S'il est un petit
bonheur qui réconcilie avec la Capitale à la rentrée, c'est bien la possibilité
d'aller au cinéma voir les films qu'on a loupés au moment de leur sortie.
On peut ainsi découvrir encore Etreintes brisées (quel titre, et qui illustre tellement bien le film !), le dernier film de Pedro Almodóvar présenté à Cannes cette année et, étrangement, revenu bredouille.
Le cinéaste espagnol livre ici une œuvre très personnelle, concentrée,
malgré la profusion d'histoires qu'elle contient, sur ses thèmes fétiches, sur
le cinéma et sur son cinéma.
C'est avant tout un film d'amour, et même plutôt d'amours :
amours-amoureuses, amour-amitié, amour-filial, amour-possession aussi.
Ernesto, un homme d'affaires richissime s'éprend de Lena, sa secrétaire, qui accepte d'en devenir la maîtresse afin d'offrir une fin de vie digne à son père gravement malade. Devenue sa compagne officielle, désireuse de devenir actrice, elle rencontre le cinéaste Mateo Blanco ; ils tournent un film ensemble et tombent éperdument amoureux. Aux prises avec la jalousie et la surveillance d'Ernesto - via son fils -, Lena et Mateo s'enfuient loin de Madrid, jusqu'à ce qu'un accident de voiture tue Lena et laisse Mateo aveugle. Quinze ans après, à la mort d'Ernesto, son fils vient réveiller ce passé en déclarant vouloir faire un film avec Mateo devenu scénariste.
En réalité, Etreintes brisées ne peut se résumer, tant au delà de
ces grandes lignes se déploient une multitudes de "branches", toutes abouties.
Almodóvar y développe ses obsessions : les secrets longtemps enfouis sous
le silence ; la sexualité ; l'homosexualité ; les liens
mère/fille et père/fils ; la force des femmes ; la maladie, les
accidents, la mort.
Il dépeint de façon toujours aussi poignante les relations humaines dans ce
qu'elles ont d'entier et de douloureux, mais encore la difficulté de ceux qui
veulent vivre leur désir jusqu'au bout.
Si les personnages admirables sont comme à l'accoutumée les femmes
(magnifiquement incarnées par "ses" comédiennes, Penélope Cruz, d'une présence
folle, mais aussi Blanca Portillo que l'on avait vue dans le sublime
Volver), il créé ici une relation père/fils positive et très
touchante. Ce n'est pas le seul moment bouleversant, loin de là ; bien
souvent, sans qu'il s'y attende, une intense émotion vient saisir le
spectateur, parfois furtivement - comme devant un simple regard par
exemple.
Il y a aussi bien sûr, et elle embrasse tout le film, une forme de
déclaration d'amour au cinéma, où Almodóvar convoque par citations directes ou
indirectes ses maîtres, mais également son propre cinéma (avec la savoureuse
scène du gaspacho aux somnifères de Femmes au bord de la crise de
nerfs). Davantage qu'un hommage formel, ces références apparaissent comme
l'expression d'une gratitude de la part d'un cinéaste devenu "grand" à son
tour.
A la fin, la réplique de l'ancien réalisateur devenu scénariste "Il faut
toujours finir un film... même en aveugle" tient à la fois de la
signature, de l'inquiétude et de la foi du créateur. A l'image de ce dernier
film, elle rend Pedro Almodóvar plus proche, plus humain, comme si une
confiance, voire une complicité, s'étaient instaurées avec son public.
Celles-ci sont peut-être bien plus importantes que n'importe quel "prix".
Etreintes brisées
(Los Abrazos rotos)
Un drame de Pedro Almodóvar
Avec Penélope Cruz, Blanca Portillo, Lluis Homar...
Durée : 2 h 9 mn
Pire que la violence que l'on voit à
l'écran est la violence que l'on ressent, à travers des corps tremblants, des
bouches qui crient, d'autres qui se figent avant d'en avoir le temps, des
regards effrayés : cette peur qui irradie le film de Matteo Garrone et
dans laquelle vivent des milliers de foyers dans le quartier napolitain des
Vele.
C'est l'histoire d'une famille un peu
déjantée, voire carrément folle, en tout cas extrême. Mais une famille à
laquelle l'on croit et l'on s'attache immédiatement parce qu'au fond les
mécanismes qui l'actionnent, les liens qui la dessinent et les réactions
qu'elle provoque chez les individus qui la composent sont un peu les mêmes que
dans bien des familles.
Le 3 mai dernier, à l'occasion de la 17ème
Journée internationale de la liberté de la presse, Reporters sans frontières a
publié un nouvel album photos, consacré aux soixante ans du Festival de
Cannes.