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Tag - Cateau-Cambresis

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lundi 27 octobre 2008

Fauves hongrois, 1904-1914

Fauves hongrois au musee MatisseAu musée Matisse, le contraste, à la veille de la Toussaint, entre le ciel gris et bas, le froid piquant du Nord et l'explosion de couleurs de ces Fauves hongrois a quelque chose de revigorant. D'autant que les œuvres présentées au Cateau-Cambresis (après une première halte au Musée d'art moderne de Céret cet été) sont totalement inédites en France.

Le public hongrois lui-même ne les a découvertes qu'en 2006 : l'aventure picturale commencée dans les années 1900 quand des peintres sont venus de Hongrie se mêler à la vie créative bouillonnante à Paris, puis poursuivie dans les colonies artistiques hongroises, a été interrompue dès la Grande guerre. Et l'histoire du XXème siècle, avec ses deux Guerres mondiales et ses révolutions, a eu raison de ces œuvres et ces artistes. Il a fallut attendre le début des années 2000 pour qu'à Budapest des étudiants se mettent en projet, avec la Galerie Nationale Hongroise, de les retrouver pour les faire connaître. Après deux années de recherches acharnées, dans le pays et un peu partout en Europe ainsi qu'aux Etats-Unis (les tableaux étaient cachés dans les réserves des musées de province ou chez les particuliers), de vingt-cinq au départ, la "collection" des Fauves hongrois réunissait deux-cent-cinquante peintures. Elles firent l'objet d'une grande exposition à Budapest, dont sont issus les cent-cinquante tableaux présentés en France (la troisième et dernière étape sera Dijon du 13 mars au 15 juin 2009).

Fauves hongrois au musée Matisse, expositionDans ces paysages, natures mortes, portraits et autoportraits se lisent de grandes influences de la peinture française de l'époque : Cézanne, Gauguin, Derain, Van Gogh... et bien sûr Matisse.
Se contenter de ce déchiffrage serait pourtant restrictif. Les Hongrois venus en France ont découvert la peinture moderne et le fauvisme et ont ensuite importe ce "choc culturel" dans leur pays, y initiant une révolution picturale. Mais d'une part ils ne se sont aucunement constitué en mouvement (l'appellation "fauvisme hongrois" est rétrospective) et d'autre part ils ont mêlé l'inspiration occidentale à une manière spécifiquement hongroise, une gestuelle et une utilisation des couleurs originales qui ont donné lieu à des oeuvres singulières, en particulier dans les paysages.
Avec une audace inouïe, les Rippl-Ronai, Czobel autres Bornemisza associent des couleurs vives, voire violentes (vert et rouge, rose et orange, orange et violet) qui ne s'entrechoquent pas, ne se "mangent" pas les unes les autres mais au contraire se valorisent. Ces villages, maisons, églises, vues frontales où la perspective est très peu présente n'ont pour autant rien d'un carnaval. Cernés de larges traits bruns, compartimentés, ces aplats de couleur pure sont soutenus et structurés par un solide sens de la composition et un grand équilibre architectural. La souplesse et la puissance du geste, associées au plein de peinture et à la simplification des formes impriment aux paysages verdoyants et aux maisons colorées une présence exceptionnelle qui ne peut que séduire immédiatement le spectateur.

Fauves hongrois, 1904-1914
Jusqu'au 22 février 2009
Musée Matisse Le Catau-Cambrésis
Palais Fénelon - 59360 Le Cateau-Cambresis
tél. : 00 33 (0)3 27 84 64 64
Tlj sauf le mardi, de 10 h à 18 h
Entrée 4,50 € (TR 3 €), gratuit les 1ers dimanches du mois
Audio guide gratuit (français, anglais, néerlandais)
Visites guidées sans réservation le samedi à 15 h et le dimanche à 10 h 30
Accès : à 90 km de Lille et 170 de Paris ; les week-ends et jours fériés un train Corail Intercités fait la liaison Paris/Le Cateau-Cambresis

Images : Sándor Ziffer, Vieux pont à Nagybánya, 1908, Huile sur toile, 50,5 x 65 cm, Collection Lorenz Czell et Sándor Ziffer, Paysage d'hiver à la barrière, début des années 1910, Huile sur toile, 91,5 x 109,3 cm, Budapest, Magyar Nemzeti Galéria

vendredi 1 février 2008

La donation Alice Tériade au musée Matisse-Le-Cateau-Cambresis

Salle à manger de la donation TériadeImaginez une villa dans le Midi ; bâtisse simple et élégante, jardin garni et verdoyant. Entre les orangers, les citronniers, les arums et les palmiers, une statue de Giacometti, une sculpture en céramique de Miró, une fontaine de Laurens.
A l'intérieur, la salle à manger minuscule est ornée d'un vitrail multicolore et d'un mur en céramique dessinés par Matisse. Le lustre et les coupes sont de Giacometti ; dans un angle, une statue sculptée par Laurens complète le décor.
Nous sommes à Saint-Jean-Cap Ferrat, chez Tériade et son épouse Alice, dans la Villa Natacha, où, à partir de la fin des années 1940 se réunissaient les plus grands.
Ce cadre raffiné, témoignage de l'amitié qui unissait Tériade à ces artistes, est aujourd'hui restitué au Cateau-Cambresis, grâce à la donation qu'Alice Tériade a consentie au Musée avant sa disparition en 2007.
Le 27 janvier 2008, ont ainsi été révélés au public la salle à manger et les sculptures de la Villa Natacha, mais également des tableaux offerts par Léger, Picasso, Rouault, Chagall.

Rappelons que Tériade (1889-1983), originaire de l'île grecque de Lesbos, se fit connaître à Paris comme critique et fondateur de la revue d'art Verve avant de se lancer dans l'édition de livres d'artistes. Diverstissement de Rouault, Jazz de Matisse, Chant des morts de Picasso, L'enfance d'Ubu de Miró... au total vingt-sept livres de peintres sont nés de ces collaborations.
Avec Chagall, il acheva les entreprises initiées par Vollard et interrompues par la mort brutale du marchand d'art en 1939 : Les Fables de La Fontaine, Les âmes mortes de Gogol, La Bible, mais édita en outre les magnifiques Daphnis et Chloé et Cirque.
En 2002, Alice Tériade a fait donation de ces livres exceptionnels au Musée Matisse du Cateau-Cambresis. Elle fit le même choix pour les oeuvres de Saint-Jean-Cap-Ferrat, non seulement pour éviter leur dispersion mais aussi pour perpétuer l'amitié qui liait Tériade et Matisse.

Picasso, Tête de femme couronnée de fleursC'est donc très naturellement que les oeuvres réalisées par Matisse pour Tériade rejoignent le musée et y retrouvent leurs voisines créées par les autres habitués de la Villa Natacha. La cohésion de l'ensemble est ainsi conservée.
La mise en valeur simple, claire et harmonieuse dans de nouvelles salles est une marque de plus du savoir-faire du Musée Matisse. La salle à manger, dont les volumes sont parfaitement respectés est un véritable bijou. Les tableaux sont également exceptionnels et participent de l'unité de l'ensemble : Tête de femme couronnée de fleurs de Picasso (1969), empreint de mythologie grecque ; l'idyllique Amoureux au bouquet (1949) de Chagall où ciel, mer, fleurs roses, fruits, végétation luxuriante, semblent se faire l'écho du splendide jardin de Tériade. Mais aussi ceux de Léger, de Rouault, et bien sûr le magnifique portrait de Tériade par Giacometti (1960). Des photographies, notamment celles, très belles, d'Henri-Cartier-Bresson montrant Tériade ou Matisse dans le jardin, rappellent la poésie des lieux.

La collection Matisse est par ailleurs enrichie, notamment du tableau Jeune femme à la pelisse, fond rouge (1944) donné par Claude et Barbara Duthuit, petits-enfants de l'artiste. Dans un cadre vermillon, citron et blanc, les parties non peintes du personnage féminin, sa robe et son manteau semblent absorber et refléter les couleurs lumineuses du décor : épuré et superbe.
Enfin, dans la cour, le bas-relief Dos I donné par Matisse doit désormais cohabiter avec Grande Femme III de Giacometti et Lune de Laurens, toutes deux à peine arrivées du Midi. Elles ont plutôt l'air de s'y plaire...

La donation Alice Tériade est installée à demeure au
Musée Matisse Le Catau-Cambrésis
Palais Fénelon - 59360 Le Cateau-Cambresis
tél. : 00 33 (0)3 27 84 64 64
Tlj sauf le mardi, de 10 h à 18 h
Visites guidées le samedi à 15 h et le dimanche à 10 h 30
Entrée 4,50 € (TR 3 €), gratuit les 1ers dimanches du mois

Accès : à 22 km de Cambrai, 35 km de Valenciennes, 90 km de Lille
et 170 km de Paris. Train direct depuis Paris le week-end

Catalogue : La donation Alice Tériade, La collection d'un éditeur d'art, 136 p., 25 €. Texte riche et clair dans une belle mise en page.

Images : Vue de la salle à manger de la Villa Natacha à Saint-Jean-Cap-Ferrat, 2003, Musée départemental Matisse, Le Cateau-Cambrésis (Photo François Fernandez)
et Pablo Picasso, Tête de femme couronnée de fleurs, 22 juillet 1969, Huile et crayon sur papier, Donation Alice Tériade, Musée départemental Matisse,
Le Cateau-Cambrésis © Succession Picasso 2007 (Photo Philip Bernard)

mardi 13 novembre 2007

Georges Vantongerloo, un pionnier de la sculpture moderne

Vantongerloo, Cateau-CambresisNatif d'Anvers installé très tôt en France, Vantongerloo (1886-1965), peintre et sculpteur peu connu du grand public est pourtant une figure importante de l'avant-garde européenne.

Formé à la statuaire traditionnelle, il entreprend dès 1917 un processus d'abstraction et de géométrisation des formes qui fait de lui avec ses constructions dans la sphère l'un des inventeurs de la sculpture moderne.
En peinture, dans la veine de Mondrian, Kandinsky et Malevitch, ses recherchent se portent sur la couleur, envisagée notamment comme vocabulaire musical, dans une approche théorique et doctrinaire fidèle à la "tradition" de l'avant-garde.

A la même période, dans les années 1920, son entreprise géométrique se porte également sur l'architecture et le mobilier, avec une approche mathématique aussi rigoureuse qu'utopique. Bien de son temps, il participe au groupe puis à la revue Cercle et Carré et fonde avec Herbin l'association Abstraction-Création qui donnera lieu à des publications entre 1932 et 1936.

A cette époque, l'abstraction géométrique de Vantongerloo se traduit par des tableaux "algébriques", où il joue avec les lignes, les formes et les nombres d'une façon radicale. Une extrême doctrinaire qui visiblement ne pouvait conduire qu'à la rupture. Celle-ci a lieu à la fin des années 30 ; le formalisme, épuisé, cède la place à une subjectivité enfin libérée.

Le choix de la courbe apparaît alors comme une évidence ; en peinture, de fines lignes sinueuses sur fond blanc autorisent la légèreté. Cette période annonce les dernières étapes, les plus séduisantes, de son parcours : à la fin des années 1940, ses sculptures en fil métallique puis, à partir de 1950, en plexiglas.
Avec ces objets très sphériques, spirales et astres en orbites, Vantongerloo adopte une vision cosmique, rendue proche grâce à la dimension réduite des oeuvres.
La transparence du plexiglas, qui en fait presque une non-matière dans la négation de la couleur apparaît comme l'aboutissement de la "poétisation" poursuivie par l'artiste depuis sa rupture avec l'abstraction-géométrique.
Cette poésie et cette beauté sont magnifiquement mises en valeur par les clichés en noir et blanc pris par Ernst Scheiddeger - connu pour ses photos de Giacometti - dans les années 1950.

Georges Vantongerloo : un pionnier de la sculpture moderne
"De la sphère à l'aurore boréale''
Jusqu'au 2 mars 2008
Musée Matisse Le Catau-Cambrésis
Palais Fénelon - 59360 Le Cateau-Cambresis
tél. : 00 33 (0)3 27 84 64 64
Tlj sauf le mardi, de 10 h à 18 h
Entrée 4,50 € (TR 3 €), gratuit les 1ers dimanches du mois
Visites guidées le samedi à 15 h et le dimanche à 10 h 30
Accès : à 90 km de Lille et 170 de Paris ; les week-ends et jours fériés un train Corail Intercités fait la liaison Paris/Le Cateau-Cambresis.

Image : Ernst Scheidegger, Photo de l’œuvre de Georges Vantongerloo Nucleus, 1946, Collection JaKob Bill © Neue Zürcher Zeintung, 2007

mercredi 8 août 2007

La collection Matisse au Musée Matisse du Cateau-Cambrésis

Vigne d'Henri MatisseTerre natale d'Henri Matisse (1869-1954), le Cateau-Cambresis (Nord) dispose d'un très beau musée grâce notamment à la donation de quatre-vingt-deux oeuvres que l'artiste fit à sa ville en 1952.

Le musée Matisse est l'occasion de suivre le parcours d'un peintre, sculpteur et dessinateur que l'on croit souvent à tort originaire du Midi de la France.

Une méprise qui n'est pas sans fondement tant ses créations sont associées aux couleurs, à la lumière et au soleil.

Après avoir fait ses classes aux Beaux-Arts dans l'atelier de Gustave Moreau, c'est à la suite de ses séjours à Saint-Tropez puis à Collioure en 1905 qu'Henri Matisse imposa son style, le fauvisme, caractérisé par l'emploi de larges aplats de couleurs violentes, sans souci de réalisme, dans un dessin et un modelé volontairement sommaires mais très expressifs.

En décembre 1917, il décide de s'installer à Nice, déclarant « Moi, je suis du Nord. Ce qui m'a fixé, ce sont les grands reflets colorés de janvier, la luminosité du jour ».

En 1930, il fait un séjour de trois mois à Tahiti, où la nonchalance et la lumière moelleuse le séduisent. Pendant la guerre, il s'installe à Vence, et à partir de 1949 commence à travailler au décor de la chapelle du Rosaire de Vence, qui sera consacrée en 1951.
Il passe ses dernières années à l'hôtel Régina à Cimiez (Nice), où son état de santé le contraint à dessiner au plafond, depuis son lit, à l'aide d'un fusain attaché à un long bambou.

Ce sont toutes ces étapes que le musée du Cateau-Cambresis permet de suivre pas-à-pas, des natures mortes de la période d'apprentissage (1892-1897) au plafond de sa chambre-atelier à Nice où, en 1950, il traça le portrait de Jacqueline, Claude et Gérard, ses petits-enfants venus fêter ses quatre-vingt-ans.

« Ce sont mes petits-enfants. J'essaie de me les représenter et quand j'y parviens, je me sens mieux. Alors, je les ai dessinés au plafond pour les avoir sous les yeux, surtout pendant la nuit. Ainsi, je me sens moins seul ».

Au long du parcours, on admirera tout particulièrement les superbes Coquelicots et iris (1912), le fauve Portrait de Marguerite (1906-1907), le sensuel Nu, étude d'un mouvement de jambes (lithographie, 1929) ou encore la voluptueuse sculpture du Grand nu assis, que Matisse ne cessa de modifier et retoucher durant sept ans (1922-1929).

On s'arrêtera longtemps devant la profusion de couleurs des tableaux peints dans le Midi dans les années 1940, avec leurs fleurs et plantes luxuriantes, leurs intérieurs lumineux, leurs teintes jaunes et rouges, telles ces Deux jeunes filles, robe jaune, robe écossaise, imprégnées de soleil, sereines et épanouies.

On appréciera toujours les belles gouaches découpées, comme cette Vigne (1953), un « vitrail » de bleu, rose, jaune et vert vifs tout en coeurs et volutes (image) ; ou le célèbre Jazz (1947), où vagues et coraux évoquent une drôle de frise végétale...

Mais le plus bel endroit du musée est certainement le cabinet de dessins, au rez-de-chaussée.
Dans cette salle agréablement cossue, garnie de bois foncé du sol au plafond, sont réunis les dessins et gravures donnés par Matisse à la ville en 1952.

Ambiance chaude, sombre et intime pour découvrir de très beaux nus d'hommes et de femmes, notamment les époustouflantes Odalisque à la culotte de satin rouge et Grande odalisque à la culotte bayadère (1925) mais aussi une série de portraits hyper féminins, sans oublier un bel Autoportrait réalisé en 1900.

« Mon dessin au trait est la traduction directe et la plus pure de mon émotion » affirmait-il.

C'est avec beaucoup de douceur que cette émotion est encore transmise au visiteur plus de cinquante ans après la donation de l'artiste, qui avait à l'époque déclaré :

« J'ai compris que tout le labeur acharné de ma vie était pour la grande famille humaine, à laquelle devait être révélée un peu de la fraîche beauté du monde par mon intermédiaire.
Je n'aurai donc été qu'un médium ».

Musée départemental Matisse Le Cateau-Cambrésis
Palais Fénelon - 59360 Le Cateau-Cambresis
tél. : 00 33 (0)3 27 84 64 64
mél. : museematisse@cg59.fr
Tlj sauf le mardi, de 10 h à 18 h
Entrée 4,50 € (TR 3 €), gratuit les 1ers dimanches du mois et Journées du Patrimoine
Audio-guide (gratuit)
Visites guidées pour tous le samedi à 15 h et le dimanche à 10 h 30
Ateliers pour les enfants en période scolaire et durant l'été
Accès : à 90 km de Lille et 170 de Paris ; les week-ends et jours fériés un train Corail Intercités fait la liaison Paris/Le Cateau-Cambresis.

Image : Henri Matisse, Vigne, 1953, Papiers gouachés, découpés et collés, don de Pierre Matisse en 1982