La peinture, c’est le jeu des couleurs,
des contrastes, des éclats lumineux ? Pas toujours. Le monochrome, le
camaïeu, la grisaille, ont leur propre beauté. La preuve est donnée dans cette
exposition à la thématique rarement rassemblée.
Oh, les artistes n’ont pas tout de suite trouvé une légitimité esthétique à se
passer de couleurs.
Jusqu’au début du XVIIe siècle, les œuvres grises qui nous sont parvenues sont
essentiellement des travaux préparatoires à des réalisations plus
définitives : par exemple pour la gravure (l’inquiétant Les Morts
sortent de leurs tombeaux de Barendsz), ou des maquettes pour de grandes
compositions (La Résurrection de Rubens), ou encore des modèles pour
la tapisserie (une bataille de Quellinus).
Puis une mode se répand : l’imitation de la sculpture par le pinceau.
L’utilisation des gris est alors évidente, avec une extraordinaire variété de
nuances. Le Massacre des Innocents de Jacques Stella est très
représentatif de ces performances. Certains vont nettement jusqu’au trompe
l’œil : imitation de bas relief de pierre, mais aussi de bronze patiné,
avec de belles gradations de jaunes et de verts chez Piat-Joseph Sauvage, ou
encore de vieil or chez Alexandre François Desportes.
Bien des fois l’artiste a réussi une œuvre originale alors qu’elle ne se
voulait que le moyen d’en préparer une autre. Ainsi Gabriel François Doyen dans
sa préparation au fameux Miracle des Ardents de l’église Saint Roch à
Paris : après des esquisses en couleur, il réalise une grisaille où les
nuances disent l’essentiel.
Mais c’est au XIXe siècle que l’on assume
totalement l’intérêt de la grisaille ou de la monochromie comme méthode à effet
esthétique à part entière. Et l’on découvre ici de belles œuvres de Puvis de
Chavannes, des deux Gustave, Doré et Moreau, de Benjamin Constant. Un des
tableaux les plus étonnant est celui de Jean-Baptiste Carpeaux : cette
Scène d’accouchement toute en suggestion de violence, souffrance et
délivrance est très impressionnante.
Même si quelques unes de cette soixantaine d’œuvre ont traversé les frontières
pour venir à Toulouse, on remarque que les musées des villes en région
constituent l’essentiel de l’exposition, et l’on se dit : que de tours de
France à projeter à la découverte de ces trésors, de Dieppe à Albi, de Castres
à Douai, de Reims à La Rochelle !
Pas la couleur, rien que la nuance !
Trompe-l'oeil et grisailles de Rubens à Toulouse-Lautrec
Jusqu'au 15 juin 2008
Musée des
Augustins - Musée des Beaux-Arts de Toulouse
21, rue de Metz - Toulouse
TLJ de 10 h à 18 h, nocturne le mercredi jusqu'à 21 h
Entrée : 6 € (TR : 4 € et gratuit pour les moins de 18 ans)
Images : Ce que font les gens pour de l'argent, Adriaen Van de
Venne (1589-1662), H. s. bois (Lons-le-Saunier, musée des Beaux-Arts Photo ©
Lons-le-Saunier, musée)
et Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), H. s. t. (Paris, musée du Petit
Palais © Paris, musée du Petit Palais, photo : Roger-Viollet)