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jeudi 4 octobre 2007

L'aventure de la porcelaine au musée d'Orbigny-Bernon à La Rochelle

musée d'Orbigny-Bernon, ChineLa maîtrise de la fabrique de la porcelaine fut une histoire longue et compliquée en Europe.

Arrivées par le Moyen-Orient à la fin du Moyen-Age, les porcelaines chinoises suscitèrent immédiatement un grand intérêt en Europe.
On attacha à ce matériau à la fois dur, translucide et éclatant toutes sortes de vertus, dont celle de détecter les poisons...

Les Européens s'efforcèrent dès lors de reproduire cette matière exceptionnelle.
Cependant, ils ignoraient la composition de la pâte, ce qui constitua un obstacle permanent.
Ils réalisèrent d'abord les majoliques, puis la faïence, mais le support demeurait une terre cuite sans rapport avec la texture cristallisée dans la masse de la porcelaine chinoise.

Le XVIème siècle connut de nouvelles tentatives plus abouties avec la porcelaine dite des Médicis à Florence et son adaptation française de Saint-Porchaire.
C'est surtout à la fin du XVIIème siècle et au cours du XVIIIème siècle, avec la mise au point de la porcelaine tendre à fritte, ou porcelaine artificielle que les manufactures françaises (Vincennes-Sèvres, Chantilly, Mennecy...) et anglaise, associant les recherches des céramistes et verriers, imitèrent le mieux la porcelaine dure, sans parvenir néanmoins à obtenir véritablement le résultat recherché.

Les Allemands furent les premiers à identifier en Saxe, en 1709, le kaolin qui permettait de fabriquer la véritable porcelaine.
Auguste le Fort créa donc en 1710 la manufacture de Meissen et essaya de conserver secrète la fameuse formule de l'« arcane », que toute l'Europe lui enviait.
Mais la diffusion était irrésistible et la porcelaine dure finit par faire son apparition à Vienne en 1717, puis, vers le milieu du siècle, à Höchst, Wymphenberg, Berlin...
Le secret passa aussi à Strasbourg, mais les Français découvrirent à leur tour, en 1763, le kaolin à Saint-Irieix près de Limoges et nombre de manufactures françaises fabriquèrent simultanément des pièces en porcelaine dure et d'autres en porcelaine tendre, ces dernières tendant à disparaître à la veille de la Révolution.

La porcelaine dure avait alors conquis l'Europe entière : l'Italie avec Capodimonte, la Russie avec Saint-Pétersbourg, l'Angleterre, les Pays-Bas, la Suisse, l'Espagne, au point d'être répandue partout au XIXème siècle.

Les décors ne devront dès lors plus grand-chose à l'Extrême-Orient et, après le passage obligé du néo-classicisme international, les tendances les plus diverses se donneront libre cours.

Rappelant ainsi l'histoire de la porcelaine en Occident, le musée d'Orbigny-Bernon à La Rochelle présente une série porcelaines chinoises des XVIIIème et XIXème siècles, mais également un grand nombre d'objets décoratifs issus des manufactures européennes aux mêmes époques, permettant de mesurer, effectivement, la variété des inspirations.
Ainsi, dans les vitrines consacrées à la porcelaine de Meissen (Saxe) du XVIIIème siècle, on appréciera les efforts d'imagination des maîtres de l'époque : par exemple, avec la série de figurines intitulées L'Amérique, L'Afrique et L'Asie.
L'Afrique attire immanquablement l'attention, donnant à voir un nègre noir comme l'ébène, assis sur un lion, richement vêtu : peau ornée de plumes multicolores, drapé d'une cape lie-de-vin doublée de vert franc et fermée par un soleil, la tête coiffée d'un trophée de chasse–tête d'éléphant... un modèle qui vaut le détour !

Noter que le musée propose également un éclairage historique de la ville (notamment sur les célèbres sièges de la Rochelle ainsi que la Seconde Guerre mondiale).
D'autres salles sont consacrées aux arts d'Extrême-Orient (où on peut admirer une chambre chinoise du XIXème siècle), enrichis de dépôts du Musée Guimet (sur ce célèbre musée parisien, lire les billets du 27 et du 29 août dernier).

Pour tous les amateurs de porcelaines et autres chinoiseries, ne pas oublier le musée des Arts décoratifs à Paris. Consulter aussi quelques ouvrages consacrés à la matière.

Musée d'Orbigny-Bernon
2, rue Saint-Côme - 17000 La Rochelle
Tél. : 05 46 41 18 83
Fax : 05 46 29 22 60
Mél: musee-art@ville-larochelle.fr
Entrée : 3,50 €

Image : Bouteille, porcelaine "bleu et blanc", Chine, dynastie Ming, période de transition (1630-1640)

mercredi 5 septembre 2007

Dunkerque l'Européenne : De Gerhard Richter à Markus Sixay, Particules d'histoire

Gunter Forg, Installatie 2Gunter Forg, Installatie 1Après l'Espagne en 2003, avec un programme parrainé par Jorge Semprun, puis l'Angleterre en 2005, pour sa troisième édition, la biennale de culture contemporaine Dunkerque l'Européenne se tourne vers l'Allemagne contemporaine.

Jardins d'artistes, théâtre, danse, musique, expositions, cinéma, rencontres et débats ponctuent cette manifestation qui se déroule du mois de mai à novembre 2007, sous la signature de Jérôme Clément, président d'Arte-France, vice-président d'Arte.

Au LAAC (Lieu d'Art et d'Action Contemporaine) de Dunkerque la création plastique allemande est mise en valeur à travers l'exposition De Gerhard Richter à Markus Sixay... Particules d'histoire.

Ni exposition explicitement thématique, ni panorama complet, elle propose un regard sur la diversité et la vitalité de la scène allemande de 1970 à nos jours en peinture, sculpture, photo, installation.
Cette approche permet au visiteur, au fil de huit espaces judicieusement aménagés, de retrouver des artistes connus, d'en découvrir d'autres, d'établir des correspondances... et d'être souvent surpris.

C'est le cas lorsqu'il voit à ses pieds un carré blanc immaculé d'une étonnante brillance, intitulée Pierre de lait (1978) : une plaque de marbre légèrement concave recouverte de véritable lait ! Influencé par la spiritualité orientale, Wolfgang Laib a conçu son oeuvre comme un rituel d'offrande. Chaque matin, le réceptacle minéral est rempli de deux litres et demi de lait...
Esthétique minimaliste, pureté, cette création, au-delà de son côté anecdotique, détonne et inspire à une contemplation toute méditative.

Audace, surprise toujours, dans l'espace consacré à Gerhard Richter, l'artiste de ces vingt dernières années le plus connu en Allemagne. Ses "tableaux photographiques", reproductions picturales aux contours flous de photographies, ses monochromes gris sont bluffants. A côté, un grand et très beau tableau abstrait, Athen (1985) avec son explosion de couleurs vives dégage une formidable énergie. La puissance créative de l'oeuvre de cet artiste difficile à "dater" et à classer l'impose au premier plan de l'exposition.

Plus loin, on retrouvera un artiste multidisciplinaire dont on a déjà parlé côté peinture (qui est montré jusqu'au 9 septembre à l'hôtel des Arts de Toulon), Günter Förg. Ici sont installées face à face deux grandes photographies qui se répondent (Intallatie, 1986), portraits d'une toute jeune fille à deux âges différents, qui se reflètent l'une dans l'autre : enfance, temps qui passe, souvenirs... un ensemble éloquent et très touchant.
Si on ne peut citer tous les artistes exposés ni la diversité de leurs inspirations, on ne peut faire l'impasse sur la photographie objective allemande, en particulier avec les oeuvres du couple Bernd et Hilla Becher, qui, dès 1959 ont commencé à photographier des bâtiments industriels tels les hauts-fourneaux, les fours à charbons, les châteaux d'eau... Pris de face, ils sont présentés en séries de sujets identiques et créent une typologie d'éléments de l'industrie minière en Allemagne, mais aussi dans le reste de l'Europe et aux Etats-Unis.

Dans cette veine, appelée Ecole de Düsseldorf (du nom de l'académie où Bernd Becher enseigna), d'autres artistes leur ont emboîté le pas, tel Thomas Struth qui photographie les villes avec une objectivité poussée à l'extrême, montrant des immeubles sans leurs habitants mais dont l'architecture révèle les groupes sociaux qui les occupent. Ses photos froides et frontales l'inscrivent dans la mouvance de ceux qu'on pourrait appeler les "photographes-antropologues"...

De Gerhard Richter à Markus Sixay, Particules d'histoire
Dunkerque l'Européenne 3
LAAC de Dunkerque
Jusqu'au 28 octobre 2007
Jardin des sculptures - 59140 Dunkerque
parking rue des Chantiers de France
tél. : 03 28 29 56 00
mél. : art.contemporain@ville-dunkerque.fr
TLJ sauf le lundi
Mar., mer. et ven. : de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h 30
Jeu. de 10 h à 12 h et de 14 h à 20 h 30
Sam. et dim. de 10 h à 12 h 30 et de 14 h à 18 h 30

Image : Günther Förg, Installatie, 1986 © SMAK Gand

lundi 12 février 2007

La vie des autres (Das Leben der Anderen)

rdaUn soir, au théâtre, la décision est prise en quelques minutes, un échanges de regards, 3 ou 4 phrases : le dramaturge Dreyman – jusque là plus blanc que blanc aux yeux du gouvernement – est devenu suspect : il faut le surveiller, trouver une faille et s'en débarrasser.

Le motif réel est abject. Nous sommes en 1984 en R.D.A. La politique servait à tout ; couvrait toutes les salades.

En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, Dreyman – qui partage sa vie avec une belle comédienne - est mis sous écoutes serrées ; un agent de la Stasi, Wiesler, s'installe dans le galetas au dessus de leur appartement et écoute, note tout ce qui s'y dit et s'y fait.
A son visage, l'immuable expression du fonctionnaire zélé, l'insupportable satisfaction de celui qui fait son effroyable devoir – et celle, moins supportable encore, d'y prendre quelque plaisir.
En dessous, dans l'appartement, la vie des artistes comme elle va sous un régime communiste : on essaie de ne pas trop se faire remarquer pour pouvoir continuer à travailler ; mais un ministre vient vous chercher des poux alors que vous dansez avec votre belle ; mais un de vos amis meurt de ne plus pouvoir s'exprimer ...
Alors, le silence, les compromis, jusqu'à quand ?...
Wiesler, lui, le premier de la classe du régime, est toujours au dessus, à tout écouter, noter ...
Tout ?
Peut-être pas vraiment. Pourquoi ?
C'est toute l'histoire du film.

Très bien fait, bien joué – tous les rôles, principaux comme secondaires sont magnifiquement interprétés – le film a des moments extrêmement forts,qui sonnent très juste ; en particulier tous ceux qui ont trait au rapport de Dreyman avec son ami metteur en scène ; et aussi ceux qui concernent la comédienne, la compagne du dramaturge.

Peut-être l'épilogue donne-t-il l'impression de n'être pas tout à fait nécessaire – pour le spectateur français en tout cas -, donne au film un caractère un peu trop démonstratif dans les bons sentiments.

Qu'importe, après avoir vu La vie des autres, on pense aux metteurs en scène qui se sont suicidés parce qu'on les a empêchés de travailler ; aux machines à écrire qui ne sont pas passées à l'Est, à celles qu'on a fait passer vainement ; aux mots qui n'ont pu être écrits, à ceux qui n'ont pu être lus.
Tout ce silence laisse un poids sur l'estomac, estompe la fiction de « l'homme bon », et laisse, tenace, une affreuse envie de vomir.

La vie des autres
Florian Henckel von Donnersmarck
Allemagne, 2006
Avec : Ulrich Mühe (Wiesler), Sebastian Koch (Dreyman), Martina Gedeck
Durée : 2 h 17
Site officiel du film