Chaque fois que l'on
monte tout en haut des marches du petit escalier pour accéder au
Paradis, la surprise est la même : on a beau se souvenir que
cette salle du Lucernaire est toute petite, on se demande, en y entrant,
comment il est possible d'y faire cohabiter spectateurs et comédiens.
Et pourtant ! Les lumières s'éteignent, et la magie du théâtre s'allume.
La pièce démarre et l'on oublie que nos pieds touchent la scène. Il y a le
spectacle et, derrière une invisible frontière, il y a nous, public, et cela
fait chaud au cœur de se trouver là ensemble ce samedi 3 juillet, jour où l'on
apprend la mort de Laurent Terzieff. A l'entrée, une affiche annonce que le
Théâtre est en deuil ; ouvreuses et spectateurs ne parlent que du
disparu.
Mais the show must go on.
C'est donc parti pour 1 h 20 avec Nunzio, de l'Italien Spiro Scimone,
dont on avait vu, en 2008 au Théâtre du Rond-Point, La Busta, une
pièce sur les régimes totalitaires qui nous plongeait dans un univers
kafkaïen.
Dans Nunzio, l'ambiance est tout à fait différente. Il s'agit d'un
huis-clos entre deux hommes unis par un lien très fort. Nous sommes en Sicile,
dans un pauvre appartement faiblement éclairé, où vit Nunzio, grand gaillard un
peu efflanqué et assez imbécile, rêveur et fervent catholique. Un être
désarmant et malade, que l'on a envie de protéger. Arrive Pino, un ami, lui pas
naïf du tout, un bras armé de Cosa Nostra, dur d'apparence mais en réalité cœur
fondant face à Nunzio.
Le spectacle, dont Scimone, avec Francesco Sframeli a tiré Due amici
(qui a reçu le prix du meilleur premier film à la Biennale de Venise en 2002)
est précisément une pièce sur l'amitié entre deux hommes. Ici le lien se teinte
d'un rapport paternel très fort, Pino couvant Nunzio comme son fils, Nunzio
faisant vibrer la fibre poétique de Pino.
Sur un décor qui va à la pièce comme le gant sur la main, la mise en scène de
Thierry Lutz est parfaitement juste. Les deux comédiens se régalent et régalent
le public, surtout Christian Lucas impeccable dans le rôle de Nunzio. On
aimerait que Christian Abart joue de façon un peu moins conventionnelle à
certains moments, en particulier dans les passages où il joue le "dur". Il est
certainement plus difficile d'être original quand on doit incarner un cliché.
Mais lorsqu'il se laisse étreindre par les sentiments, il nous montre un visage
autrement plus singulier, émouvant, sur fond de ritournelle italienne
délicieusement surannée...
Nunzio
Une pièce de Spiro Scimone
Mise en scène Thierry Lutz
Avec Christian Abart et Christian Lucas
Théâtre du Lucernaire - salle Le Paradis
53 rue Notre-Dame des champs - 75006 Paris
Places 22 € (TR 15 €)
Du mardi au samedi à 19 h, durée 1 h 20
Jusqu'au 11 septembre 2010