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dimanche 12 juillet 2009

L'Alvin Ailey American Dance Theater au Châtelet

Alvin Ailey American Dance Theater
Pour fêter le cinquantenaire de l'Alvin Ailey American Dance Theater, les Etés de la Danse de Paris invitent à nouveau la célèbre compagnie américaine, après l'avoir accueillie dans la cour de l'Hôtel des Archives en 2006.

Cette année, la fête à lieu dans le très beau théâtre du Châtelet, pour une programmation éclectique déclinée selon trois menus différents.
La directrice de la compagnie - Judith Jamison, depuis la mort d'Alvin Ailey en 1989 - est restée fidèle à l'esprit de son fondateur. Autour de jeunes danseurs, noirs pour la plupart, elle explore la danse moderne américaine en puisant aussi bien dans ses racines afro-américaines, dans le jazz que dans le classique.
C'est avec Revelations, ballet créé en 1960 par Alvin Ailey sur des Negro Spirituals que l'Alvin Ailey American Dance Theater s'est fait connaître aux Etats-Unis puis dans le monde entier avec un succès immense.
Le talent de la compagnie ne se limitant pas à ses signatures, on découvre aussi ces danseurs et danseuses magnifiques dans des ballets de Maurice Béjart, Hans van Manen, Twyla Tharp, George Faison...

Les soirées du programme "A" étaient bien révélatrices de cette diversité. Pour qui découvre l'Alvin Ailey American Dance Theater, c'est un choc, l'une de ces surprises que l'on n'est pas prêt d'oublier.
Première partie flamboyante avec Festa Barroca, ballet de l'italien Mauro Bigonzetti créé en 2008 et montré en France pour la première fois à cette occasion. Jupes de soieries superbes, jaunes, roses, vertes, mauves, rouges, pour les hommes comme pour les femmes, chorégraphie hyper-moderne tout en dos et en bras, vibration des lumières autour des jeux de jambes dans un tournoiement époustouflant de corps et de soies. Cette folie créatrice se déploie sous des musiques de Haendel, opéras et oratorios, et de ce contraste naît un étonnement jubilatoire.

Ensembles, solos, duos alternent ; sous nos yeux semble s'inventer la danse à deux. Loin de la pâleur convenue d'une sensualité léchée, ici les corps se mêlent et s'imbriquent sans faux semblant, alternance de lenteur et de frénésie, tout en contacts et jeux charnels. Chaleur, beauté de la danse, sans compter celles des corps.

Enfin viennent les fameuses Revelations, près d'un demi-siècle d'âge - et c'est comme si le vrai feu d'artifice 2009 avait lieu ici et maintenant. Tempo de folie, joie contagieuse des danseurs, spectacle tout en classe à l'américaine. Les Negro Spirituals s'enchaînent, la salle est au bord du malaise (pour ne pas dire autre chose). Tout à coup, on se dit que là est l'essence, la vérité de la danse, dans un concentré d'énergie et de bonheur que voudrait admirer et vivre de longues minutes encore.

L'Alvin Ailey American Dance Theater
Les Etés de la danse de Paris
Jusqu'au 25 juillet 2009
Du mar. au dim. à 20 h, représentation supp. le dimanche à 15 h
Théâtre du Châtelet
1, place du Châtelet - Paris Ier
Location au théâtre du lun. au dim. de 11 h à 19 h, au 01 40 28 28 40 et sur le site
Places de 10 € à 75 €

Rencontres-spectacles les 15 et 22 juillet à 15 h (présentation d'un ballet suivi d'un échange entre le public et les danseurs)
Projections de films d'archives sur le 50ème anniversaire de la compagnie les 15, 18, 22 et 25 juillet à 11 h
Exposition de photos sur le 50ème anniversaire de la compagnie également au théâtre du Châtelet

dimanche 21 juin 2009

Gérard Pesson : Pastorale au Châtelet

Pastorale, Pesson, Sorin, Le ChâteletMêler à l'opéra la variété issue de la Star Académie est une entreprise audacieuse, qui s'expose aux risques de ridicule et de prétention, un peu comme sortir l'argenterie et le linge damassé pour servir du fast-food. Ces risques là, Gérard Pesson les a pris, en créant Pastorale, donnée ces jours-ci en première au théâtre du Châtelet à Paris. (1)

Le livret est inspiré de L'Astrée d'Honoré d'Urfé, roman-fleuve du XVIIème siècle décidément revenu à la mode puisqu'il avait déjà inspiré en 2007 un très beau film à Eric Rohmer ("Les Amours d'Astrée et de Céladon").
Dans l'oeuvre d'Urfé, l'histoire est celle d'aristocrates endossant l'habit de bergers pour jouer aux jeux de l'amour, avec pour personnages centraux la belle Astrée et le jeune Céladon qui s'aiment et se fuient sans fin, trahisons et souffrances à la clé.

Dans Pastorale, ce sont de jeunes candidats à un jeu de télé-réalité qui se mettent dans la peau de bergers, entourés d'assistants et guidés par le druide Adamas.
Lookés façon néo-babas-cools, les jeunes partent donc chercher le bonheur dans de vertes prairies, dans une nature close et idéalisée, rejouant une fois de plus le mythe de l'Eden retrouvé. Les amours d'Astrée et de Céladon, quant à elles, assurent - a minima - la structure narrative de l'opéra.

Ce mélange d'inspirations (la littérature et la télé-réalité) pèse hélas sur la cohérence du spectacle et en brouille la lisibilité. Le livret est révélateur de ces contradictions (pas moins de quatre auteurs y ont d'ailleurs participé) : d'une écriture courte et erratique, il hésite entre prosaïsme et poésie, entre simple envoi de messages et romanesque, sans qu'aucune force ne parvienne à le faire décoller.
La cohabitation de voix lyriques et de la chanson est bien de ce tonneau-là, alliage quelque peu improbable, et grande est la menace - non totalement exécutée toutefois, fort heureusement - de voir la représentation sombrer du mauvais côté de la comédie musicale genre cucul-commercial. Quant à la chorégraphie, sortie de l'imagination, visiblement très limitée, de Kamel Ouali, elle semble appartenir à la même école artistique que les costumes : agitée à trop vouloir être jeune, banale à trop vouloir être à la mode.

Ça, c'est tout ce qui peut agacer. On passe pourtant une très bonne soirée. Et il y a de quoi : la musique de Gérard Pesson, que l'on range d'habitude du côté du bizarre et de l'intime, déploie dans cette ambiance pastorale et contemporaine tout ce qui en fait le charme. Ses couleurs variées et ses déclinaisons de formes infinies révèlent de magnifiques harmonies. Elles sont jouées avec de vrais instruments autant qu'avec toutes sortes d'objets domestiques et font la part belle aux pépiements d'oiseaux, bruits d'eau, respirations, bruissements (et déchirements) de feuilles...
La scénographie / mise en scène est signée du grand vidéaste Pierrick Sorin. Faite notamment d'images tournées directement à partir de maquettes posées sur scène et projetées sur grands écrans, elle fourmille d'inventivité, de surprises et bien souvent d'humour. Plein de vie et des plus plaisants, ce cadre visuel joue un rôle prépondérant dans le spectacle.
Finalement, la très bonne idée de cette Pastorale est certainement l'association Pesson - Sorin. A tous les deux ils sont capables de créer une telle poésie et une telle modernité que l'on ne voit pas bien pourquoi il a fallu aller chercher du côté de la télé et de la variété pour tenter d'enrichir le programme. Ce jeunisme quasiment affiché frôle la démagogie et encombre un spectacle dont la seule présence de grandes voix lyriques sobrement dirigées aurait à coup sûr garanti le succès. On peut rêver à un nouveau casting : ce serait la Pastorale II.

Pastorale
Gérard Pesson
Opéra en quatre actes et quarante-deux numéros
Théâtre du Châtelet - 1 place du Châtelet, 75001 Paris
Renseignements : 01.40.28.28.00
Jusqu'au 24 juin 2009, à 20 h
Durée : 2 h 25 avec entracte
Places de 15 € à 90 €

Livret : Martin Kaltenecker, Philippe Beck et Gérard Pesson, avec la collaboration de Hervé Péjaudier
d'après L'Astrée d'Honoré d'Urfé (1607-1627)
Création scénique mondiale
Direction musicale : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène, vidé, décors, costumes et lumières : Pierrick Sorin
Chorégraphie : Kamel Ouali
Astrée Judith Gauthier
Céladon et Alexis Olivier Dumait
Listandre Ivan Geissler
Adamas Marc Labonnette
Silvandre Pierre Doyen
Florice et Sylvie Marie-Ève Munger
Phillis Hoda Sanz
Diane Raphaelle Dess
Une bergère Melody Louledjian
Une bergère et Léonide Amaya Dominguez
Une bergère et Galathée Sophie Leleu
Hylas Jean-Gabriel Saint-Martin
Lycidas Thomas Huertas
Orchestre symphonique Région Centre-Tours
Chœur du Châtelet

(1) Pastorale est une commande de l'Opéra de Stuttgart, où l'oeuvre a été créée en version de concert en mai 2006. Pour cette création scénique, le Théâtre du Châtelet a passé commande à Gérard Pesson de deux nouvelles chansons, écrites par Adrien Léveillé et destinées à Diane et Phillis.