Des moineaux à
la gorge gonflée délicatement posés sur une branche, couverts de
brillants : voici l'une des premières créations de René Lalique, lorsqu'il
travaillait dans l'anonymat pour les grands joaillers Boucheron et Vever.
Déjà éclatent la finesse et le travail profondément créatif de l'artiste.
Né en Champagne en 1860, Lalique puise dans son enfance champêtre une constante
inspiration.
Motifs végétaux, floraux et animaux les plus ordinaires demeureront
présents tout au long de sa prolifique carrière, conférant à son œuvre une
simplicité que ses autres inspirations - bien de son temps - n'altèreront
pas.
Lorsqu'il fonde son propre atelier en 1887, il abandonne la joaillerie et a
l'audace d'utiliser des matériaux moins nobles, comme l'ivoire et la corne, des
pierre fines aux couleurs étranges comme l'onyx, le jaspe, l'agate, l'opale,
qui lui permettent d'explorer sans limite le champ des couleurs et des formes,
à la mesure de son génie créatif et de son imagination débordante.
Sensible aux inspirations de l'époque, son œuvre permet de retrouver les
grandes tendances des arts décoratifs de la fin du XIX° et du tout début du
XX°.
De l'éclectisme fin de siècle, avec la veine égyptienne qui persiste depuis les
conquêtes napoléoniennes, à l'Art Déco du XX°, René Lalique se délectera un
long moment dans le mouvement de l'Art Nouveau avec sa faune, sa flore, ses volutes, mais
aussi un symbolisme très marqué avec le cygne, le serpent ...
Des estampes japonaises qui circulent alors à Paris, il utilise
les motifs de pivoines, chrysanthèmes, branches de prunier,
pavots, ombelles, qu'il incruste dans des peignes de bois laqués.
De tous ces mouvements, il fait un miel qui lui est propre, reconnaissable
entre tous (un coup d'œil sur les créations d'autres concepteurs contemporains
permet de le vérifier) : délicatesse, grâce, originalité, mais
aussi une délicieuse ambiguïté dans sa représentation - constante - de la
femme.
Au lissé des visages à l'ovale parfait, à la nudité innocente des corps
féminins, se mêle le doux effroi des animaux qui font frissonner, insectes,
iguanes, crapauds, chauves-souris ...
Au delà de la beauté pure de ses bijoux d'exception, René Lalique ouvre
ainsi au visiteur attentif tout un monde de poésie, de fantasmes et de
fantaisie, qui fait de cette exposition un véritable enchantement.
René Lalique, Créateur d'exception 1890-1910
Musée
du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard - Paris 6ème
Jusqu'au 29 juillet 2007
Entrée 10 €
Catalogue de l'exposition, 264 p., 32 €
Image : épingle à chapeau Guêpes, or, émail, opale, diamant (vers
1890-1900)