Au musée Matisse, le
contraste, à la veille de la Toussaint, entre le ciel gris et bas, le froid
piquant du Nord et l'explosion de couleurs de ces Fauves hongrois a quelque
chose de revigorant. D'autant que les œuvres présentées au Cateau-Cambresis (après
une première halte au Musée d'art moderne de Céret
cet été) sont totalement inédites en France.
Le public hongrois lui-même ne les a découvertes qu'en 2006 : l'aventure
picturale commencée dans les années 1900 quand des peintres sont venus de
Hongrie se mêler à la vie créative bouillonnante à Paris, puis poursuivie dans
les colonies artistiques hongroises, a été interrompue dès la Grande guerre. Et
l'histoire du XXème siècle, avec ses deux Guerres mondiales et ses révolutions,
a eu raison de ces œuvres et ces artistes. Il a fallut attendre le début des
années 2000 pour qu'à Budapest des étudiants se mettent en projet, avec la
Galerie Nationale Hongroise, de les retrouver pour les faire connaître. Après
deux années de recherches acharnées, dans le pays et un peu partout en Europe
ainsi qu'aux Etats-Unis (les tableaux étaient cachés dans les réserves des
musées de province ou chez les particuliers), de vingt-cinq au départ, la
"collection" des Fauves hongrois réunissait deux-cent-cinquante peintures.
Elles firent l'objet d'une grande exposition à Budapest, dont sont issus les
cent-cinquante tableaux présentés en France (la troisième et dernière étape
sera Dijon du 13 mars au 15 juin 2009).
Dans ces paysages,
natures mortes, portraits et autoportraits se lisent de grandes influences de
la peinture française de l'époque : Cézanne, Gauguin, Derain, Van Gogh...
et bien sûr Matisse.
Se contenter de ce déchiffrage serait pourtant restrictif. Les Hongrois venus
en France ont découvert la peinture moderne et le fauvisme et ont ensuite
importe ce "choc culturel" dans leur pays, y initiant une révolution picturale.
Mais d'une part ils ne se sont aucunement constitué en mouvement (l'appellation
"fauvisme hongrois" est rétrospective) et d'autre part ils ont mêlé
l'inspiration occidentale à une manière spécifiquement hongroise, une gestuelle
et une utilisation des couleurs originales qui ont donné lieu à des oeuvres
singulières, en particulier dans les paysages.
Avec une audace inouïe, les Rippl-Ronai, Czobel autres Bornemisza associent des
couleurs vives, voire violentes (vert et rouge, rose et orange, orange et
violet) qui ne s'entrechoquent pas, ne se "mangent" pas les unes les autres
mais au contraire se valorisent. Ces villages, maisons, églises, vues frontales
où la perspective est très peu présente n'ont pour autant rien d'un carnaval.
Cernés de larges traits bruns, compartimentés, ces aplats de couleur pure sont
soutenus et structurés par un solide sens de la composition et un grand
équilibre architectural. La souplesse et la puissance du geste, associées au
plein de peinture et à la simplification des formes impriment aux paysages
verdoyants et aux maisons colorées une présence exceptionnelle qui ne peut que
séduire immédiatement le spectateur.
Fauves hongrois, 1904-1914
Jusqu'au 22 février 2009
Musée Matisse
Le Catau-Cambrésis
Palais Fénelon - 59360 Le Cateau-Cambresis
tél. : 00 33 (0)3 27 84 64 64
Tlj sauf le mardi, de 10 h à 18 h
Entrée 4,50 € (TR 3 €), gratuit les 1ers dimanches du mois
Audio guide gratuit (français, anglais, néerlandais)
Visites guidées sans réservation le samedi à 15 h et le dimanche à 10 h
30
Accès : à 90 km de Lille et 170 de Paris ; les week-ends et jours
fériés un train Corail Intercités fait la liaison Paris/Le
Cateau-Cambresis
Images : Sándor Ziffer, Vieux pont à Nagybánya, 1908, Huile sur toile, 50,5 x 65 cm, Collection Lorenz Czell et Sándor Ziffer, Paysage d'hiver à la barrière, début des années 1910, Huile sur toile, 91,5 x 109,3 cm, Budapest, Magyar Nemzeti Galéria
Imaginez une villa dans le Midi ;
bâtisse simple et élégante, jardin garni et verdoyant. Entre les orangers, les
citronniers, les arums et les palmiers, une statue de
Giacometti, une sculpture en céramique de
Miró, une fontaine de Laurens.
C'est donc très naturellement que les
oeuvres réalisées par Matisse pour Tériade rejoignent le musée et y retrouvent
leurs voisines créées par les autres habitués de la Villa Natacha. La
cohésion de l'ensemble est ainsi conservée.
Natif d'Anvers installé très tôt en
France, Vantongerloo (1886-1965), peintre et sculpteur peu
connu du grand public est pourtant une figure importante de l'avant-garde
européenne.
Terre natale
d'Henri Matisse (1869-1954), le Cateau-Cambresis (Nord) dispose d'un très beau
musée grâce notamment à la donation de quatre-vingt-deux oeuvres que l'artiste
fit à sa ville en 1952.