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dimanche 6 décembre 2009

Art Nouveau Revival. 1900. 1933. 1966. 1974

Exposition au musée d'Orsay, Art nouveau, RevivalLe musée d'Orsay a souvent l'audace de proposer des expositions originales.
Celle-ci l'est tant par son thème - l'Art nouveau, à une époque où l'on revisite plutôt l'Art déco - que par sa démarche : parcourir ce style décoratif à l'aune de l'air du temps qui l'a porté au fil du XXème siècle.

L'Art nouveau a été une déferlante aux alentours de 1900 dans le domaine de l'architecture, du mobilier et des arts décoratifs, suscitant d'ailleurs de vives critiques, avant de retomber aussi vite qu'elle était montée, anéantie par la puissante vogue Art déco.

Il a fallu attendre les années 1930 et la vivacité des Surréalistes pour que l'Art nouveau retrouve ses reliefs, à partir de 1933 précisément lorsque Salvador Dalí publia dans la revue Minotaure un article intitulé De la beauté terrifiante et comestible, de l'architecture modern'style, illustré de photos de Brassaï et de Man Ray, le mouvement d'André Breton s'étant alors jeté avec enthousiasme sur les lignes libres de l'Art nouveau. Les superbes images des deux photographes avant-gardistes mettent en valeur l'aspect organique des entrées de métro dessinées par Hector Guimard et de l'architecture débridée d'Antoni Gaudí. Placés dans un même espace, le tableau de Dalí L'énigme du désir et les miroirs de Gaudí pour la Casa Milá semblent frappés de la même mollesse formelle...

Musée d'Orsay, expo Art nouveau, RevivalDeuxième revival de l'Art nouveau, les années 1950 et surtout 1960 dans le domaine du mobilier et des arts de la table : en réaction à la tyrannie du modernisme fonctionnel et froid, le design organique se déploie, privilégiant les courbes proches de la nature en général et du corps humain en particulier. Légèreté, fluidité sont les maîtres mots de ce style qui effectivement - la démonstration dans la grande salle est édifiante - s'est réapproprié pour les réinterpréter, le plus souvent avec bonheur, les lignes de Bugatti et de Guimard.

A la même époque, un autre domaine se place avec délices sous l'emprise des courbes sinueuses et asymétriques de l'Art nouveau, reprenant aussi ses motifs végétaux, floraux, voire animaliers : celui du graphisme. Magazines, affiches de cinéma et de concert, pochettes de disques, papiers peints et même les robes de nos mamans sont inondés de folles spirales, d'explosions florales et de couleurs pepsy. Exposées côte à côte, la ressemblance avec les affiches du début du siècle est troublante : si les couleurs sont devenues plus acides, les arabesques et les volutes avaient inspiré les graphistes depuis belle lurette.

Le parcours se termine de façon éclatante avec l'année 1974 et les miroirs commandés par Yves Saint-Laurent à Claude Lalanne, encadrés de branchages de cuivre et de bronze doré, motifs naturalistes à la fois simplissimes et sophistiqués, magnifiques échos aux œuvres non moins admirables d'Emile Gallé (girandole Coloquintes de 1902) et de Georges Hoentschel (cheminée ornée de ronces, de tournesols et d'iris, 1900-1902). La boucle semblait alors bouclée... ; mais la mode est paraît-il un éternel recommencement.

Art Nouveau Revival. 1900. 1933. 1966. 1974
Jusqu'au 4 février 2010
Musée d'Orsay
1 rue de la Légion-d'Honneur - Paris 7°
TLJ sf lun., de 9h30 à 18h, le jeu. jusqu'à 21h45
Entrée 9,50 € (TR 7 €)

Images : Bonnie MacLean, affiche pour le concert The Yardbirds, 1967, Paris, galerie Janos © DR et Albert Angus Turbayne, affiche pour "Peacock", Edition. Macmillan's illustrated standard novels, 1903, Lithographie couleurs Chemnitz, Städtische Kunstsammlungen © Kunstsammlungen Chemnitz / May Voigt

jeudi 5 avril 2007

René Lalique, Créateur d'exception 1890-1910.

lalique epingleDes moineaux à la gorge gonflée délicatement posés sur une branche, couverts de brillants : voici l'une des premières créations de René Lalique, lorsqu'il travaillait dans l'anonymat pour les grands joaillers Boucheron et Vever.

Déjà éclatent la finesse et le travail profondément créatif de l'artiste.

Né en Champagne en 1860, Lalique puise dans son enfance champêtre une constante inspiration.
Motifs végétaux, floraux et animaux les plus ordinaires demeureront présents tout au long de sa prolifique carrière, conférant à son œuvre une simplicité que ses autres inspirations - bien de son temps - n'altèreront pas.

Lorsqu'il fonde son propre atelier en 1887, il abandonne la joaillerie et a l'audace d'utiliser des matériaux moins nobles, comme l'ivoire et la corne, des pierre fines aux couleurs étranges comme l'onyx, le jaspe, l'agate, l'opale, qui lui permettent d'explorer sans limite le champ des couleurs et des formes, à la mesure de son génie créatif et de son imagination débordante.
Sensible aux inspirations de l'époque, son œuvre permet de retrouver les grandes tendances des arts décoratifs de la fin du XIX° et du tout début du XX°.

De l'éclectisme fin de siècle, avec la veine égyptienne qui persiste depuis les conquêtes napoléoniennes, à l'Art Déco du XX°, René Lalique se délectera un long moment dans le mouvement de l'Art Nouveau avec sa faune, sa flore, ses volutes, mais aussi un symbolisme très marqué avec le cygne, le serpent ...
Des estampes japonaises qui circulent alors à Paris, il utilise les motifs de pivoines, chrysanthèmes, branches de prunier, pavots, ombelles, qu'il incruste dans des peignes de bois laqués.

De tous ces mouvements, il fait un miel qui lui est propre, reconnaissable entre tous (un coup d'œil sur les créations d'autres concepteurs contemporains permet de le vérifier) : délicatesse, grâce, originalité, mais aussi une délicieuse ambiguïté dans sa représentation - constante - de la femme.
Au lissé des visages à l'ovale parfait, à la nudité innocente des corps féminins, se mêle le doux effroi des animaux qui font frissonner, insectes, iguanes, crapauds, chauves-souris ...

Au delà de la beauté pure de ses bijoux d'exception, René Lalique ouvre ainsi au visiteur attentif tout un monde de poésie, de fantasmes et de fantaisie, qui fait de cette exposition un véritable enchantement.


René Lalique, Créateur d'exception 1890-1910
Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard - Paris 6ème
Jusqu'au 29 juillet 2007
Entrée 10 €
Catalogue de l'exposition, 264 p., 32 €

Image : épingle à chapeau Guêpes, or, émail, opale, diamant (vers 1890-1900)

mercredi 17 janvier 2007

Autour de 1900 : un ensemble Art nouveau. La donation Rispal

rispalcobra Antonin Rispal fut un passionné à qui les amateurs d'Art Nouveau peuvent dire un grand merci !

Une gratitude qui vaut aussi pour son épouse et sa fille, qui ont fait donation au Musée d'Orsay, deux après sa mort, de 300 pièces de son exceptionnelle collection.

Auvergnat venu en 1945 à Paris où il réussit dans l'hôtellerie, Antonin Rispal (1920-2003) s'éprend d'objets et meubles "style 1900" et commence très vite à les collectionner.

Ainsi, dans les années 1960, il va s'attacher à défendre un Art Nouveau, qui en avait alors bien besoin.

Ce style d'art décoratif, né à la fin du XIX° siècle, associé à la ligne courbe, sinueuse, asymétrique ; à l'emploi de formes organiques ou naturelles et à des structures géométriques, était en effet tombé dans le mépris dès les années 1910.

Pour accueillir la donation, le Musée d'Orsay organise une exceptionnelle exposition.

Le public découvrira ainsi une rare table à ouvrage en marqueterie de Dielh, présentée à l'Exposition universelle de 1878, ornée de petites tortues et sauterelles en bronze ; une cheminée élancée en bois sculptée qui n'est pas sans rappeler les célèbres entrées en fonte du métro parisien dessinées par Guimard, dont on verra, un peu plus loin, un modèle de plaque en plâtre satiné.

On admirera le mobilier de Pérol, aux formes courbes, en acajou orné de cuivre doré, celui de Bugatti, qui allie des formes géométriques et légères à un travail de marqueterie d'os et d'incrustation d'étain, presque d'inspiration andalouse, la vitrine Orchidées de Majorelle, un bureau de dame de Gallé, de magnifiques vases en verre translucide bleu et violet de Jean, aux lignes douces en volutes et corolles...

Dans le dernier espace, consacré au souvenir de Sarah Bernardt, une verrière à quatre panneaux déploie ses couleurs, un très beau lampadaire en métal patiné s'orne de roseaux et libellules...

Une exposition exemplaire des arts décoratifs de style 1900, qui avaient été inspirés par le désir de rompre avec les styles antérieurs, avec un objectif nouveau : rendre les arts décoratifs accessibles à des classes sociales plus étendues...


Le coup de coeur Mag :

Des sculptures de verre, oeuvres de Josette Rispal, fille du collectionneur, émaillent l'exposition. Ainsi, dans le 2ème espace, de surprenantes Fleurs lunaires et Fleurs intérieures sont posées à même le sol en un émouvant bosquet en verre de Murano, aux couleurs bleu, rouge, violet, vert, toutes magnifiques.
Un ensemble floral devant lequel on reste longtemps, fasciné par ce troublant mélange de force et de fragilité, de matière et de poésie, de naturel et de sophistication...
Une vraie découverte.

Musée d'Orsay 1 rue de la Légion d'Honneur Paris 7ème
Jusqu'au 28 janvier, TLJ sauf le lundi, de 9h30 à 18h et le jeudi jusqu'à 21h45
Tarif : 7,50 € (le dimanche : 5,50 €)
Gratuit le 1er dimanche du mois
Catalogue de l'exposition : 60 €
Photo : Presse-papier de Jean Dunand

mardi 9 janvier 2007

Katagami, les pochoirs japonais et la japonisme

katagamiLes Katagami sont des pochoirs en papier utilisés au Japon dès le XIII° siècle pour décorer les tissus.

Les modèles en papier brun présentés dans la première partie de l'exposition nous donnent un aperçu de la variété des motifs choisis, qui puisaient leur source dans les mondes animal, végétal et plus particulièrement floral, avec une infinie poésie. Il n'y a d'ailleurs qu'à lire le nom de certains d'entre eux pour commencer à rêver : Feuilles de cerisier au fil de l'eau, Fleurs de prunier, motifs d'oxalides en arabesques...

Des costumes, notamment des kimonos décorés à l'aide de ces pochoirs, avec leurs belles teintes profondes nous donnent une idée de l'élégance des réalisations rendues possibles grâce à cette technique.

Datant essentiellement des XVIII et XIX° siècles, âge d’or des Katagami, ils nous paraissent cependant d’une grande modernité.
La raison en est essentiellement que cette beauté épurée a plus tard séduit les Occidentaux : à la fin du XIX° et au début du XX° siècles, les mouvements Art nouveau puis Art déco vont trouver une formidable inspiration dans ce qu'on va alors appeler le japonisme : les volutes, courbes sinueuses et épurées, motifs stylisés inspirés de la nature seront repris dans l’architecture (Hoffmann à Vienne, Guimard à Paris), le mobilier, les arts décoratifs, les bijoux ... Dans cette deuxième partie de l'expo, on admire meubles, afiches, frises de Gustav Klimt, couvertures de livres, mais aussi les splendeurs que, dans cette veine, Lalique a créées : vases en verre dépoli, bijoux aux lignes ondulées, d'un raffinement et d'une simplicité remarquables.


Le coup de coeur Mag :

A la finesse des motifs floraux de la première partie de l'exposition répond celle d'une écharpe de soie brodée simplement baptisée "Champ de marguerites", en teintes délicates et lumineuses. Du XVIII° siècle japonnais au XX° siècle européen : de superbes réinterprétations dont on ne peut que se réjouir.

Maison de la culture du Japon à Paris - 101 bis, quai Branly à Paris 15ème
Jusqu’au 20 janvier 2007, du mardi au samedi de 12h à 19h / Nocturne le jeudi jusqu’à 20h.
Tarif : 6 € (TR 4 €)
Catalogue de l’exposition : 30 €
M° Bir Hakeim/ Rer Champs de Mars Tour Eiffel