Avec une sélection de 130 photographies en
couleurs, le Théâtre de la photographie et de l'image à Nice
présente jusqu'au 16 mars une partie peu montrée du travail de Bernard
Plossu.
Ce globe-trotteur devant l'éternel, né au Vietnam en 1945 et marqué par les
idées de la beat generation a entamé très tôt sa carrière, consacrée
essentiellement à la photo de voyage.
De renommée internationale, il a reçu le Grand prix français de la Photographie
après la rétrospective organisée au Centre Pompidou en 1988, Les paysages
intermédiaires.
Davantage connu pour ses photos en noir et blanc, Bernard Plossu a réalisé
parallèlement une oeuvre en couleurs singulière et passionnante.
Tirées au « Fresson », procédé au charbon direct inventé par
Théodore-Henri Fresson vers 1890 et dont le propre fils Pierre réalisa
le premier tirage couleur en 1952, les photographies de cette exposition, qui
couvrent quarante ans de travail (1965-2005) emmènent le visiteur dans d'autres
mondes.
Les scènes sont pourtant tout ce qu'il y a de plus réaliste : des paysages
classiques, des scènes urbaines ordinaires et populaires, des objets du
quotidien.
Mais le grain particulier, très mat, du procédé Fresson intercale un
imperceptible voile entre le sujet photographié et le spectateur, à
qui toute place est ainsi faite pour la contemplation et l'envol de
l'imaginaire.
Car les photos de Bernard Plossu sont profondément belles tout en étant
épargnées du clinquant, et cette absence d'agressivité des couleurs prête au
rêve. Voici des scènes de rue et de route, aux Etats-Unis, à Paris ou ailleurs
en Europe, captées à cette indéfinissable heure du soir, « entre chien et
loup » : pluie et brouillard peut-être, les vues se déclinent dans une
tonalité de bleus qui entraîne bien loin de ces lieux.
Les paysages du Mexique et du Nouveau-Mexique (ci-dessus) sont
certainement les plus beaux de l'exposition : le ciel lui-même
semble devenir le protagoniste principal de la photo ; le gris orage se
pare d'une lumière presque surnaturelle qui donne aux grands espaces une
intensité dramatique impressionnante.
Mais ces tirages en couleurs ont aussi leur paradoxe : le
procédé Fresson renforce l'âge de la scène (typiquement : des mariés dans
une fête foraine ou un homme charriant un sac de charbon, deux photos prises en
France en 1968 ; ou encore un décor d'intérieur sans homme, mais qui en
dit long, dans le sud du Maroc en 1975). L'irréalité de ces clichés aux sujets
prosaïques - mais ainsi mis à distance - en fait des images de souvenir pur,
des scènes d'histoire ; elles sont en cela presque des scènes en noir et
blanc.
Théâtre de la Photographie et de l'Image
Charles Nègre
27, boulevard Dubouchage - Nice
TJL sauf le lundi de 10 h à 18 h
Entrée libre
Catalogue (TPIN), 144 p., 31 €
Image : Roads-Monument Valley 1982 © Bernard Plossu