureux se couche, chacun tenant entre ses mains un livre de l'éditeur ... Dans la scène finale, lorsque le personnage joué par Chiara Mastroianni lève les yeux vers une nuée d'oiseaux de détachant des branches dénudées des arbres du parc sur fond de ciel crépusculaire, la référence prend un ton doucement mélancolique.

La réussite de ce film semble tenir à peu de choses.
C'est que Christophe Honoré a indubitablement du talent.
Y compris celui de bien choisir ses comédiens. Tous extrêmement doués et merveilleusement impliqués, ils ont eux aussi une belle part dans le charme de ces jolies chansons d'amour.

Les Chansons d'amour
Un film de Christophe Honoré (scénario et réalisation)
Avec Louis Garrel, Ludivine Sagnier, Chiara Mastroianni, Clotilde Hesme ...
Durée : 1h 40min
Production Alma Productions (France), 2007
Distribution Bac Films
Les Chansons d'amour faisait partie des films sélectionnés en Compétition Officielle au 60ème festival de Cannes