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Tag - André Dussolier

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dimanche 24 janvier 2010

Les herbes folles. Alain Resnais

Les herbes folles, Alain ResnaisQuelle chance de trouver quelques salles qui projettent encore Les herbes folles, le dernier film d'Alain Resnais...
Dès les premiers plans au ras du sol, d'abord quelques herbes échappées du bitume, puis des paires de jambes et de souliers colorés qui trottinent fermement, une bouffée de plaisir envahit le spectateur : il sent bien là que le réalisateur va lui montrer du cinéma, du vrai, inventif et beau. A l'arrivée : un Resnais plus aérien que jamais.

La caméra tourne autour du visage de Sabine Azéma dans la Galerie du Palais-Royal, chevelure rouge sur fond de grille à pointes dorées dans un coin de ciel bleu d'hiver : flamboyant juste comme il faut, premier coup de pinceau de notre Resnais à son héroïne Marguerite, rouge et incandescente, désirable et désirante. Un sac jaune comme un soleil s'élance dans les airs, le sac à main de Marguerite, volé comme dans un courant d'air chaud ascendant : si cet incident, le vol de ce sac n'était pas arrivé, nous dit la voix off d'Edouard Baer, faussement ingénue, toute la suite, évidemment... On se rappelle Smoking / No smoking...

Car le rouge portefeuille du sac jaune dérobé finit par arriver, quelques kilomètres plus loin, aux pieds de Georges Palet (ce jeu avec les noms, quel régal), joué par André Dussollier, jeune retraité dont le calme apparent ne masque guère une agitation intérieure des plus troubles... et troublantes. Le voici dans le halo de lumière de la lampe en verre vert de son bureau, prêt à appeler Marguerite nuitamment pour la prévenir, déjà obsédé par deux photos d'identité, un nom et un prénom...
Une drôle d'histoire d'amour est en route, très vite démarrée dans la tête de Georges. Les faits, eux, mettent plus de temps à venir. Tout le monde a le droit de se faire des idées lui écrit Marguerite pour clore l'affaire. Croirez-vous qu'elle s'arrête là ? Gardons à l'esprit l'incandescence de Marguerite ; qui plus est, pas du tout du genre à se laisser consumer...

Autour d'eux, Alain Resnais fait vivre des personnages secondaires tout aussi parfaits ; il les aime autant que les premiers. Des flics (Mathieu Almaric et Michel Vuillermoz) nommés Bernard de Bordeaux et Lucien d'Orange que l'on adore. Une Emmanuelle Devos les deux pieds sur terre qui décolle au premier courant d'air frais entré par la fenêtre de sa voiture. Anne Consigny en épouse plan-plan qui s'abandonne elle aussi à la passion de Georges pour Marguerite.
Il y a au sol et dans le ciel un avion façon Saint-Exupéry de très grande importance aussi ; des fleurs autres que Marguerite, jusque dans les lieux ; des herbes folles et une pelouse tondue de près qui ne trompe personne. Sur la route qui sépare Marguerite et Georges, il y a des feux qui passent au rouge, puis au vert, puis au rouge ; et aussi du cinéma, un film de cinéma dans une salle de cinéma, et un baiser de cinéma avec une musique de cinéma. Il y a... mille choses, les mille reflets de la fantaisie d'Alain Resnais (87 ans) : brillante, colorée, follement réjouissante.

Les herbes folles
Un thriller amoureux d'Alain Resnais
Avec Sabine Azéma, André Dussollier, Anne Consigny, Mathieu Almaric, Emmanuelle Devos...
Durée 1 h 44

Les herbes folles est adapté du roman de Christian Gailly L'incident. Il a reçu le Prix exceptionnel du Jury au dernier festival de Cannes et est nominé dans 4 catégorie pour les César 2010, dont le César du meilleur film.

mardi 8 mai 2007

Volte-Face avec André Dussolier

André DussolierLe 23 avril dernier au théâtre du Rond-Point, André Dussolier fut l'invité de l'émission Volte-Face, qui sera diffusée sur France-Culture au cours de l'été.

Après la haute-voltige que nous avait fait suivre Fabrice Luchini (billet du 17 avril), c'est avec sérieux et application que le populaire et délicat comédien s'est prêté au jeu de l'interview mené par Olivier Barrot.

Beaucoup de sobriété de part et d'autre pour évoquer les moments et les rencontres qui ont marqué André Dussolier, mais aussi son travail avec Alain Resnais, et plus largement son métier.

Le comédien se souvient de la première fois qu'il est entré dans une salle de théâtre ; il n'avait alors que 10 ans :
« Ce fut une découverte incroyable car à l'époque je menais une vie assez convenue, dans la réalité ordonnée et triste, empreinte de beaucoup de règles, de la vie des adultes qui étaient autour de moi. Notre professeur de français nous a emmenés voir une pièce de théâtre. Ce fut un choc ! Sur scène, je voyais des gens qui disaient des choses qu'on ne disait pas à la maison, qui s'exprimaient en parlant fort, qui riaient ... Tout à coup j'ai aperçu la possibilité de vivre et d'exprimer des émotions que dans ma vie assez solitaire je retenais. J'éprouve une grande reconnaissance car cette expérience a ouvert mon imaginaire. »

Tient-il de cette enfance marquée par trop de rigidité son faible attrait pour les troupes ? En tout état de cause, il ne restera pas longtemps à la Comédie-Française.
« Je ne voulais pas passer à côté des propositions qu'on me faisait par ailleurs, que des règles trop strictes m'empêchaient d'accepter si je restais au Français. »
Il a donc préféré prendre son indépendance.

Quant à Ariane Mouchkine, il aurait aimé travaillé avec elle mais ...
« J'ai compris que si j'y rentrais, je rentrais dans une cellule monacale. "Attention, c'est plus Jean Villar et Gérard Philippe !" m'avait-elle prévenu.
C'est très beau une troupe, on se connaît très bien, on peut aborder des rôles différents, il y a une confiance, une facilité, une aisance. Mais en même temps c'est une grande humilité. C'est un sacerdoce ! »

Sa « troupe » à lui, finalement, c'est au cinéma, autour d'Alain Resnais qu'il l'a trouvée. L'admiration est immense.
« Sa façon de travailler est très proche de celle du théâtre ; il s'en est d'ailleurs nourri lorsqu'il est arrivé à Paris. Avec lui, on ne commence pas à travailler le premier jour du tournage, mais bien avant. Il nous remet d'abord des feuilles sur lesquelles sont inscrits des renseignements sur les parents et les grands-parents des personnages. Commence alors un travail d'imagination entre lui et nous. Ce qui fait que lorsque le tournage débute, on a beaucoup préparé au préalable et tout se passe très calmement.
On répète, mais les répétitions ne fossilisent pas le texte, elle nous donnent une structure qui n'enlève pas la liberté de jouer. Car il faut qu'on ait toujours l'air d'inventer le texte ... »

Evoquant la carrière prolifique et variée d'André Dussolier, Olivier Barrot lui rappelle notamment la pièce Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute (« texte magnifique, variation sur le malentendu, où c'est le verbe qui vient brouiller ... »). Cette pièce semble effectivement avoir marqué le comédien :
« Oui, l'un est d'un monde très social, l'autre est plus en retrait. Au fur et à mesure de la pièce, on en arrive à une loupe sur ce verbe, ce mot que dit l'un : "Ah, c'est bien ça." Et l'autre lui dit : "Tu es là dans ton monde, tu donnes des notes. Et moi je vis dans un monde où je ne veux pas de notes, où je ne veux pas qu'il y ait de références" ».

Dussolier l'éclectique aime aussi beaucoup Sacha Guitry, « cet esprit qui règne ». Il livre alors cette délicieuse anecdote sur son père, Lucien Guitry : « A la fin d'une représentation, un spectateur vient le voir et lui dit : "Ah, j'aime beaucoup la façon dont vous interprétez le texte." "Merci, merci beaucoup".
Au bout d'un moment "Et j'aime aussi beaucoup vos silences !".
Et Lucien Guitry de répondre : "Ce sont les miens !" ».

André Dussolier avoue savourer lui aussi les silences : y voyant « la possibilité de voir sur le visage tout ce qui passe entre les mots, un domaine de création disponible ».

Lorsqu'enfin Olivier Barrot lui fait remarquer qu'il a tout joué, qu'il semble être l'incarnation de l'acteur accompli (« c'est André Dussolier, ou l'acteur ! »), le comédien expliquera simplement :
« Quand on est jeune acteur, on joue proche de soi, comme on est.
Plus tard, tout nourrit le personnage. On peut endosser des personnages qui sont l'addition de ce qu'on a observé, du fruit de son imagination ... On peut alors jouer des choses très différentes.
Mais à chaque rôle, il faut y retourner. J'ai toujours peur avant.
Mais on peut repousser plus loin ses limites, alors que quand on est jeune, ce qui est important, c'est d'exister aux yeux des autres, on a l'obsession de trouver sa place.
Au fil des ans, ce qui compte le plus, c'est le plaisir ; le plaisir de découvrir des acteurs, le plaisir de jouer, le plaisir de se faire plaisir. »

On ajoutera le plaisir du public à écouter et voir ce très grand comédien, très présent mais discret, et, quelque soit le rôle qu'il endosse, d'une constante et incomparable élégance.

Volte-Face avec André Dussolier
Emission diffusée l'été prochain sur France-Culture
Prochain enregistrement public de Volte-Face :
Le 14 mai au Théâtre du Rond-Point avec Jean Rochefort.
Entrée libre
Réservation indispensable au 01 44 95 58 81